La noyade sèche n'existe pas, mais la mouillée, si. Il faut surveiller les enfants quand ils sont dans l'eau ou proche de l'eau
La noyade sèche n'existe pas, mais la mouillée, si. Il faut surveiller les enfants quand ils sont dans l'eau ou proche de l'eau ©Getty - Iliana Mestari
La noyade sèche n'existe pas, mais la mouillée, si. Il faut surveiller les enfants quand ils sont dans l'eau ou proche de l'eau ©Getty - Iliana Mestari
La noyade sèche n'existe pas, mais la mouillée, si. Il faut surveiller les enfants quand ils sont dans l'eau ou proche de l'eau ©Getty - Iliana Mestari
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Cet été, j’ai reçu cette patiente, qui m’a amené son enfant de cinq ans, car il avait bu la tasse le matin même, à la piscine en jouant avec ses cousins.

Il n’avait aucun trouble respiratoire, son auscultation pulmonaire était parfaite, mais sa maman s’inquiétait de ce que on appelle "la noyade sèche".

Alors qu’est-ce que c’est la noyade sèche ?

L’idée selon laquelle un enfant qui aurait bu la tasse le matin, pourrait mourir noyé dans les heures qui suivent, sans pour autant avoir présenté de symptômes respiratoires francs à la suite de sa baignade.

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Disons le tout de suite : la noyade sèche n’existe pas. Ce terme-là est impropre médicalement et physio-pathologiquement, aucune noyade n’est sèche, une noyade, c’est une insuffisance respiratoire aiguë suite à l’inondation de l’arbre pulmonaire par de l’eau, pas autre chose.

Si ce terme existe, c’est parce qu’il a été popularisé en 2017 suite au décès d’un enfant sept jours après qu’il a bu la tasse. Il est en fait décédé des suites de problèmes cardiaques. Les choses s’emballent, l’OMS intègre ce terme avec une définition erronée qu’elle a depuis retirée de son site internet, mais c’est trop tard, le mal est fait : chaque année, ce mythe revient inquiéter les parents du monde entier.

Corrélation n’est pas causalité

D’une part, c’est vrai, il existe des maladies, extrêmement rares, qui peuvent faucher la vie d’un enfant.

D’autre part, il peut s’avérer, c’est vrai, parfois, que ces maladies rares et fulgurantes, comme les problèmes cardiaques, interviennent quelques jours ou quelques heures après que l’enfant a bu la tasse en jouant dans la piscine.

Mais ces deux événements n’ont aucun lien entre eux : c’est juste le hasard et la loi des grands nombres.

Par ailleurs, quand on boit la tasse, la glotte se ferme automatiquement, et l’eau va dans l’estomac, pas dans les poumons. L’eau n’envahit les poumons que si on perd connaissance à cause du manque d’oxygène et que les réflexes protecteurs naturels du corps sont abolis.

Alors attention : ça ne veut pas dire pour autant qu’il ne peut pas y avoir de pneumopathie d’inhalation, c’est-à-dire de l’eau qui va dans les poumons et qui peut éventuellement provoquer une infection dans les jours suivants.

Mais alors dans ce cas là, ce n’est pas une noyade, encore moins sèche, c’est tout simplement une pneumopathie, c’est-à-dire une infection pulmonaire.

Tout ça pour dire quoi ?

Que la priorité ça reste quand même la surveillance. Je veux dire : les noyades mouillées, elles, existent. Chaque année, c’est un drame qui se répète.

Surveillons nos enfants quand ils se baignent, et ne gardons pas le nez sur le portable, c’est ça la priorité.

Et puisque nous en sommes à parler des risques autour de la baignade, rappelons que l’hydrocution ça n’existe pas. Vous pouvez tout à fait manger et aller vous baigner juste après, vous n’allez pas faire d’infarctus à cause de la digestion et de la froideur de l’eau.

La différence de température entre votre augmentation de la température du corps post-prandiale (après la digestion) et la froideur de l’eau peut éventuellement vous causer un malaise vagal, ce qui est dangereux quand on est dans l’eau, surtout si l'on s’y baigne seul. Mais l’hydrocution non, et non, ça n’existe pas.

Après ne le dites pas trop aux enfants, ça peut permettre au couple d’avoir la paix après le repas pendant que les enfants sont à la sieste.

Je tiens évidemment à sourcer toutes mes affirmations, vous trouverez donc ici un article de la prestigieuse revue JAMA. C’est en anglais mais ça va, ça se lit facilement, bref, c’est pas la mer à boire.