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Para-cyclisme : un nouveau couple sur la piste

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Quentin Caleyron (à gauche) est le nouveau pilote de Raphaël Beaugillet avec la mission de ramener une médaille des Jeux paralympiques de Paris 2024.
Quentin Caleyron (à gauche) est le nouveau pilote de Raphaël Beaugillet avec la mission de ramener une médaille des Jeux paralympiques de Paris 2024.
© Radio France - Jérôme Val

Paris 2024 se prépare déjà pour les athlètes et la médaille est dans la tête du para-cycliste Raphaël Beaugillet qui a déjà obtenu le bronze en tandem. Problème : son pilote a pris sa retraite. Il a dû trouver un nouveau partenaire pour aller jusqu’aux Jeux de Paris, une aventure sportive et humaine.

Visière baissée et le regard porté au loin : les deux cyclistes habillés du cuissard de l’équipe de France enchaînent les départs sur la piste en bois du Vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est seulement le septième entraînement en commun pour Raphaël Beaugillet et son nouveau pilote Quentin Caleyron qui sont ensemble depuis le début du mois de novembre. « Les deux-trois premières séances, c’était plus du réglage, se souvient Quentin Caleyron lors d’une pause entre deux courses sur le tandem_. Il fallait apprendre à se mettre debout et à prendre des départs semi-arrêtés. Je n’ai jamais eu quelqu’un à l’arrière, c’est autre chose. J’ai plus l’impression d’être dans un camion que sur mon vélo._ » 

Raphaël Beaugillet est atteint d’une maladie dégénérative du nerf optique. « J’ai perdu la vue progressivement à l’âge de vingt ans et pour schématiser, je vois flou comme si j’étais tout le temps dans le brouillard », raconte celui qui a décroché la médaille de bronze en septembre dernier aux Jeux Paralympiques de Tokyo sur le kilomètre. « Je ne peux pas faire de vélo tout seul », ajoute-t-il. 

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"Une opportunité exceptionnelle" Quentin Caleyron

Problème : le pilote qui était avec lui depuis mars 2020, François Pervis, a pris sa retraite. Pour rêver à Paris2024, il lui a fallu trouver un nouveau binôme et le choix du pilote, celui qui est assis devant lui et qui tient le guidon, est primordial pour la réussite sportive du duo. « Avec François Pervis, Quentin est l’un des meilleurs sprinteurs français, se félicite Raphaël Beaugillet_. On échangeait de temps en temps, on se croisait au Vélodrome. Même s’il faut que je le découvre encore, je pense que c’est un gars bien. C’était le seul également qui parlait avec nous, à s’intéresser au suje_t. » Entendez aux cyclistes handicapés ! 

Les deux hommes s'entraînent ensemble depuis un mois seulement et les progrès sont déjà spectaculaires en terme de vitesse.
Les deux hommes s'entraînent ensemble depuis un mois seulement et les progrès sont déjà spectaculaires en terme de vitesse.
© Radio France - Jérôme Val

Cela fait une décennie que Raphaël Beaugillet pratique le tandem après avoir joué au football à un niveau régional, chez lui du côté de Blois. Pour Quentin Caleyron, c’est une troisième carrière qui s’ouvre. Cet ancien espoir en BMX (il a disputé les Jeux Olympiques de Londres en 2012) a vu son élan brisé par une grave blessure (« je suis refait de partout », sourit-il en montrant ses épaules et une franche cicatrice au genou droit). Il s’est reconverti à la piste, une « carrière trop courte », regrette-t-il. Il veut maintenant saisir sa chance d’aller décrocher une médaille olympique en France. « Cette opportunité est exceptionnelle et je la saisis à pleines mains. Pour moi, les Jeux Paralympiques ont la même valeur et la même saveur que les JO. C’est un rêve d’enfant et je compte bien le réaliser. »    

"Il faut un peu de temps pour que ça se mette en place" Raphaël Beaugillet

Même s’il reste un peu plus de deux ans et demi avant l’échéance de Paris 2024, le temps commence à compter. D’autant que les moments pour se retrouver ne sont pas si nombreux : Raphaël Beaugillet habite dans le Loir-et-Cher et vient de signer un contrat avec l’armée des champions (le fameux bataillon de Joinville). En parallèle de sa carrière de sportif, Quentin Caleyrontravaille à la SNCF en tant que chargé de projet dans un cabinet d’étude où il doit passer 30% de son temps. Mais ce n’est pas le seul obstacle. « Pour l’instant, on n’a eu que deux créneaux où nous avons pu rouler seuls en piste, raconte Raphaël Beaugillet_. Sinon, on roule sur des créneaux publics où il peut y avoir cinquante vélos sur la piste. C’est dangereux et on ne peut pas faire nos efforts à bloc. Il faut que la fédération handisport réserve des créneaux spécialement pour nous et ça coûte très cher. Il faut un peu de temps pour que ça se mette en place._ »  

En attendant, le binôme apprend à se connaître pour que deux cyclistes ne fassent plus qu’un sur le vélo. « Rien qu’en roulant sept fois ensemble, j’ai appris plus sur moi-même qu’en deux ans, s’amuse  Quentin Caleyron_. J’ai besoin des retours de Raphaël et il me confie des choses qu’on ne m’avait jamais dites. Comme par exemple que je pédale beaucoup avec les épaules. Si je bouge comme ça en tandem, il est secoué comme un prunier !_ »   

En attendant les grandes échéances comme les championnats du monde normalement prévus au printemps prochain, le premier test pour le nouveau tandem arrive vite : le Grand Prix de Grenchen en Suisse les 17 et 18 décembre.