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Pédocriminalité : les jeux vidéo en ligne envisagés comme potentiels dispositifs d'alerte

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L'avatar a été lancé pendant le premier confinement.
L'avatar a été lancé pendant le premier confinement.
- Capture d'écran - L'Enfant Bleu

Un groupe de travail réfléchit, depuis plusieurs mois, à la façon dont les jeux vidéo en ligne peuvent permettre aux mineurs victimes de pédocriminels de donner l'alerte. Une réflexion née de la création d'un avatar sur Fortnite, pendant le premier confinement.

Le commandant de police Véronique Béchu dirige le "Groupe central des mineurs victimes" à l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP). L'enquêtrice et son groupe ont été sollicités pour aider à créer un avatar sur le jeu vidéo Fortnite, lors du premier confinement. Le personnage virtuel était destiné à recueillir la parole des mineurs souhaitant dénoncer des faits de pédocriminalité. Cette initiative, unique au monde, vient de recevoir un prix d'innovation de l'organisation des polices européennes Europol et inspire un groupe de travail afin de mettre en place des outils similaires. 

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FRANCE INTER : En quoi consistait cet avatar, sur Fortnite, qui a inspiré les travaux du groupe de réflexion dont vous faites partie ?

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VÉRONIQUE BÉCHU : "C'est un dispositif qui a été pensé par la société Havas Entertainement qui, en discutant avec l'association l'Enfant bleu, une association de protection de l'enfance, a eu vent du fait que de plus en plus de pédocriminels ont déjà contacté les mineurs par le biais des jeux en ligne. L'Enfant bleu, s'inquiétait du confinement qui était annoncé, et de savoir que les enfants seraient enfermés dans des lieux qui, potentiellement, pouvaient être dangereux pour eux, sans avoir la possibilité de dénoncer les faits à l'extérieur. L'association a donc réfléchi à un moyen de pouvoir entrer discrètement en contact avec ces mineurs. La directrice nationale de l'Enfant bleu m'a contactée pour savoir si je voulais participer en tant que force de l'ordre à ce dispositif, notamment sur le volet "Recueil de la parole de l'enfant". C'est très délicat de pouvoir recueillir, via cet avatar, des éléments qui contextualisent un petit peu les premières déclarations de l'enfant, il faut l'interroger rapidement, mais de manière non suggestive et très rationnelle. Nous avons donc mis en place un protocole qui permettait aux bénévoles de pouvoir orienter les questions et que le peu de renseignements qu'on réussissait à avoir à travers l'avatar puissent être judiciarisés, si on avait, dans l'urgence, besoin de faire un signalement que ce soit à la justice ou à un service de police pour une intervention urgente."

Est-ce que ce dispositif s'est montré concluant ?

"C'est un dispositif qui a extrêmement bien marché : nous avons eu 1 200 contacts d'enfants, ce qui équivaut à peu près à une trentaine d'enfants qui ont contacté, chaque jour, l'avatar et donc la permanence de signalements par jour. Celui-ci avait été dessiné pour ressembler aux couleurs de l'association l'Enfant bleu, un ange bleu très attirant visuellement pour les enfants. Il y avait tout une explication qui était donnée au jeune internaute, après, à lui d'accepter ou pas l'avatar. Quand il avait besoin d'entrer en contact, un système de chat se déclenchait et on pouvait interagir avec l'enfant. C'est un projet qui est vraiment totalement innovant, ça n'avait jamais été pensé auparavant. Quand nous en avons parlé après la levée du premier confinement, beaucoup de nos collègues de services répressifs partout dans le monde se sont tournés vers nous pour nous dire c'était une très bonne idée, que c'était vraiment ce qu'il fallait faire, compte tenu de la situation sanitaire, mais aussi du fait que de plus en plus de pédocriminels contactent des mineurs via les jeux en réseau. Pour vous donner quelques chiffres les Américains ont constaté, depuis deux ans, une augmentation de 3 000% de ces contacts d'enfants, qui subissent ensuite des violences sexuelles, de la corruption de mineurs…"

Pourquoi ne pas avoir maintenu le dispositif ?

"C'est un avatar qui a vécu le temps du confinement, qui n'était pas voué à être pérennisé en l'état puisque, derrière ce personnage virtuel, vous aviez des personnes physiques, une permanence de bénévoles. C'était donc assez lourd à organiser. C'est pour trouver un autre moyen que le groupe de travail a été pensé.  Il a été installé par le secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance, Adrien Taquet, pour que, justement, tous les acteurs utiles à cette lutte puissent penser à une solution pérenne. Il y a bien évidemment la société Havas Entertainment qui a lancé ce dispositif, l'association l'Enfant bleu, qui a orchestré sa mise en place, nous-mêmes, le parquet de Paris, le SELL qui est le syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, des journalistes sportifs, des chargés de communication qui connaissent un petit peu le milieu des jeux."