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"Pékin se sert des JO pour dissimuler son bilan en matière de droits de l'homme", estime l'opposant Nathan Law

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Figure du mouvement des parapluies à Hong Kong en 2014, Nathan Law vit aujourd'hui en exil à Londres
Figure du mouvement des parapluies à Hong Kong en 2014, Nathan Law vit aujourd'hui en exil à Londres
© AFP - TIZIANA FABI

Celui qui fut l'un des leaders de la révolution des parapluies à Hong Kong en 2014 boycotte les jeux olympiques d'hiver. Nathan Law accuse Pékin d'utiliser "ce soft power pour se donner une belle apparence" tout en bafouant ouvertement les droits humains.

Il est l’une des grandes voix de la contestation du pouvoir de Pékin et risque désormais la prison s’il retourne chez lui. Exilé à Londres depuis deux ans, Nathan Law, 28 ans, a été l'un des meneurs du mouvement des parapluies en 2014 à Hong Kong. Depuis la capitale anglaise, le dissident regarde avec amertume l'évolution de la Chine. Il a d'ailleurs choisi de ne pas regarder les Jeux Olympiques de Pékin, "pour ne pas dérouler le tapis rouge aux autorités chinoises".

"Lors des Jeux olympiques d’été à Pékin, en 2008, la Chine représentait la puissance montante. Le monde lui a témoigné son respect. On s'attendait à ce [qu’elle] devienne une force amicale et bienveillante au niveau international", lance-t-il, au micro de France Inter. En vain. "Aujourd’hui, vous constatez que ces attentes ont été déçues. Les violations des droits de l'homme n'ont fait qu'empirer. La Chine refuse de s'acquitter de ses obligations et de ses responsabilités en tant que puissance mondiale. Et Pékin se sert des JO pour dissimuler son bilan en matière de droits de l'homme."

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La fin d’une illusion

Mais la communauté internationale n’est pas dupe, poursuit Nathan Law. Les athlètes sont là, certes, mais le public beaucoup moins. "La cérémonie d'ouverture a été beaucoup moins regardée que la précédente." Et puis les soutiens s’érodent, ce dont il se félicite : "Seuls quelques leaders mondiaux ont assisté à la cérémonie d'ouverture, et de nombreux pays démocratiques ont décidé de boycotter, au moins diplomatiquement. Je pense que c'est une bonne décision. »

Nathan Law est réfugié politique au Royaume-Uni depuis 2020. Pour ce militant pro-démocratie, revenir à Hong Kong, c'est risquer la prison.
Nathan Law est réfugié politique au Royaume-Uni depuis 2020. Pour ce militant pro-démocratie, revenir à Hong Kong, c'est risquer la prison.
© Radio France - Richard Place

Reste que, pour celui qui marcha en 2014 dans les rues de Hong Kong pour contester la reprise en main de cette "région administrative spéciale" par Pékin, la situation en Chine demeure sensible. "Il faut pousser le Parti communiste chinois à rendre des comptes", martèle-t-il.

Nous ne devons pas faire comme s’il n’y avait pas de violation des droits de l'homme en cours. Un véritable génocide, un crime contre l'humanité, se déroule en ce moment au Xinjiang dans la communauté ouïghour.

À Hong Kong, qu’il a dû quitter en juin 2020, juste avant l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale_, "le gouvernement règne par la peur"_, explique Nathan Law. "Les gens sont privés de liberté d’expression. Certains finissent en prison pour avoir scandé des slogans ou même juste parce qu'ils ont certaines convictions politiques. C’est inacceptable."

Un combat global

Pour Nathan Law, qui a obtenu asile au Royaume-Uni "en raison de [son] activisme et de la persécution politique du gouvernement", le combat ne faiblit pas. Si, à Hong Kong et en Chine continentale, "l'Histoire est en cours de réécriture, le gouvernement modifie le récit des contestations", "la diaspora continue de dire la vérité".

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Une vérité qui dépasse désormais Hong Kong et la Chine. De Londres, Nathan Law veut rappeler "la fragilité de la liberté". "Nous ne devons pas la prendre pour acquise et nous devons en être les gardiens."

La démocratie est fragilisée. Si nous restons dans une forme de complaisance et ne luttons pas activement contre l'expansion des régimes autoritaires, nous perdrons du terrain. L’exemple de Hong Kong est criant de ce point de vue. Une situation assez similaire s'est développée entre Taïwan et la Chine.

Un discours qui résonne manifestement avec la crise ukrainienne. "Le monde doit réfléchir pour s'assurer que ces nations autoritaires n'obtiennent pas ce qu'elles veulent et pour les dissuader de recommencer."