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"On a des vécus particuliers" : la Pride des banlieues fait son retour en Seine-Saint-Denis

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Des manifestants lors de la marche des fiertés en banlieue, à Saint-Denis (93) en 2019.
Des manifestants lors de la marche des fiertés en banlieue, à Saint-Denis (93) en 2019.
© AFP - RAPHAEL KESSLER / HANS LUCAS

Organisée pour la première fois en 2019, cette manifestation LGBTQI+ a ensuite été annulée durant deux ans à cause du Covid-19. La Pride des banlieues entend faire connaitre les discriminations spécifiques subies par les personnes queer issues des quartiers populaires.

"Nous revoilà, en 2022 !", lance Imen Azek, bénévole du collectif "Pride des banlieues" qui œuvre à l'organisation de la marche militante du même nom. À l'heure du déjeuner, ce samedi 4 juin, elle termine avec une cinquantaine d'autres volontaires le parcours de reconnaissance du défilé, qui part de la place René Dumont à Saint-Denis (93) à 14h, jusqu'à la Place Jean-Jaurès.

"Je suis trop trop heureuse, on attendait ça depuis longtemps, on a énormément travaillé dessus", s'enthousiasme la jeune bibliothécaire, âgée de 27 ans et qui se définit comme "queer" et "pansexuelle". En 2019 déjà, elle s'était jointe au cortège pour la première édition, intitulée "la marche des fiertés en banlieue".

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"La Pride des banlieues, c’est le mouvement revendicatif des LGBTQI+ de quartiers populaires, car on a des vécus particuliers. On subit souvent plus de précarité, et du racisme. Pour nous, c’est important de faire entendre nos revendications ", explique Yanis Khames, porte-parole et co-organisateur des deux manifestations, en 2019 et en 2022.

Parmi les revendications, un meilleur accès au logement et aux soins

La revendication phare cette année : un meilleur accès au logement. Le collectif demande la création de "10.000 places d'hébergement d'urgence supplémentaires", et "la formation de tous les agents des services publics à l'accueil des personnes LGBTQI+". Selon Yanis, parmi les sans-abris, il y a une surreprésentation des personnes LGBTQI non seulement car "on peut être exclu de son domicile", mais aussi car "il y a par exemple une plus grande précarité des personnes trans, qui subissent énormément de discriminations à l'embauche". Le nombre de 10.000 s'appuie sur le rapport 2020 d'Interlogement 93, qui gère le numéro d'urgence 115 en Seine-Saint-Denis et selon lequel 9653 personnes ont vu leur demande d'hébergement d'urgence refusée dans le département sur l'année.

D'autres revendications ont trait à la santé sexuelle et à l'accès aux soins, dans les " déserts médicaux " que sont les quartiers populaires, selon Yanis. "Quand on est LGBTQI+, on a des problèmes de santé particuliers, on est notamment plus touché par le VIH." Le collectif demande ainsi notamment l'extension de la gratuité de la PreP (traitement préventif contre le VIH) à tous, une meilleure sensibilisation des médecins à ce genre de soins, et la création d'un centre de santé communautaire en Seine-Saint-Denis.

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Lutter contre certains préjugés

Cette marche est aussi l'occasion de lutter contre la superposition des discriminations au quotidien. Yassine donne un exemple : "Quand tu cherches un emploi, en plus d’être LGBTQI+, le fait qu'il y ait marqué Saint-Denis ou la Courneuve sur ton CV, ça va te desservir".

Le collectif "Pride des banlieues" se bat également contre l'idée qu'il y aurait plus d'agressions LGBTQI+ dans les quartiers populaires, et "qu'on ne pourrait pas sortir de chez soi ", sans se faire "forcément agressé". "C'est vrai pour certaines personnes, pas pour d'autres, et ce n'est pas prouvé", détaille Yanis.

Imen, elle, en a assez de l'idée selon laquelle "quand on est d'origine maghrébine, on ne peut pas être queer". "J’ai fait des formations il y a quelques années, et quand j’évoquais le fait que j’étais pansexuelle, on me disait : 'j’aurais jamais pu penser que toi tu l’étais', car je suis d'origine tunisienne. Et on me posait tout de suite des questions sur ma religion", se souvient cette jeune femme, athée.

À certains égards, Imen trouve cette marche "plus intéressante" que la marche des fiertés, organisée dans de nombreux villes de France tout au long du mois de juin. "On scande vraiment des slogans dans lesquels on se reconnait, pour dénoncer le racisme que subissent les banlieues, la stigmatisation", conclut cette habitante d'Aubervilliers, qui se souvient avoir tout de suite eu envie de participer en 2019, pour "faire bouger les choses sur [son] territoire". Le collectif "Pride des banlieues" attend entre 5.000 et 10.000 personnes ce samedi 4 juin à Saint-Denis. Le marche des fiertés à Paris aura quant à elle lieu le samedi 25 mai. Elle avait réuni l'an dernier 30.000 personnes.