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"On perd un temps précieux" : en Afghanistan, collégiennes et lycéennes n'ont pas pu faire leur rentrée

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Fatima, 16 ans, espèrent quitter l'Afghanistan pour devenir femme d'affaires
Fatima, 16 ans, espèrent quitter l'Afghanistan pour devenir femme d'affaires
© Radio France

Revenus au pouvoir depuis août dernier, les talibans n'ont pas autorisé l'entrée dans leurs collèges et lycées à toutes les jeunes filles. Aucune explication claire n'a été donnée. A Fatima, 16 ans, qui vit à Kaboul, les autorités ont dit qu'il leur fallait un uniforme islamique. Elle raconte.

En Afghanistan, des milliers de filles attendaient ce jour avec impatience, mais les Talibans ont douché leurs espoirs. C'était, mercredi, la rentrée au collège et au lycée, après des mois d'incertitude sur la place des femmes dans la société depuis le retour des talibans au pouvoir en août dernier. Les droits des femmes à l'éducation et au travail ont déjà été restreints. Et les jeunes filles ont été privées d'école, apprenant la décision des autorités en se rendant à leur établissement. Fatima, 16 ans, devait entrer en 11ème (l'équivalent de la classe de première en France) au lycée Marefat de Kaboul, la capitale. Jointe par France Inter, elle réagit à cette décision qu'elle considère comme un "faux prétexte". 

FRANCE INTER : Que s'est-il passé à l'école mercredi matin ?

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FATIMA : "Hier soir, j'étais chez ma tante. J'ai passé la nuit là-bas parce qu'elle est seule. Et, ce matin, je ne pouvais pas aller à l'école car je n'avais pas mon uniforme avec moi. Mais j'ai appris en rentrant chez moi que les talibans ne voulaient plus que l'on vienne. Ça m'a déprimée. J'ai vérifié mes emails, j'ai vérifié sur Facebook et j'ai compris qu'il y avait bien un problème. Ensuite, les amies de ma classe m'ont confirmé par message que c'était vrai. Les talibans ne veulent pas qu'on y aille. Ça m'a mise dans un état… je n'arrivais pas à y croire."

Vous vous étiez préparée à ce retour à l'école ?

"Bien sûr, tout était prêt. J'avais un uniforme, j'avais des livres et des cahiers. D'après ce que m'ont dit mes amies, les Talibans disent que tout n'était pas prêt pour nous, qu'il fallait qu'ils nous fassent des uniformes avec des vêtements islamiques ou quelque chose comme ça. Ils disent qu'une fois qu'on les aura, on aura le droit de retourner à l'école. Mais pour moi c'est un faux prétexte. Ils ont inventé cette excuse pour ne pas nous laisser y aller. Ils avaient tout le temps cet hiver de nous concevoir des uniformes d'école, mais ils ne l'ont pas fait. Dans quelques temps, ils vont inventer autre chose, puis encore autre chose…" 

Que ressentez-vous à l'idée de ne pas pouvoir aller à l'école ces prochains jours, peut-être prochains mois ou même années ?

"Les talibans nous font perdre un temps précieux. Ces deux dernières années, on n'a déjà pas pu étudier correctement à cause de l'épidémie de Covid, et maintenant c'est à cause des talibans… Et nous ne savons pas quoi faire contre ça. On est tristes, déprimés, alors que tout le monde était motivé et excité à l'idée de reprendre les cours. Quand j'en ai parlé à mes amies, elles étaient toutes en train de pleurer. C'est tellement difficile. On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve. Je n'ai pas beaucoup d'espoir."

Que rêvez-vous de devenir plus tard ?

"J'aimerais être une femme d'affaires, quelqu'un qui peut prendre la parole, qui dirige des entreprises. J'ai beaucoup de rêves. Mais quand je pense aux talibans, ce que je suis aujourd'hui, mes rêves, mon futur, tout s'arrête. Là je suis déprimée, mais s'ils ne me laissent pas faire, j'ouvrirai d'autres portes et je ferai de mon mieux. J'adore l'Afghanistan. Croyez-moi, j'aime mon pays, mais ces derniers temps, je pense de plus en plus à partir, à trouver une solution pour quitter l'Afghanistan."