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Pauvreté des enfants à l'ère du Covid-19 : la pire crise depuis 75 ans, selon l'Unicef

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Une petite fille, en Afghanistan où les mariages forcés se multiplient avec le retour des Talibans
Une petite fille, en Afghanistan où les mariages forcés se multiplient avec le retour des Talibans
© AFP - Murteza Khaliqi

L'Unicef fête ses 75 ans d'existence et à cette occasion, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance sort un rapport alarmant. L'épidémie de Covid-19 est en passe d'annihiler quasiment tous les progrès enregistrés depuis plusieurs décennies en matière de lutte contre la pauvreté des enfants.

100 millions d’enfants supplémentaires ont plongé dans la pauvreté depuis le début de la pandémie. "Malheureusement, ce ne sont que des estimations parce que cette pandémie continue chaque jour d'affecter plus durement les enfants", explique Ann Avril, directrice générale de l’Unicef France. "Le chiffre le plus important, c'est le nombre d'enfants qui vivent dans une extrême pauvreté. 100 millions d'enfants de plus, c'est énorme. Ce sont des enfants qui sont privés d'avenir. Et quand on parle de la pauvreté, c'est vraiment multidimensionnel. Ça veut dire que ce sont des enfants qui n'ont plus accès aux services de base que sont la santé, l'éducation, ou la protection." 

80% des écoles fermées par l'épidémie

Les conséquences sont multiples : la malnutrition d'abord, qui devrait toucher 9 millions d'enfants de plus en 2022. L'épidémie de Covid-19 a aussi un effet direct sur la déscolarisation qui s'est accélérée en raison de la fermeture de près de 80% des écoles à travers le monde durant la première année de la pandémie. Plus d'un milliard et demi d'élèves ne sont pas allés sur les bancs de l'école. Avec son corollaire : le travail des enfants qui risque de s'amplifier en raison de l'augmentation de la pauvreté. Ils sont déjà 160 millions dans le monde à devoir aider leur famille. L'Unicef estime que 9 millions d'enfants supplémentaires vont être contraints de travailler d'ici la fin de l'année 2022. 

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"Il y a encore des millions d’enfants qui ne vont pas à l’école ou en tout cas qui n’y vont pas de façon régulière. Tous les pays sont touchés, que ce soit les pays riches ou les pays pauvres. Dans ces derniers, comme beaucoup d’enfants sont en dehors de l’école, ils constituent une main d’œuvre facile et pas chère. Des enfants de plus en plus jeunes sont concernés. C’est la conséquence directe de l’absence d’éducation."

Autre phénomène que l’épidémie de Covid a accéléré : les mariages des enfants. Ils pourraient concerner 10 millions d’enfants supplémentaires d’ici la fin de la décennie selon l’Unicef. "C'est finalement le moyen de se débarrasser, si je puis dire, d'une charge pour la famille", souligne Ann Avril. "C’est un phénomène qui a repris dans certains pays. Je pense notamment au Liban, qui avait fait beaucoup de progrès en la matière, mais l'afflux de réfugiés et la pauvreté dans lequel le pays se trouve font qu'il y a une recrudescence très importante des mariages précoces. En Afghanistan aussi. La pauvreté et l'absence d'éducation sont les deux facteurs qui expliquent ces mariages précoces qui touchent les garçons comme les filles, et qui, finalement, privent les enfants de leur enfance et de l'espoir de pouvoir se construire eux-mêmes."

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Pour un engagement des pays riches

Il faudra entre sept et huit ans pour retrouver les niveaux d'avant l'apparition du Covid en matière de lutte contre la pauvreté des enfants, estime l’Unicef, qui ne veut pas céder au pessimisme, à l’image de sa directrice générale pour la France : "Il y a deux choses importantes à souligner. La première, c'est que les enfants ont une forte capacité de résilience, plus que les adultes. La deuxième, c'est que l'Unicef et ses partenaires, les ONG, les gouvernements, ont des solutions. Depuis 75 ans, on a fait beaucoup de progrès pour les enfants. Donc, même si on estime qu'il faudra près d'une décennie pour reconstruire tout ce qui a été anéanti, on a les moyens. On sait que la vaccination, c'est efficace. On sait comment lutter contre la malnutrition sévère aiguë. On a inventé de nouvelles formes d'éducation. On a des solutions.

Maintenant, il nous faut des moyens, que les gouvernements s'engagent, que les pays riches continuent à aider les pays moins riches parce que là aussi, la coopération internationale est très importante.