La santé des gens n’a pas vocation à être rentable !
La santé des gens n’a pas vocation à être rentable ! ©Getty - Witsarut Sakorn / EyeEm
La santé des gens n’a pas vocation à être rentable ! ©Getty - Witsarut Sakorn / EyeEm
La santé des gens n’a pas vocation à être rentable ! ©Getty - Witsarut Sakorn / EyeEm
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Une clinique risque de fermer… À une époque où l'on parle de désertification médicale, de chômage, d’empreinte carbone, de sauvegarde des ressources, et de décentralisation, ce qui se passe là-bas est un drame humain, climatique, écologique et économique.

Alors voilà j’ai mené une bonne part de mes études à l’hôpital d'Auch dans le Gers. ­À l’époque, l’hôpital déjà bien chargé travaillait en étroite collaboration avec la Clinique Gascogne (on l’appelait alors la clinique Carlier) et je vous parle de cela aujourd’hui parce que cette clinique risque de fermer car elle ne serait plus assez rentable.

Il ne lui resterait que deux mois de trésorerie. Bref une perte terrible pour les 461 communes du Gers, pour ses 200 000 habitants, qui seront condamnés à se faire soigner sur Toulouse sachant que les soignants Toulousains (coucou c’est moi) sont déjà submergés de travail.

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La fermeture de cette clinique, c’est 110 personnes au chômage, des familles entières installées là parfois depuis plus de 20 ans. Des médecins et leurs familles vont déménager pour retrouver du travail.

Les infirmiers libéraux auront moins de soins à domicile à faire, et vont devoir mettre la clef sous la porte.

À la clinique, les locaux bénéficient aussi de médecins libéraux qui ont un service d’urgence ouvert 6 jours sur 7.

Le service d’urgence soulage énormément les urgences de l’hôpital d'Auch (je le sais j’y ai bossé tout mon internat).

Ce service fermera si la clinique ferme.

Alors on pourrait se dire que c’est un drame supplémentaire de la libéralisation du système de soin français, mais ça resterait vague, et l'on comprendrait mal en quoi les enjeux climatiques et économiques se conjuguent parfois pour le pire. J'explique.

Dans cette clinique, il existe des vacations. En gros, elle prête une partie de ses locaux à des médecins qui viennent ainsi pallier le manque de spécialistes dans le coin. Elle offre des soins que l’hôpital n’offre pas : urologie (on y accueille beaucoup d’urgences : torsion de testicule, calculs rénaux) de médecine vasculaire, d’ORL, de stomatologie, d’ophtalmologie, de gastro-entérologie.

Ça veut dire quoi ? Ça signifie qu’au lieu qu’un ophtalmologue se déplace sur Auch, c’est 12 patients par matinée qui devront se rendre sur Toulouse… Idem pour les gastro-entérologues.

Par exemple : un gastro-entérologue vient de Toulouse et reste habituellement 2 jours sur place. Il voit 60 patients en consultation sur les 2 jours. Donc il fait 100km aller et 100km retour soit une personne qui fait 200 km en voiture pour 60 patients. Si on fait l’inverse, ce seront chaque semaine 60 patients qui seront contraints de se rendre depuis le Gers jusqu’à Toulouse. Et donc 60 personnes qui font 12 000km en voiture pour 1 praticien. C’est une aberration climatique, mais aussi une aberration économique : ceux des patients qui n’ont personne pour les emmener ou qui sont en situation de mobilité réduite devront prendre un bon de transport c’est-à-dire un taxi payé par la Sécurité Sociale !

Les patients vont devoir aller à Toulouse, Agen au lieu d’aller à la clinique située à 10 minutes de chez eux !

Bien sûr, des patients choisiront de ne pas se soigner… Ils arriveront en état de délabrement général en médecine à l’hôpital.

La santé des gens n’a pas vocation à être rentable. C’est d’ailleurs ce qui fait que nous sommes une civilisation : nous accordons de la valeur au bien-être et à la santé de nos congénères. Rentabiliser cette vertu, c’est salir la dignité de l’Homme.

►►► Le personnel a mis une pétition en ligne