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Pénurie de semi-conducteurs : à Onnaing, l'attente des salariés de Toyota, en chômage technique

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Fabrice Brohé, salarié de l'usine Toyota d'Onnaing, près de Valenciennes, au chômage technique
Fabrice Brohé, salarié de l'usine Toyota d'Onnaing, près de Valenciennes, au chômage technique
© Radio France - Rémi Brancato

Bientôt trois semaines de chômage technique : à Onnaing dans le Nord, environ 4 000 salariés subissent directement la pénurie de composants électroniques, produits en Asie. L'usine Toyota d'Onnaing n'a pas repris sa production de Yaris après les vacances et ses salariés, à la maison, s'inquiètent pour l'avenir.

"Il tourne en rond." À entendre sa fille, les journées de Fabrice Brohé sont longues depuis le retour de vacances. Au lieu de retourner à l'usine Toyota, comme prévu, le 23 août après les 3 semaines de fermeture pour congés, le père de famille de 53 ans est au repos forcé, dans sa maison d'Onnaing, dans le Nord. Comme ses collègues, il a été placé en "activité partielle de longue durée" (APLD), car l'usine, comme d'autres du secteur automobile, n'a pas pu reprendre la production des Yaris, faute de semi-conducteurs, ces composants électroniques, produits en Asie.

Sur le téléphone de Fabrice, les SMS de son entreprise se succèdent depuis mi-août. "Le 17 août, il y a un premier SMS qui annonce un redémarrage le 6 septembre" nous montre le salarié de Toyota, entré dans l'entreprise en 2002. Finalement, la direction annonce désormais une reprise pour le 13, soit déjà trois semaines sans travail. "On est dans l'attente et dans le flou", soupire Fabrice.

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En cause, donc, l'épidémie de Covid, qui perturbe la production des semi-conducteurs, notamment en Malaisie. "C'est incompréhensible, parce que je me dis que des composants, on pourrait en faire en France pour éviter ces pénuries !" s'agace le salarié.

Des salaires amputés de 16%

Alors en attendant, Fabrice s'occupe : "J'ai du terrain pour travailler au jardin, faire le gazon, m'occuper un peu, mais c'est vrai que moralement c'est pas terrible." D'autant que l'accord signé avant l'été sur l'APLD prévoit une réduction de 16% du salaire en cas d'arrêt de l'activité.

Fabrice, qui avait lancé des travaux de rénovation de sa terrasse, a prévu de les revoir à la baisse, "vu les salaires qui vont baisser". À la reprise, la direction nous indique que la cadence sera réduite, avec seulement 500 véhicules jour contre 1200 en production normale et donc encore du chômage partiel pour les salariés. Toyota ne prévoit pas de retour à la normale sur la chaîne de production avant décembre. 

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"Il faut voir avec le service paie si on veut donner des journées de congés pour avoir notre paie complète" explique Fabrice : "Je trouve cela un peu aberrant, parce que ce n'est pas de notre faute ce qui se passe !" Même s'il peut compter sur le salaire de son épouse, fonctionnaire, le quinquagénaire espère que la situation ne durera pas trop longtemps.

L'usine Toyota d'Onnaing
L'usine Toyota d'Onnaing
© Radio France - Rafaela Biry Vicente

La CFDT craint une poursuite des perturbations de la production

D'autant que pour d'autres salariés, la situation est plus inquiétante. "Si on enlève 300 ou 400 euros par mois à un salarié, c'est énorme d'autant que certaines personnes sont seules, ce qui veut dire que les charges ne sont pas divisées et que ça tombe encore plus fort dans le foyer" alerte Thomas Mercier, secrétaire CFDT, syndicat majoritaire chez Toyota, qui pointe que l'âge moyen dans l'usine est de 38 ans. Les intérimaires, au nombre de 200 à 300, ne bénéficient par ailleurs pas tous des mêmes conditions pour le chômage technique. "Certains ne touchent que 60% de leur salaire", détaille Thomas Mercier.

Le syndicaliste demande donc à la direction d'améliorer les conditions de l'APLD pour aller "au-delà de 84% du salaire", car selon lui, la situation risque de ne pas s'améliorer. "En Malaisie par exemple, pour revenir travailler tous les salariés doivent avoir leurs deux doses de vaccin et ils ne sont que 30%" détaille-t-il, craignant une activité perturbée encore de longs mois : "On se demande comment l'activité pourra reprendre avec 30% des salariés."