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Pédocriminalité : une deuxième condamnation en France pour des faits de "livestreaming"

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Pédocriminalité - Protection de l'enfance sur Internet
Pédocriminalité - Protection de l'enfance sur Internet
© Radio France

Un homme d'une cinquantaine d'années a été condamné mi-mai, à Paris, à six ans de prison ferme pour "livestreaming". Il s'agit de la deuxième condamnation en France pour ce type de faits, qui consiste à commander et regarder en direct, par internet, des actes sexuels infligés à des enfants.

Les enquêteurs le décrivent comme un "collectionneur". Une collection à donner la nausée : pendant des années l'homme, condamné mi-mai par le tribunal correctionnel de Paris à six ans de détention, a accumulé plus de quatre millions de photos et vidéos pédopornographiques. Au-delà de cette "collection", le quinquagénaire est surtout reconnu coupable de "complicité d'agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans". L'enquête a révélé qu'il s'est livré pendant aux moins dix ans au "livestreaming". Autrement dit, à la commande d'actes sexuels sur des enfants pré-pubères, visionnés en direct et à distance, via internet. "L'internaute va entrer en contact avec des individus pouvant lui rendre ce service, soit par mail, soit sur des sites dédiés. Ils se mettent d'accord sur le genre de l'enfant, l'âge, les faits qu'ils souhaitent voir commis à l'écran, et par qui. Au jour dit, ils se connectent simultanément et le commanditaire visualise ce qu'il a commandé. Il peut faire des commentaires, interagir avec la personne qui abuse de l'enfant", explique Véronique Béchu, cheffe du Groupe central des mineurs victimes, à la Direction centrale de la police judiciaire, qui s'est occupé de ce dossier, pour lequel les jeunes victimes se trouvaient aux Philippines.

Un homme déjà connu de la justice

L'enquête a démarré après que des policiers infiltrés ont repéré le suspect sur le darknet, cette partie d'Internet à laquelle il n'est possible d'accéder que par des logiciels spécifiques, destinés à préserver au maximum l'anonymat de l'internaute. Or, il apparaît très vite que l'homme est déjà connu de la justice française, pour des interpellations en 2001 et 2016, pour détention et diffusion d'images pédopornographiques. Lors de ces deux opérations, le stock de fichiers (huit millions d'images et quatre millions de vidéos) retrouvé chez l'internaute est tel, que ces dernières ont largement alimenté les bases internationales (notamment celles d'Interpol et Europol) servant à repérer des nouvelles victimes. En l'occurrence, 150 enfants ont ainsi pu être identifiés. Mais aucun dans le dossier de livestreaming pour lequel le quinquagénaire a finalement été arrêté en 2019. Et ce malgré les deux années d'instruction qui ont suivi. 

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L'homme, présenté comme "sans emploi et isolé socialement", vivait dans le Sud de la France. Mais c'est bien à Paris qu'il a été jugé, le parquet y ayant une compétence nationale pour les faits de livestreaming depuis octobre 2019. "Les précédents dossiers qui avaient été renvoyés devant une juridiction de jugement ne l'étaient 'que' pour détention et diffusion d'images pédopornographiques. Or, les individus qui se livrent à du livestreaming sont à l'origine de la production des images. Il était donc pour nous très important qu'il y ait une évolution des décisions de justice en la matière", estime Véronique Béchu, qui dit voir les effets d'un parquet référent en la matière, et une meilleur prise en compte de ces faits.

Un phénomène accru par la pandémie

Cette condamnation pour livestreaming est la deuxième en France, après celle d'un pilote de ligne en janvier 2020. Les enquêteurs espèrent à l'avenir obtenir des renvois devant une cour d'assises pour complicité de viol, faits qui n'ont pu être matériellement caractérisés dans ces deux premiers dossiers. D'autant que, avec la pandémie qui a mis un coup d'arrêt au "tourisme sexuel", le livestreaming a pris de l'ampleur en France. Les quatorze enquêteurs du Groupe central des mineurs victimes traitent actuellement vingt dossiers, mais estiment à 300 le nombre de Français se livrant à cette pratique.

Des actes commis en toute discrétion devant un ordinateur, par des personnes souvent insoupçonnables. "La particularité de la cyberpédocriminalité, c'est qu'il n'y a pas de profil. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'une grande majorité des cyberpédocriminels sont des hommes, mais il n'y a pas de tranche d'âge. Ça peut être des jeunes d'une vingtaine d'années comme des octogénaires, et il n'y a pas non plus de catégories socio professionnelles visées", constate Véronique Béchu.