On sait désormais à quelle zone du cerveau le clitoris est relié (et c'est une avancée)

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On sait désormais à quelle zone du cerveau le clitoris est relié (et c'est une avancée)

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Un clitoris en trois dimensions
Un clitoris en trois dimensions
© AFP - JOEL SAGET / AFP

Une étude publiée dans la revue scientifique JNeurosci montre précisément la zone du cerveau qui entre en activité lorsque le clitoris est stimulé. Plus les rapports sexuels sont nombreux, plus l'aire est grande. Ces découvertes pourraient aider à soigner des troubles sexuels liés à des mutilations génitales.

Pour la première fois, des chercheurs ont identifié avec précision la localisation de la représentation du clitoris dans le cerveau des femmes. Leur étude, publiée ce lundi dans la revue JNeurosci, montre également que l'aire cérébrale mobilisée est plus étendue chez les femmes ayant eu davantage de rapports sexuels. C'est une avancée importante dans la recherche sur le clitoris, selon le docteur Pierre Foldes, chirurgien urologue et inventeur il y a trente ans d'une méthode chirurgicale pour réparer les dommages causés par l'ablation du clitoris (la clitoridectomie). 

Une méthode plus précise

De précédentes études avaient déjà permis d'identifier une zone du cortex somato-sensoriel qui s'activait lors de la stimulation du clitoris. Toutefois, l'endroit précis restait sujet à débat. Certains travaux le plaçaient sous la zone associée au pied, d'autres près de celle de la hanche. En cause : des techniques de stimulation peu précises (par exemple par soi-même ou un partenaire), entraînant le toucher simultané d'autres parties du corps, ou déclenchant une excitation, brouillant ainsi les résultats. 

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Ici, les chercheurs ont mis au point un petit objet rond qu'ils ont appliqué au-dessus des sous-vêtements au niveau du clitoris. Grâce à des jets d'air, une petite membrane se mettait à vibrer légèrement. Huit stimulations du clitoris ont été réalisées, de 10 secondes chacune, entrecoupées de 10 secondes de repos, ainsi que huit stimulations sur le dos de la main droite pour comparaison. 

Le dispositif de stimulation sensori-tactile de la région clitoridienne, appliqué au-dessus des sous-vêtements au niveau du clitoris pour l'étude.
Le dispositif de stimulation sensori-tactile de la région clitoridienne, appliqué au-dessus des sous-vêtements au niveau du clitoris pour l'étude.
© AFP - Handout / Knop et al., JNeurosci 2021

L'expérience a été menée auprès de 20 femmes en bonne santé, de 18 à 45 ans, dont on a réalisé en parallèle un IRM du cerveau. Conclusion : pour les femmes comme les hommes, la représentation des parties génitales est bien située près de celle de la hanche. Toutefois, la localisation précise varie pour chaque femme au sein de cette aire. 

Un lien entre taille de l'aire cérébrale et rapports sexuels

"Nous avons trouvé un lien entre l'épaisseur de l'aire génitale et la fréquence des rapports, notamment dans les 12 derniers mois", expose Christine Heim, professeure de psychologie médicale à l'hôpital universitaire de la Charité à Berlin, et co-autrice de l'étude. "Plus il y avait de rapports sexuels, plus l'aire était épaisse." La plasticité du cerveau est bien connue : certaines parties se développent à mesure qu'une fonction est utilisée. Toutefois, aucun lien de causalité n'a pas pu être ici directement établi pour le moment. 

Dans une étude parue en 2013, Christine Heim avait déjà montré que les personnes ayant subi des violences sexuelles traumatisantes présentaient une aire génitale réduite. "Nous avons émis l'hypothèse, à l'époque, que cela pourrait être la réponse du cerveau afin de limiter l'effet nocif de l'abus", a-t-elle expliqué, précisant que d'autres études seraient nécessaires pour le vérifier. 

Un outil important pour la réparation des femmes victimes de mutilations génitales 

Le docteur Pierre Foldes, établi à Saint-Germain-en-Laye, travaille à la reconstitution du clitoris et à la réparation des dommages physiques et psychologiques causés par les mutilations génitales. Il a opéré plus de 6.000 femmes victimes d'excision. "La recherche nous permet, à nous qui travaillons sur la reconstitution du clitoris et le fait de retrouver ou non des possibilités orgasmiques, de prouver que les sensations reviennent et qu'on a remis en circuit des terminaisons nerveuses qui étaient abimées et mutilées."

La chirurgie réparatrice vise en effet à recréer les conditions d'une sexualité normale, à la fois au niveau physique et psychologique. Ces travaux de recherche lui permettent de faire évoluer sa prise en charge thérapeutique. "On est très attaché à savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas et dans quel sens il faut adapter nos techniques." L'excision par exemple, prend des formes très différentes et peut nécessiter des traitements différents. 

Des questions en suspens

Une aire plus grande permet-elle de mieux percevoir les sensations ? Et la taille de cette aire est-elle ce qui pousse à davantage de rapports, ou des rapports fréquents la font-elle grandir ? Impossible à dire pour le moment, précisent les chercheurs. "La façon dont les organes génitaux féminins sont représentés dans le cortex somato-sensoriel humain est complètement sous-étudiée", explique Christine Heim, professeure de psychologie médicale à l'hôpital universitaire de la Charité à Berlin, et co-auteure de l'étude. "Et ce manque de connaissance a freiné la recherche à la fois sur les comportements sexuels standards, mais également sur des conditions pathologiques", a-t-elle ajouté.

Dès 2005, grâce à une technique imitant une sensation tactile très localisée, des chercheurs avaient pu déterminer l'endroit précis de la représentation pour les hommes de leur sexe. 

Les savanturiers
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