Oxfam France pointe les écarts "abyssaux" de salaires entre PDG et salariés des 100 plus grandes entreprises

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Oxfam France pointe les écarts "abyssaux" de salaires entre PDG et salariés des 100 plus grandes entreprises

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Photo d'illustration d'un chef d'entreprise en pleine analyse financière.
Photo d'illustration d'un chef d'entreprise en pleine analyse financière.
© Getty - Twenty47studio

Dans un rapport publié jeudi, Oxfam France fait le constat qu'au sein des 100 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse, les inégalités de salaires entre le PDG et les salariés se sont creusées en dix ans. L'association pointe trois entreprises en particulier, dont Stellantis et Dassault.

Comment sont partagées les richesses au sein des 100 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse ? Voilà ce qu'a essayé de savoir l'association Oxfam France, qui publie à partir de ce jeudi les résultats de son étude, réalisée avec le bureau d'analyse Le Basic. La première partie s'intéresse aux écarts de rémunération entre PDG et "salaire moyen" au sein de ces entreprises, "entre 2011 et 2021". Un second volet sera rendu public dans les prochaines semaines et "s’intéressera au poids des versements aux actionnaires".

Le principal constat de l'association est le suivant : dans une période où "les grandes entreprises annoncent régulièrement des profits records", les richesses produites "continuent d’être inégalement réparties au sein même de celles-ci". Elle dénonce ainsi les "abyssaux" écarts de rémunération entre PDG et salariés.

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Un constat sans appel

Entre 2011 et 2021, soit en l'espace de dix ans, "l’écart de rémunération moyen entre le PDG et le salaire moyen" dans les 100 plus grandes entreprises françaises cotées en bourse "est passé de 64 à 97". Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, le PDG d'une de ces sociétés gagne généralement 97 fois le salaire moyen de ses employés contre 64 fois il y a dix ans. Oxfam indique également que durant ces dix années, "les 100 plus grosses entreprises françaises ont augmenté la rémunération de leur PDG de 66 %, et seulement de 21 % celle de leurs salariés". Il est précisé que durant cette même période, le Smic, a lui "augmenté de seulement 14 %."

Mais ce n'est pas tout. Dans le partage des richesses au sein des 100 grandes entreprises étudiées, la part allouée aux salaires "est passée de 61 % à 51 %, soit une baisse de 10 points." "Cette tendance est également valable pour le CAC 40, avec une part travail qui est passée de 58 % à 48 % de leur valeur ajoutée." Cette diminution "doit nous alerter" prévient Léa Guérin, chargée de plaidoyer sur la question de la régulation des multinationales à Oxfam. "Elle se fait au détriment des bas salaires particulièrement impactés par l’inflation, que nous subissons depuis des mois." Léa Guérin ajoute : "un chèque de 10.000 euros supplémentaires : c’est ce que chaque salarié du CAC 40 aurait dû toucher en moyenne l’an dernier si on avait continué à redistribuer les richesses créées de la même façon qu’il y a 12 ans"

Trois entreprises se distinguent (négativement)

Dans son rapport Oxfam France établit un classement des trois entreprises où l'écart de salaire est le plus important entre le PDG et ses salariés. Voici dans l'ordre, le podium :

  1. Teleperformance (leader mondial des centre d'appels) : Daniel Julien, son PDG, "gagne 1484 fois plus que le salarié moyen de l’entreprise"
  2. Stellantis (constructeur automobile qui détient Peugeot, Citroën, Fiat...) : Carlos Tavares, le PDG, gagne 1139 fois plus que le salarié moyen. Il est également précisé qu'avec "ses 66 millions d’euros de salaire", il a gagné "en 2021, en 3h22 l’équivalent du salaire annuel moyen de son entreprise"
  3. Dassault Systèmes (éditeur de logiciels, spécialisé dans la conception 3D) : Bernard Charlès, le PDG , "gagne 385 fois plus que son salarié moyen"

Léa Guérin, d’Oxfam France, estime que "les rémunérations mirobolantes de ces PDG sont devenues complètement hors sol et ne correspondent pas à un hypothétique prix du marché comme on peut parfois l’entendre". Elle ajoute également que "certaines rémunérations indécentes ne se justifient plus et doivent être encadrées."

Les inégalités hommes-femmes persistent

Les inégalités hommes-femmes sont également pointées dans le rapport d'Oxfam France. Il en ressort notamment que les dirigeantes des entreprises étudiées "sont moins bien rémunérées" que les dirigeants. Ainsi, "elles gagnent en moyenne 36% de moins que les hommes." L'exemple de Carlos Tavares, PDG de Stellantis, est une nouvelle fois donné, puisqu'avec "ses plus de 66 millions de rémunération annuelle", ce dernier a gagné en 2021 "plus que toutes les femmes dirigeantes de grandes entreprises réunies."

Des femmes dirigeantes qui gagnent moins mais qui sont également peu nombreuses d'après Oxfam. L'association indique qu'au sein des "grandes entreprises du SBF120", les femmes sont "largement sous-représentées : moins de 11% des dirigeants sont des femmes."

Les recommandations d'Oxfam France

Au vu des différents constat établis par l'association dans son rapport, Oxfam France fait un certain nombre de recommandations :

  • Revaloriser le travail en favorisant les augmentations de salaires, en commençant par les bas salaires
  • Limiter les écarts de rémunération en imposant un écart de rémunération de 1 à 20 entre la rémunération des PDG et le salaire médian
  • Accélérer les efforts en matière de réduction des écarts de salaires entre les femmes et les hommes en réformant l’index pour l’égalité professionnelle et en introduisant des éga-conditionnalités dans les subventions, autorisations et marchés publics
  • Revoir la conception des rémunérations des dirigeants en supprimant les critères de rémunérations boursiers et privilégier les critères de rémunération extra-financiers, notamment sociaux et climatiques, en les fixant a minima 50%. Aller plus loin en conditionnant les rémunérations variables à l’atteinte de certains objectifs sociaux et environnementaux
  • Réformer la gouvernance dépassée des grandes entreprises françaises en renforçant la représentation des salariés au sein des Conseil d’Administration ou Surveillance, en tenant compte de la diversité géographique des effectifs du groupe tout en revoyant la part des représentants salariés présents aux CA
  • Conditionner la rémunération de la ou du PDG et des administrateurs des Conseils d’Administration et de Surveillance à des objectifs climatiques et socio-économiques
  • Utiliser la fiscalité comme outil de justice sociale dans la redistribution des richesses en entreprise en supprimant la flat tax tout en réalignant la fiscalité du capital sur la fiscalité du travail