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Plan climat de l'UE : pourquoi les moteurs hybrides rechargeables pourraient ne pas être interdits en 2035

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Illustration - Les eurodéputés réfléchissent à ne pas inclure les moteurs hybrides rechargeables dans la liste des véhicules interdits en 2035.
Illustration - Les eurodéputés réfléchissent à ne pas inclure les moteurs hybrides rechargeables dans la liste des véhicules interdits en 2035.
© Maxppp - Jean-Marc Loos

Dans la nuit du 28 au 29 juin, les Etats membres de l’Union Européenne se sont accordés sur la fin des ventes de voitures essence, diesel et hybrides en 2035. Malgré tout, les moteurs hybrides rechargeables pourraient ne pas être concernés, à condition de n’émettre aucun CO2.

Le 8 juin dernier, les eurodéputés votaient la fin totale des moteurs thermiques en 2035 et donc l'arrêt de la vente de voitures et véhicules utilitaires légers essence, diesel et hybrides au profit de véhicules 100% électriques. Une révolution. L'objectif visé: atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Le mercredi 29 juin, les 27 Etats membres ont examiné et approuvé ce texte clé du plan climat mais en y apportant un changement de taille.

Certains pays, comme l’Italie, souhaitaient repousser cette échéance à 2040. Pour conserver l’objectif de 2035, l’Allemagne, qui est le plus grand marché automobile de l’Union Européenne, a proposé un compromis. Si des technologies comme des carburants synthétiques (e-carburants) ou des moteurs hybrides rechargeables s’avèraient neutres en CO2, elles pourraient rester autorisées. Une clause de revoyure, pour les hybrides rechargeables, est prévue en 2026. A cette date, "la Commission évaluera les progrès réalisés vers l’atteinte des objectifs de réduction des émissions de 100 % et le besoin de réexaminer ces objectifs en tenant compte des développements technologiques, y compris au regard des technologies hybrides rechargeables", écrit le Conseil de l'Union Européenne.

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Cette décision signe-t-elle une défaite pour les écologistes ? Que sait-on de la pollution générée par les hybrides carbones et par leur empreinte carbone ? On fait le point.

Jusqu'à 55% de CO2 en moins qu'une voiture thermique

Un véhicule hybride rechargeable a deux moteurs, l’un électrique, l’autre thermique et il émet à l’échappement entre 15 et 55% de CO2 en moins qu’un modèle thermique d’après l’ONG, International Council on Clean Transportation (ICCT). A titre de comparaison, un modèle uniquement hybride, non rechargeable, en émet en moyenne 12% de moins qu'un modèle thermique.

Selon les dernières données de l’ICCT publiées en juin 2022, le mode électrique des hybrides rechargeables n’est utilisé que dans 45 à 49% des distances parcourues par les particuliers, ce qui implique nécessairement des émissions de CO2 lors de l’utilisation du mode thermique. Le poids des deux moteurs, ajouté à celui de la voiture, augmente la consommation de carburant. Il faut savoir en effet qu’en 2020, les trois quarts des véhicules hybrides rechargeables sont des SUV d’après l’Ademe CarLabelling.

Les chiffres transmis par les marques sont-ils faussés ?

Mais les chiffres communiqués sont-ils fiables ? Fin 2020, une étude de l’ONG Transport et Environnement révèlait que ces voitures hybrides rechargeables émettaient 30% de CO2 de plus que ce qu’avaient annoncé les constructeurs. Les chiffres des marques seraient faussés parce qu'ils n’ont pas été obtenus dans des conditions de conduite "réelles" et "optimales", avec batterie pleine. Ce "sont de fausses voitures électriques, fabriquées pour les tests en laboratoire et pour des économies d'impôts, pas pour la véritable conduite", avait alors expliqué Julia Poliscanova, la directrice des véhicules propres de l'ONG.

Capable d'approcher le "zéro émission"

L’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (Ifpen) estime par ailleurs que les niveaux d'émission de CO2 d’un hybride rechargeable sont "extrêmement sensibles à l’état de charge de la batterie. Il est aussi bien capable d’approcher le zéro émission (recharge systématique entre des trajets plus courts que l'autonomie électrique et une conduite peu dynamique) ou ne faire qu'égaler son homologue non rechargeable (sans pour autant être pire). L'efficacité environnementale réelle de cette technologie de véhicule est donc conditionnée à son usage et notamment de bonnes pratiques en termes de fréquence de recharge des utilisateurs",  précise cette étude de fin 2020.

Des négociations doivent encore avoir lieu à l’automne entre le Parlement européen et les eurodéputés pour finaliser le texte du plan climat et décider d’un possible feu vert pour les moteurs hybrides rechargeables.