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"Oncle, ne me touche pas" : un humanitaire français jugé pour agressions sexuelles sur de jeunes Asiatiques

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Philippe G. doit comparaître ce mardi devant le tribunal correctionnel, à Paris, afin d'y répondre d'agressions sexuelles sur de jeunes Népalais et Cambodgiens.
Philippe G. doit comparaître ce mardi devant le tribunal correctionnel, à Paris, afin d'y répondre d'agressions sexuelles sur de jeunes Népalais et Cambodgiens.
© AFP - NurPhoto / Narayan Maharjan

Un Français de 51 ans doit comparaître ce mardi devant le tribunal correctionnel, à Paris, pour répondre d'agressions sexuelles sur 24 enfants népalais et cambodgiens. Déjà condamné pour des faits similaires en 2005, il est soupçonné de s'en être pris aux mineurs dans le cadre d'une association qu'il a créée.

Au Népal et au Cambodge, les enfants l'appelaient "uncle", "oncle" en anglais. Il faut dire que Philippe G. faisait pratiquement partie de leur famille : pendant six ans, ce ressortissant français s'est présenté en sauveur des enfants des rues, dont il finançait la scolarité via son association "Philmy voyageurs solidaires". À première vue, croiser sa route était une aubaine, pour ces mineurs défavorisés. Ils ont, en tout, été 80 à être pris en charge par la structure (dont une moitié de filles). Mais l'image de l'humanitaire dévoué semble cacher une face bien plus sombre.

Âgé aujourd'hui de 51 ans, Philippe G. doit comparaître ce mardi devant le tribunal correctionnel, à Paris, afin d'y répondre d'agressions sexuelles. Et la liste des potentielles victimes est longue : 24 mineurs (neuf jeunes garçons cambodgiens et quinze népalais), âgés de 6 à 14 ans au moment des faits, qui auraient été commis entre 2011 et 2015. Le tout en possible récidive, puisque le quinquagénaire a déjà été condamné en 2005 à trois ans de détention, dont la moitié avec sursis, pour des agressions sexuelles sur cinq garçons alors qu'il était directeur adjoint d'un centre de vacances en France. 

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"Un homme qui inspirait confiance"

Philippe G. fonde son association en 2009, après avoir, dit-il, constaté, lors d'un séjour au Népal, que de nombreux enfants dorment dans la rue. Un témoin décrit aux enquêteurs "un homme qui inspirait confiance et donnait l'impression de vouer sa vie aux enfants". Son comportement alerte tout de même les membres de l'ONG népalaise Saathi, spécialisée dans le repérage des pédocriminels. Au printemps 2014, ils se mettent à surveiller le Français, après l'avoir vu dans les rues de Katmandou avec des garçons de 8 à 11 ans et constaté qu'il les emmène dans un hôtel de la capitale népalaise. Une nuit, quelqu'un entendra, à travers la porte, l'un des enfants supplier "Non, oncle, s'il te plaît, ne me touche pas". 

Dans la foulée, en novembre 2014, la publication, sur Facebook, d'un article de presse au sujet de sa condamnation en 2005 éveille les soupçons. "Là, les personnes qui étaient avec lui dans une mission humanitaire sur place, ont commencé à regarder différemment son comportement et ses gestes avec ces jeunes garçons", explique Noémie Saidi-Cottier, avocate de l'association ECPAT, partie civile dans ce dossier.

Plusieurs d'entre elles se rappellent alors avoir vu le prévenu prendre des douches avec des mineurs, dormir dans la même chambre, ou se baigner nu avec les enfants, au Cambodge comme au Népal. Le même témoin qui parlait de "confiance" dit s'être alors souvenu avoir entendu de jeunes garçons faire des blagues au sujet du sexe du Français. En mars 2015, une enquête préliminaire est ouverte en France, et confiée à l'Office centrale pour la répression des violences aux personnes (OCRVP).

Jusqu'à vingt jeunes garçons dans la chambre

Peu à peu, les enfants livrent leurs témoignages. Notamment ceux qui ont passé plusieurs nuits avec Philippe G. dans un hôtel de Katmandou, chambre 201. "Ils racontent qu'il y avait jusqu'à 20 jeunes garçons avec lui", ajoute Me Saidi-Cottier. Ils décrivent des caresses sur leur sexe, des masturbations, des fellations. Philippe G. aurait aussi pris des photos des enfants nus, à la sortie du bain ou de la douche. Tout en leur demandant, selon les dires des mineurs, de ne rien raconter de ce qui se passe entre eux. Pour symboliser leur pacte de confiance, le Français leur offre un collier avec un éléphant, mais aussi des vêtements, un maillot de foot, du chocolat ou quelques roupies les jours de grandes occasions. 

Philippe G. quitte le Népal fin 2014, puis séjourne au Cambodge, dans un orphelinat où des témoins disent avoir été surpris de le voir dormir dans le dortoir des plus jeunes, alors que d'autres chambres sont mises à disposition des adultes.

Interpellé en France en novembre 2015, le quinquagénaire nie d'abord les faits, parle de "gestes de tendresse", accuse les enfants de mentir sous l'influence d'adultes, et assure que le suivi psychologique auquel il est soumis depuis sa condamnation de 2005 lui a appris à réfréner ses pulsions. Devant le juge d'instruction, il finit par admettre des attouchements, tout en expliquant avoir du mal à percevoir les enfants comme victimes, puisque, selon lui, ces-derniers se montrent pleins de joie de vivre, et revenaient régulièrement vers lui.  Noémie Saidi-Cottier, qui a rencontré les mineurs en 2018, affirme avoir effectivement vu "des enfants joyeux…jusqu'au moment où nous avons prononcé son nom". 

L'avocate a promis aux enfants de les tenir informés de l'issue du procès. Eux disent souhaiter, avant tout, que Philippe G. ne puisse plus faire de victime. Ils ont, par ailleurs, continué à suivre leur scolarité, malgré le départ du Français, grâce au financement des parrains et marraines fournis par son association.