Publicité

On a retrouvé les îles englouties entre l'Amérique latine et les Antilles et les animaux arrivés grâce à elles

Par
La côte d'Antigua-et-Barbuda, dans les Antilles
La côte d'Antigua-et-Barbuda, dans les Antilles
© Getty - Wolfgang Kaehler

Certains mammifères et batraciens fossiles des Antilles trouvent leurs origines sur le continent sud-américain. Comment sont-ils arrivés là ? Une équipe pluridisciplinaire révèle que des terres émergées, puis englouties de façon cyclique sur des millions d'années, ont servi de pont naturel pour la faune préhistorique.

La question titillait les paléontologues. Comment certains animaux terrestres ont-ils fait pour passer de l'Amérique latine, leur continent d'origine, jusqu'aux îles des Antilles, à plusieurs centaines de kilomètres de là, où leurs fossiles ont été retrouvés ? S'ils n'étaient pas capables de voler ou de nager, il fallait bien qu'ils soient arrivés par un autre moyen. Plusieurs théories étaient avancées : l'existence de radeaux naturels charriés par les fleuves, ou l'existence d'une dorsale terrestre très longue qui aurait émergé et joué le rôle d'autoroute des migrations. La faune de ces îles antillaises et sa répartition n'était pas expliquée. 

Après plusieurs années de recherche, une équipe française pluridisciplinaire rassemblant des chercheurs du CNRS, de l'Université des Antilles, de Montpellier et de la Côte d'Azur pense détenir la réponse.  Elle a reconstitué des cartes paléogéographiques du bassin caribéen sur le Cénozoïque (de - 40 millions d'années à nos jours) et découvert par l'étude des couches du sol une mécanique sismique cyclique. 

Publicité

Une élévation puis un affaissement de la croûte terrestre

Pendant 40 millions d'années, à intervalles plus ou moins réguliers, la tectonique des plaques a soulevé puis affaissé la croûte terrestre. "La plaque caraïbe, au contact de la plaque Atlantique, s'est soulevée de plusieurs centaines de mètres parfois", explique Jean Jacques Cornée, géologue au CNRS au laboratoire Géosciences Montpellier. 

Cela a conduit à l'apparition de grandes terres émergées, des îles géantes sur lesquelles sont passés les animaux. Publié en juin 2021 dans Earth-Science Reviews, ce travail d'ampleur balaie l'hypothèse d'une grande montagne qui aurait émergé sur des centaines de kilomètres. Ce scénario est écarté au profit  de ces mouvements sismiques cycliques.

Contexte géologique du secteur étudié (rectangle blanc), à la jonction entre la ride d'Aves, les Petites Antilles et les Grandes Antilles
Contexte géologique du secteur étudié (rectangle blanc), à la jonction entre la ride d'Aves, les Petites Antilles et les Grandes Antilles
- Cornée et al.

Chinchillas, paresseux et grenouilles

Ces animaux fossiles ne sont pas légion. Les paléontologues ont par exemple trouvé des paresseux de 20 millions d'années sur les Grandes Antilles dont l'origine est sud-américaine. Disparus des îles il y a 4 400 ans environ, leur présence est attestée entre 36 et 28 millions d'années avant notre ère sur le continent latino américain. 

Dans les Petites Antilles, des chinchillas géants jusqu'à 200 kg ont été datés du Pléistocène (entre -500 000 à - 125 000 ans) et sont apparentés à de petits chinchilloïdes de Porto Rico eux-mêmes datés d'environ -29 millions d'années. Enfin, une partie des grenouilles actuelles des Grandes Antilles ont des ancêtres sud-américains et se seraient dispersées vers le Nord entre -47 et -29 millions d'années. 

L'émergence de grandes surfaces s'est produite à 5 reprises au moins : il y a 40 millions d'années, 30 millions d'années, 15 millions d'années et 6 millions d'années. Plus proches les uns des autres, ces archipels ont pu être empruntés par la faune, avant d'être à nouveau engloutis. Plus récemment, depuis 2 millions d'années, ce sont les épisodes glaciaires/interglaciaires plus rapprochés qui ont régi l'émergence/affaissement des îles, et pas dans la même proportion. "Actuellement, on est en phase d'affaissement de la plaque Caraïbe, conjugué à la montée du niveau de la mer généré par la fonte des glaciers sous l'impact du réchauffement climatique", précise Jean Jacques Cornée.  

Jusqu'ici ce grand projet de recherche s'est intéressé à l'organisation sédimentaire de la moitié nord des Antilles. L'analyse des affleurements, couplée aux roches récupérées lors d'une campagne de dragage en juillet 2020, ont permis de reconstituer la paléogéographie du Cénozoïque dans la région. À l'avenir, ces scientifiques vont étendre leurs travaux vers le sud, la Guadeloupe, la Martinique notamment.