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"Pédé", "retourne dans ton pays" : dans un McDo de Toulouse, des employés harcelés par leurs équipiers

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Les salariés du McDonald dénoncent les agissements de plusieurs collègues et managers.
Les salariés du McDonald dénoncent les agissements de plusieurs collègues et managers.
© Maxppp - Christophe Morin

Des salariés du restaurant McDonald’s d’Aucamville, à Toulouse, dénoncent les conditions de travail effroyables que font régner dans le restaurant un groupe d'équipiers et de managers. Ils sont régulièrement la cible, en toute impunité, de propos homophobes, xénophobes ou sexistes.

"Venez comme vous êtes !" Le slogan de la plus grande chaîne de fast-food au monde ne s'applique pas dans le restaurant McDonald’s d’Aucamville, au nord de Toulouse. Plusieurs employés, dont certains ont quitté l'entreprise, accusent un groupe de quatre équipiers et deux managers de ce McDo de leur avoir asséné à plusieurs reprises des propos homophobes, sexistes et xénophobes. En toute impunité puisque l’ancien directeur adjoint, devenu directeur depuis, est pour sa part accusé de ne pas agir face à ces faits.

Nous avons pu nous entretenir avec trois employés qui travaillent ou qui ont travaillé dans ce fast-food franchisé. Et nous avons consulté les courriers qui ont été envoyés à la direction de McDo, un compte-rendu rédigé par la médecine du travail et la plainte qui a été déposé à l'issue de violences perpétrées dans le restaurant. Ces témoignages et documents mettent au jour une atmosphère de travail détestable. La direction du restaurant que France Inter a sollicité affirme que "les faits rapportés sont d’une extrême gravité" et qu'ils "n’ont pas leur place dans le restaurant". Elle annonce plusieurs mesures pour y mettre fin.

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Le job étudiant se transforme "en cauchemar"

En septembre 2021, Kameron est embauché dans ce McDo. "Mon premier job étudiant" qui vire au "cauchemar", explique le jeune homme, âgé de seulement 17 ans à l’époque. "J’ai été surnommé le ‘pédé’ du McDo du début jusqu’à la fin de mon contrat, en juin 2022", assure-t-il. Les insultes xénophobes fusent aussi : "Un jour, on m’a clairement dit que si les nègres comme moi étaient parmi les blancs, c’était grâce aux blancs".

Un discours qui devient de plus en plus décomplexé pendant la dernière campagne présidentielle, selon Sarah. Le 21 avril dernier, lors d’une discussion autour de l’élection, cette jeune employée, française d’origine algérienne, est prise à partie avec une autre collègue à la fin de son service par d’autres employés. "On nous a dit qu’on n’avait pas notre mot à dire pour les votes, que ce n’était pas notre pays ici et qu’on devait retourner chez nous", explique-t-elle. Et puis il y a le sexisme qui revient souvent dans ces remarques, comme ce manager qui lui dit un jour, selon elle : "Toi, je sais que tu préfères les sexes circoncis".

Une employée musulmane affirme avoir été rouée de coups

Choqués, Sarah et plusieurs collègues alertent leur hiérarchie. Dans un courrier adressé au directeur du restaurant, le 4 mai dernier, et que nous avons pu consulter, ils écrivent : "Nous dénonçons aujourd’hui une discrimination qui perdure et que nous vivions depuis plusieurs années au sein de l’entreprise (…) Les événements actuels ne sont que répétitifs d’événements que nous avons vécus auparavant". Avant d'ajouter, "l’intégration au sein de l’entreprise se fait difficile, car nous sommes confrontés à un rejet perpétuel de par nos origines, nos croyances religieuses et nos orientations sexuelles". D’après Sarah, aucune sanction n’a été prise envers les auteurs de ces propos à ce moment-là et l’ambiance est restée délétère.

Le 28 septembre dernier, un cap est franchi. En quittant le restaurant un soir, à la fin de son service, Sarah est témoin d’une altercation entre Alex, une collègue musulmane voilée et un des mis en cause. Ce dernier aurait arraché le voile de la jeune femme. Sarah s’interpose mais l’homme l’agresse physiquement. "J’ai été rouée de coups avec des blessures au niveau du bras gauche notamment", raconte-t-elle. Alex, qui a elle aussi reçu des coups, dit s'être sentie "humiliée". "Je suis restée paralysée pendant plusieurs secondes, quand il m'a arraché le voile, c'était clairement une agression islamophobe pour moi".

Une plainte déposée pour "discrimination"

Le lendemain elle alerte ses responsables. Ces derniers la reçoivent mais "aucune sanction" n’est prise contre son agresseur, affirme Sarah qui est toujours en arrêt de travail aujourd’hui. "On m’avait promis un rendez-vous à la médecine du travail et une aide psychologique mais personne ne m’a recontactée". Finalement, c’est elle qui contacte la médecine du travail pour solliciter un rendez-vous qu’elle obtiendra le 26 octobre. Dans le compte-rendu que nous avons consulté, la médecin qui l’a examiné évoque un syndrome "post traumatique qui ferait suite à une agression physique au travail par un collègue, et il y avait au préalable des menaces à caractère raciste".

Sarah a déposé plainte contre son agresseur présumé dans un commissariat, le 1er octobre. Cette plainte que nous avons pu consulter a été déposée pour "discrimination" et "violence sans incapacité". Alex affirme avoir déposé plainte elle aussi pour "agression physique et verbale".

La réponse de la direction

Interrogée par France Inter, la direction du restaurant annonce qu’après enquête interne, "la mise à pied avant licenciement de l’auteur des faits" a été décidée. Elle annonce également "le départ du restaurant d’un des deux managers concernés". Aucune précision n’est donnée en revanche sur le sort des quatre autres salariés mis en cause. Dans sa réponse, la direction déclare que "les faits rapportés sont d’une extrême gravité et n’ont pas leur place dans le restaurant d’Aucamville". Un cabinet spécialisé indépendant a été missionné notamment pour "identifier toutes mesures utiles pour renforcer la sensibilisation et la prévention de tout comportement sexiste, discriminant et raciste". L’ensemble des équipes de direction auraient déjà suivi en 2022 une formation spécifique sur le sujet.

Des explications peu convaincantes pour les salariés qui ont lancé l’alerte. Ils organisent une manifestation, ce mercredi 9 novembre à 12h devant ce restaurant McDo. Le collectif "McDroits", regroupant plusieurs salariés de la chaîne qui luttent depuis 2019 contre les discriminations, appelle à les rejoindre. Plusieurs syndicats, comme la CGT et Solidaires devraient être présents en soutien.