Marseille 1949, les dockers contre l’Indo

Vue panoramique du port de Marseille dans les années 50
Vue panoramique du port de Marseille dans les années 50 ©Getty - Keystone-France/Gamma-Keystone
Vue panoramique du port de Marseille dans les années 50 ©Getty - Keystone-France/Gamma-Keystone
Vue panoramique du port de Marseille dans les années 50 ©Getty - Keystone-France/Gamma-Keystone
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Aujourd’hui dans Affaires Sensibles, les dockers de Marseille tentent de faire bloc contre la guerre d’Indochine dès l’automne 1949

Avec
  • Tangui Perron historien, chercheur associé au Centre d’histoire sociale et des mondes contemporains (Paris I et CNRS)

Depuis le port, des troupes de soldats français partent pour y combattre et des cercueils reviennent dans les cales à décharger. Ces retours se font d’abord dans l’indifférence, puis l’exaspération monte. Les dockers refusent d’embarquer de nouvelles cargaisons d’armes. Les navires sont immobilisés. Dans la France d’après-guerre qui reconstruit douloureusement son commerce et son industrie, l’appel à la grève essaime.

Le symbole politique est lourd. Rapidement, les bataillons de CRS, la préfecture et la mairie de Marseille cherchent par tous les moyens à essouffler le mouvement, briser son écho dans le reste du pays. Pour casser la solidarité entre les grévistes, s’enchaînent les retraits des cartes professionnelles, les arrestations, les infiltrations et les blocages : il faut jouer l’épuisement. En face, la fédération CGT des ports et des docks et le Parti communiste français valorisent l’engagement et les sacrifices de ces travailleurs au nom de l’anticolonialisme et de l’anti-impérialisme américain. La France, bénéficiaire des dollars du plan Marshall et adhérente à l’OTAN, s’ancre un peu plus dans le bloc occidental. Le port de Marseille n’échappe pas aux secousses de la guerre froide. L’affrontement de moins en moins larvé entre les blocs Est et Ouest traverse aussi les revendications des dockers et les représailles des autorités.

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Pourquoi les dockers se sont-ils décidés à entrer en lutte pour un front à plus de 10 000 kilomètres de la métropole ? Sur quels soutiens ont-ils pu s’appuyer ? Comment la gestion de la crise par les autorités s’est-elle retrouvée perturbée par la géopolitique du moment ?

Un récit documentaire de Judith Chetrit

Invité :

Tangui Perron, l'historien et chercheur au Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (CHS) de l’université Paris - 1 Panthéon Sorbonne et du CNRS. Il est l'auteur de L'écran rouge. le syndicalisme de Gabin à Belmondo, aux éditions de l'Atelier ; son dernier livre :  Rose Zehner et Willy Ronis. Naissance d'une image,  a été publié dans la même maison d'édition en février 2022

Pour aller + loin :

- "Le rendez-vous des quais", un film de Paul Carpita (1955)

- " Vivent les dockers", un court-métrage de Robert Ménégoz (1951)

- " Les communistes à Marseille à l'apogée de la Guerre froide" de Jean-Claude Lahaxe aux Presses Universitaires D'Aix-Marseille

- "Docker à Marseille" d'Alfred Pacini et Dominique Pons, chez Payot (1996)

- "Les dockers et le port autonome de Marseille" de Jean Domenichino et Jean-Marie Guillon, Editions Jeanne Laffitte (20021)

- "L'armée française dans la guerre d'Indochine. 1946-1954", sous la direction de Maurice Vaïsse, Ed. Complexe (2000)

- "Dictionnaire de la guerre d'Indochine", sous la direction de François Cochet, Rémy Porte et Ivan Cadeau, chez Perrin (2021)

- "Les dockers. Retour sur le long processus de construction d'une identité collective en France, xixe-xxe siècles", un article de Michel Pigenet dans la revue Genèses (n°42, 2001)

- La vaine lutte des dockers contre la guerre d'Indochine sur le site Retronews

- Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social

Discographie :

MOUSSU T E LEI JOVENTS Mon drapeau rouge (2013)

Colette RENARD Tais-toi Marseille (1958)

TAMINO The flame (2022)

L'équipe