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"On n'oublie jamais" : le collectif Stop VOG lutte contre les violences obstétricales et gynécologiques

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La présidente du collectif Stop VOG lors d'une manifestation devant l'hôpital Tenon à Paris (lieu d'exercice d'Emile Daraï), le 2 octobre 2021.
La présidente du collectif Stop VOG lors d'une manifestation devant l'hôpital Tenon à Paris (lieu d'exercice d'Emile Daraï), le 2 octobre 2021.
© AFP - SOPHIE LIBERMANN / HANS LUCAS

Le collectif s'est mobilisé ce mardi sur les réseaux sociaux contre l'invitation d'Emile Daraï, gynécologue visé par une enquête pour "viol", à un prestigieux colloque. Le professionnel a depuis annulé sa participation. Sonia Bisch, la présidente de Stop VOG, revient sur leurs actions au quotidien.

Alors que s’ouvre aujourd’hui le Paris Santé Femmes, le plus grand congrès annuel français consacré à la santé des femmes, le professeur Emile Daraï, finalement, ne viendra pas. Ce gynécologue, spécialiste de l'endométriose, a renoncé à sa participation, a fait savoir le Collège national des gynécologues (CNGOF), organisateur du colloque et qui l'avait invité.

Emile Daraï fait l'objet depuis le 3 janvier, d’une information judiciaire pour "violences par personne chargée d’une mission de service public". Au moins 25 plaintes ont été déposées contre lui.

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Recueillir les témoignages de victimes

Le collectif Stop VOG a recueilli 190 témoignages de personnes accusant ce gynécologue de violences obstétricales et gynécologiques. La fondatrice, Sonia Bisch, se bat depuis cinq ans contre ces violences.

À l'origine de son engagement, sa propre expérience de violences lors de son accouchement. Une péridurale inefficace, des forceps extrêmement brutaux et une couture du périnée à vif. "Et puis le gynécologue a fait le point du mari", confie-t-elle. "C’est le fait de resserrer d’un point de plus la sortie du vagin pour augmenter le plaisir du partenaire. C’est une violence sexiste et en plus, il s’en est vanté auprès de mon mari."

Aujourd’hui, sa fille a 6 ans mais Sonia Bisch "n’a jamais oublié ces violences". "J’ai eu un gros stress post-traumatique, c’est extrêmement handicapant", explique-t-elle. "Je n’arrivais pas à m’occuper de mon enfant, je ne dormais plus, je pleurais tout le temps, j’étais vraiment au bout de ma vie. Ces violences obstétricales et gynécologiques ont des conséquences à long terme.

Ce n’est pas juste sur le moment où on souffre et après, on passe à autre chose. On a notre bébé, on n'oublie jamais.

L’importance de la formation des futurs médecins

En 2017, elle décide donc de fonder le collectif Stop VOG. Depuis, elle recueille la parole de ces femmes meurtries, près de 200 témoignages anonymes par mois. Le collectif mise aussi beaucoup sur la formation. "L’idée, c’est de sensibiliser les étudiantes en médecine, les futures sages-femmes pour changer les choses à terme", estime Sonia Bisch.

"Elles doivent être mieux formés pour prévenir les violences obstétricales et gynécologiques, en comprendre aussi les conséquences. Il faut aussi bien leur expliquer la nécessité de respecter le consentement, que les bonnes pratiques médicales", poursuit-elle.

Il faut voir la patiente comme une partenaire pour sa santé et pas juste une personne qui est là pour avoir des actes médicaux imposés

Les actions de Stop VOG sont destinées à faire changer les mentalités et tenter d’inverser une tendance que Sonia Bisch rappelle souvent : plus d’une femme sur deux a déjà renoncé à des soins gynécologiques par appréhension.