Publicité

"On ne peut se passer de ceux qui ne souhaitent pas se vacciner" : l'obligation vaccinale divise les soignants

Par
Dans un centre de vaccination de Bayonne, avril 2021
Dans un centre de vaccination de Bayonne, avril 2021
© AFP - BASTIEN MARIE /Hans Lucas

La vaccination devient désormais obligatoire pour les personnels travaillant dans les établissements de santé. Médecins, infirmier·e·s, soignants : ils sont nombreux à réagir au lendemain de cette annonce faite par Emmanuel Macron.

Face à la nouvelle hausse des contaminations au coronavirus, le chef de l'État a annoncé, dans une allocution télévisée lundi soir, en plus de l'extension du pass sanitaire et des tests PCR désormais payants, l'obligation vaccinale pour les soignants, qui s'appliquera aussi aux personnels non soignants des hôpitaux, des cliniques, des Ehpad ainsi que les professionnels et bénévoles travaillant auprès des personnes vulnérables, y compris à domicile, soit près d'un million et demi de personnes. Tous ont jusqu'au 15 septembre pour entamer leur parcours de vaccination. Sinon, a prévenu le ministre de la Santé, les non-vaccinés ne pourront plus travailler, ni se faire payer. Sur le terrain, la mesure a fait immédiatement réagir. 

Auguste, jeune interne en médecine, croit en la vaccination, mais se trouve moins convaincu par la méthode de la contrainte : "Je suis encore un peu partagé sur la question, j'ai du mal à savoir à savoir s'il est normal aujourd'hui de priver les gens de leurs libertés individuelles". Parmi ceux qui s'interrogent, cette infirmière de Haute-Savoie s'indigne : "Je suis plutôt horrifiée, et j'espère que le personnel soignant réagira en conséquence : c'est juste ignoble, ce qu'on nous oblige à faire. Personnellement, je ne suis pas vaccinée, je ne suis pas prête encore à le faire, il y a tellement d'incohérences, de choses que je n'arrive pas à comprendre, donc je ne peux pas adhérer à cette politique. Je suis près de la retraite, est-ce que je vais anticiper ? Je ne sais pas."

Publicité

"Il a fallu expliquer"

À l'inverse, certains médecins affichent un réel satisfecit, à l'image de Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, qui juge que "c'est le seul moyen d'éviter une rentrée difficile" : "Ces décisions ont été courageuses, prises en temps et en heure, pour certaines, au-delà de ce que j'avais pu imaginer."

"Il faut voir le contexte dans lequel on est, ce n'est pas une question de choix : ce virus, on ne l'a pas choisi, il faut lutter contre."

"Ce virus entraîne des atteintes à nos libertés individuelles. La seule façon de s'en sortir, c'est de se vacciner pour retrouver cette liberté", reste persuadé ce médecin. 

Pourtant, pour de nombreux soignants, imposer la vaccination pose un problème éthique. Par exemple, le docteur De Certeau, gastroentérologue à l’hôpital Tenon de Paris, préfère de loin communiquer avec son équipe : "J'ai eu besoin de passer plusieurs fois les voir, faire un peu de forcing en leur faisant comprendre comment on réfléchit devant un vaccin comme ça, donc les gens ont beaucoup adhéré, mais il a fallu leur expliquer."

Et les menaces de sanctions adressées à l'égard des réfractaires sonnent surtout, pour le même médecin, comme un aveu d’échec : "Ça montre juste qu'on n'a pas réussi à bien informer la population : on a le droit d'avoir peur, de ne pas encore avoir tout compris, d'avoir des réticences."

"On nous infantilise, alors que ce sont des gens qui prennent soin des autres tous les jours."

Tout le monde est indispensable

D’après les dernières données de Santé publique France, près de 36% des soignants, dans les hôpitaux et cliniques, ne sont pas vaccinés. Et , pour certains, cette mesure risque également d'être contre-productive, comme le redoute Isabelle, infirmière en bloc opératoire : "On risque d'avoir une hémorragie au niveau du personnel. Moi j'ai par exemple eu une discussion avec une jeune collègue qui m'a dit  : 'Si on me contraint, je partirai', sachant qu'on est déjà en très très grande souffrance à l'hôpital…

Pour tenter de juguler l'hémorragie que pourraient provoquer ces nouvelles annonces parmi les effectifs de personnels soignants, Martin Hirsch, à la tête de l'AP-HP, a tenu à préciser que "ce n'est pas une mesure de défiance vis-à-vis des soignants", tout en rappelant que "cela fait partie de la panoplie professionnelle" et que l"'objectif c'est d'atteindre zéro démission".

François Nicolas, directeur général de la fondation Fil Seine, gère 6 résidences pour personnes âgées dans la région de Rouen. Parmi ses 500 salariés, 80% sont vaccinés... mais il le reconnait : "Tout le monde est indispensable dans le cadre de l'exercice de nos missions, donc on ne peut pas dire qu'on peut se passer des personnes qui ne souhaitent pas se vacciner. Il faut inciter les soignants à le faire sans être soumis nécessairement à l'obligation."