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Olives, pommes de terre, raisins, pruneaux : comment la sécheresse impacte les récoltes

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Le manque d'eau et les fortes chaleurs de l'été ont directement impacté la récolte de fruits et légumes en France.
Le manque d'eau et les fortes chaleurs de l'été ont directement impacté la récolte de fruits et légumes en France.
© Maxppp - MAXXPPP/AFP

Les fruits et légumes cultivés en France subissent de plein fouet la sécheresse de cet été 2022. À cause du déficit de pluie et des fortes chaleurs, la récolte sera moins importante et les produits seront globalement plus petits. Avec des prix qui risquent fatalement d'augmenter.

Les fruits et légumes souffrent eux aussi de cette sécheresse historique. La France fait face à un très faible cumul de pluies et dans le même temps, de fortes chaleurs répétées sur l'ensemble du territoire. Les conséquences sont déjà visibles et "il y en aura aussi sur les cultures de l'automne", prévient Françoise Roch, la présidente de la Fédération nationale des producteurs de fruits.

Les pommes de terre touchées de plein fouet

Composées à 80% d'eau, les pommes de terre souffrent directement de la sécheresse. Cette année, elles seront plus petites et la production sera aussi moins importante que les années précédentes. "Parler de pénurie me paraît exagéré mais il va manquer de la patate, c'est sûr", avance Geoffroy d’Evry, le président de l'Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT). Les conséquences de la sécheresse sont multiples sur ce produit. Sans eau, elles ne grossissent plus et, quand le temps s'améliore, de nouveaux tubercules apparaissent et parasitent celles qui sont déjà en place. Aussi, quand les pommes de terre sont arrivées à maturité, la sécheresse fait qu'il devient plus difficile d'arracher le tubercule sans endommager la pomme de terre.

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Quand la terre est trop sèche, la récolte peut endommager les pommes de terre.
Quand la terre est trop sèche, la récolte peut endommager les pommes de terre.
© Maxppp - MAXPPP

La taille des pommes de terre est très importante car elles doivent rentrer dans différents cahiers des charges, notamment celles qui serviront à la production de chips et de frites. "On va voir avec les industriels pour qu'ils ouvrent les cahiers des charges. Certes, il faut que les patates soient grandes pour eux mais s'ils veulent vendre des frites, il va falloir discuter", pointe Geoffroy D'Evry. Il propose deux solutions pour éviter une hausse des prix : "Si la grande distribution fait un effort, on pourra s'y retrouver. Et il faut un cahier des charges plus tolérant car actuellement, 15 à 20% des pommes de terre ne sont pas acceptées et sont jetées ou données aux animaux."

Un impact limité sur les tomates

Une très grande partie de la production de tomates en France se cultive sous serre. Grâce au système d'arrosage au goutte à goutte, les producteurs n'ont pas véritablement ressenti le problème du manque d'eau. En revanche, "la température a pu monter jusqu'à 50 ou 60 degrés dans les cultures sous tunnel donc là ça peut cramer", relève Jean-Pierre La Noë, président de l'AOPn Tomates et concombres qui réunit 1.000 producteurs et donc la marchandise est vendue en très grande partie dans les supermarchés.

Les fortes chaleurs ont provoqué un afflux important de produits mais les volumes commencent à diminuer : "Il y a eu un avortement des fleurs qui sont tombées à cause de la température." Pour autant, il ne constate pas de baisse globale ni même de pertes de tomates. "La saison sera écourtée à cause de la dégradation des plantes mais en général, on voit souvent cela à la rentrée. Les gens ont la tête dans les fournitures scolaires, pas dans le rayon de légumes", sourit Jean-Pierre La Noë.

La production d'huile d'olive divisée par deux

En Provence, le déficit de précipitations des six derniers mois combiné aux fortes chaleurs créent un climat néfaste à la production d'huile d'olive. "Le printemps a été très chaud et la floraison a été mauvaise. Depuis le mois de février, les arbres n'ont pas poussé et seules les nouvelles pousses portent des olives", indique à France Bleu Provence, Olivier Nasles, le président de l'AOP Huile de Provence, l'une des sept appellations françaises qui regroupe 349 oléiculteurs. La chaleur a également fait tomber les olives au sol, les rendant inexploitables. Il assure que la production sera deux fois moins élevée : "On est parti sur une demi-récolte en France, c'est-à-dire 3.000 tonnes d'huile d'olive au lieu de 6.000 tonnes."

