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"Paradaïze" de Fernanda Melchor : Une plongée saisissante dans l’extrême violence de notre société

Couverture principale de "Paradaïze", le nouveau roman de Fernanda Melchor, 2022
Couverture principale de "Paradaïze", le nouveau roman de Fernanda Melchor, 2022
- Éditions Grasset

Après "La saison des ouragans", l'auteure mexicaine signe un témoignage littéraire poignant sur la montée en puissance de la violence dans notre société. Un roman social explosif qui fait de son auteure "l'une des grandes voix littéraires du moment" selon Le Masque.

Le livre présenté par Jérôme Garcin

La Mexicaine Fernanda Melchor avait publié "La saison des ouragans" en France, traduit par Laura Al Passé et salué en couverture par Virginie Despentes qui salue "un chef-d'œuvre de concision dans sa cadence et un monologue labyrinthique sur la violence banale d'un adolescent d'aujourd'hui". C'est le nom d'une résidence de luxe pour clients ultrariches où officie, pour tondre les pelouses et tailler les haies le narrateur, un jeune jardinier sans le sou, Paulo, seize ans. C'est là qu'habite chez ses grands-parents, son copain Franco, dit "Le gros", qui consomme des films porno à longueur de journée, et qui voudrait bien coucher avec sa voisine, une mère de famille quadragénaire. Ce roman où la misère sociale rencontre la violence pornographique va tourner au cauchemar.

Patricia Martin scotchée par la retranscription littéraire de la violence sociale traitée

La critique de France Inter a énormément aimé ce livre, touchée par son côté social cinglant et effrayant : "dès la première phrase du livre, on sait qu'on s'attend au pire. Il n'y a pas beaucoup de dialogues au sens traditionnel du terme, mais ce n'est pas pour autant un monologue, c'est comme si les gens étaient enfermés dans leur propre dialogue intérieur. On a l'impression que chacun est dans sa tête, dans ses pensées, dans sa folie, et que le style asphyxie complètement l'air autour.

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Le vocabulaire employé est ordurier, mais après tout, peut-être qu'on ne peut parler que de cette façon-là quand on vit plus ou moins dans des ordures, parce qu'il faut voir malgré tout les conditions de vie de ces pauvres gens, l'endroit où ils habitent est effrayant, chacun est assigné à résidence et à sa propre identité… C'est effrayant de se dire que c'est presque un Mexicain sur deux qui est pauvre, que l'on compte dix féminicides par jour. On se doute bien que ça finira mal, mais c'est très imagé, avec l'utilisation de chocs visuels en série".

Nelly Kapriélan salue "une vraie réussite et une voix littéraire unique"

La journaliste de L'Obs a elle aussi adoré, très sensible à la manière dont l'auteure exprime la montée de la violence sociale de cette société. C'est d'ailleurs actuellement, selon elle, l'une des meilleures voix de la littérature contemporaine : "Il y a une écriture, il y a une voix. J'aime ce pari de réaliser un roman féministe mais vu du côté des garçons, sans que ce ne soit jamais non plus accusateur. Elle parvient à nous plonger dans ce monde de violence masculin, d'une jeunesse gâchée, bafouée, exploitée, engluée dans cette montée en puissance de la violence.

C'est maîtrisé d'un bout à l'autre. Je découvre là une véritable écrivaine qu'il faut absolument suivre car elle s'impose aujourd'hui comme une des meilleures voix en littérature ! Elle est ultra contemporaine sans sous-écrire, ni sur-écrire, ce qui aurait pu être le risque en écrivant sur ce milieu-là, mais jamais elle donne l'impression d'être dans une position de surplomb. C'est une vraie réussite littéraire".

Pour Jean-Claude Raspiengeas, c'est "un roman d'une description extraordinaire de la violence de l'époque"

Le critique du journal La Croix applaudit un formidable ouvrage sur l'écart infranchissable entre deux mondes condamnés, englués dans une montée en puissance de la violence terrifiante, le tout ponctué par un mécanisme narratif formidable et un travail de traduction d'excellence : "C'est un roman très très fort. C'est la description d'un engrenage qui est inévitable par cette histoire de lutte des classes l'une en face de l'autre. L'une qui fait rêver et fantasmer l'autre ; puis celle qui fait fantasmer et qui ne voit pas celle qui la reluque…

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Paradaïze" de Fernanda Melchor

8 min

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