Des raisins avec plus de sucre et d'alcool

Sans être alarmiste, l'interprofession des vins de Bordeaux reconnaît que la sécheresse n'est pas bonne pour la vigne. Le président Bernard Farges précise que "les jeunes plants souffrent plus que les autres mais c'est classique quand on a de telles chaleurs". Ceux qui ont été enracinés il y a trois ans pourraient ne rien produire. Pour l'heure, impossible de dire si la sécheresse aura des conséquences importantes sur la récolte, "il faut attendre les vendanges", tempère-t-il. Bernard Farges reconnaît cependant que le taux d'alcool sera plus élevé "comme on le constate déjà depuis des années", et il va encore flirter avec les 14 degrés.

Dans le vignoble bordelais, les raisins sont petits, manquent d'eau et certaines feuilles sont brûlées.
Dans le vignoble bordelais, les raisins sont petits, manquent d'eau et certaines feuilles sont brûlées.
© Radio France - Jules Brelaz

Un constat partagé par Nicolas Garcia, le président du syndicat des vins de Provence dont 90% de la production est du rosé. Il parle de "situation critique alors que d'habitude la vigne est hyper résistante" et espère qu'il pleuvra avant les vendanges pour éviter que la situation perdure. Si ce n'est pas le cas, il peut y avoir deux cas de figure inquiétants selon lui : "Un blocage de maturité du raisin. C'est-à-dire que la plante ferme les écoutilles. Et donc, le deuxième, on peut avoir un flétrissement des baies où elles rendent l'eau à la vigne." Pour l'instant, les baisses de rendement ne sont pas évoquées.

Les pruneaux d'Agen en grande souffrance

Comme beaucoup de fruits cette année, la récolte a été largement avancée de quelques semaines. Habituellement, elle ne démarre qu'à la fin du mois d'août alors qu'elle a commencé au début du mois. Dans un communiqué de presse du bureau de l'IGP Pruneaux d'Agen, la filière s'attend "à un volume de production de trois à quatre fois plus faible qu'une année moyenne". La floraison était déjà mauvaise à cause du gel d'avril, l'été n'a rien arrangé. Les températures caniculaires ont accéléré la maturation des fruits et provoqué "des échaudures aux vergers, causant la chute de certains fruits", précise le communiqué.

Des abricots plus petits mais plus sucrés

C'est l'un des fruits qui demandent beaucoup d'arrosage et qui est composé à plus de 85% d'eau. La présidente de la Fédération nationale des producteurs de fruits, Françoise Roch, reconnaît que la baisse de production des abricots se situe autour de 20%. Comme pour le raisin, le manque d'eau a empêché les fruits de se développer et cette diminution se retrouve sur le tonnage. Ce n'est donc pas tant le nombre d'abricots produits mais leur poids qui change. "En plus de leur goût car avec ces chaleurs, ils ont pris beaucoup de sucre", ajoute-t-elle. Dans certains secteurs comme dans la Drôme, la récolte a eu deux semaines d'avance à cause de la sécheresse. En revanche, les abricots rouges du Roussillon reste épargnés car ils sont moins demandeurs en eau.

Risque à venir pour les pommes

Avec un printemps favorable, la récolte de pommes avait tout pour être prolifique. La sécheresse est passée par là et le président de l'interprofession qui représente les trois quarts des producteurs (ANPP) se met à reprendre Woody Allen à sa sauce : "La sécheresse, c'est long surtout vers la fin." Daniel Sauvaitre confirme la tendance remarquée sur les autres fruits : les pommes seront plus petites, plus sucrées et moins colorées. "C'est ce qu'on nous fait remonter dans le sud-est et le sud-ouest notamment", précise-t-il.

La récolte a déjà commencé pour ces variétés précoces et cette année les cueillettes seront plus rapprochées. "C'est embêtant car d'ordinaire, on les échelonne pour que l'arbre ait le temps de produire de beaux fruits. Là on doit ramasser", explique-t-il. Daniel Sauvaitre s'inquiète pour l'automne qui arrive : " S'il ne pleut pas, on sera vraiment en difficulté. C'est maintenant que cela se joue si l'on ne veut voir dépérir nos arbres."

Les arbres fruitiers en danger

Françoise Roch s'inquiète également à propos de la bonne santé des arbres fruitiers pour cet automne mais aussi pour l'année prochaine. Selon elle, les restrictions d'eau sont très contraignantes car "si l'arbre se sent en danger, il va se décharger de ses fruits pour survivre. On va peut-être assister à cela pour les pommes, les kiwis, les poires, les pêches et les prunes. Le problème c'est qu'ils tomberont avant leur pleine saison". Avec le manque d'eau, les arbres pourraient même anticiper l'hiver et se protéger comme ils le font chaque saison. "Mais s'ils le font trop tôt, ils n'auront pas le temps de constituer des réserves, donc on pourrait en voir les conséquences en sur la récolte 2023", remarque Françoise Roch.