Quand un patient dit "non", c'est "non"
Quand un patient dit "non", c'est "non" ©Getty - Westend61
Quand un patient dit "non", c'est "non" ©Getty - Westend61
Quand un patient dit "non", c'est "non" ©Getty - Westend61
Publicité

Aucun patient, parce qu’il a mis un pied dans un cabinet de soignants, n'abandonne son droit à l’autonomie, au consentement, à l’auto-détermination. Si une patiente dit non à un examen ou une manipulation c’est non.

Alors voilà la semaine dernière, Jeannine, 79 ans, franchit la porte de mon bureau en se tenant le dos.

Elle est embêtée, Jeannine

« Chaque fois que je vais chez la nouvelle Kinésithérapeute je dois prendre un ibuprofène, j’ai mal quand elle manipule mon bassin vers le côté, et juste vers le côté, le reste ça va, mais ce mouvement je lui ai demandé plusieurs fois d’arrêter mais elle continue je sais plus comment lui dire, et j’ai peur de la contrarier maintenant. »

Publicité

J’écoute Jeannine et je me dis : c’est étrange ça, et pas très juste. Je veux dire, on ne devrait pas « avoir peur » de contrarier son soignant.

Jeannine ne veut pas changer de kiné, car celui-ci n’est pas loin de chez elle et que ce n’est pas évident de trouver un soignant qui accepte des nouveaux patients.

Je prends donc ma plus belle plume et, dans un geste conciliant et confraternel, écris au kiné une jolie lettre, en passant un maximum de pommade.

En gros mon courrier ressemblait à ça : « Olala incroyables ce que vos soins lui font du bien, et vos massages incroyables aussi, quels progrès elle fait ! Cependant, si je peux me permettre, peut-on éviter CETTE manipulation du bassin, il semble qu’elle soit extrêmement douloureuse pour la patiente, merci »

Vous avez remarqué j’ai été hyper sweet, j’ai même pas dit « peut-on éviter la manipulation du bassin il semble qu’elle soit extrêmement douloureuse COMME LA PATIENTE VOUS L’A SIGNALÉ À MULTIPLES REPRISES SANS QUE VOUS N’EN TENIEZ COMPTE ET C’EST SACRÉMENT DOMMAGE VU QUE C’EST SON CORPS, ET QUE LE CODE DE DÉONTOLOGIE DES SOIGNANTS NOUS INTIME DE RESPECTER L’INTÉGRITÉ ET LE RESPECT DU CORPS DES PATIENTS ET QUE LE CONSENTEMENT MÉDICAL C’EST PAS FAIT POUR LES CHIENS »

Bref, on ne peut pas dire que je n'avais pas fait d’efforts pour mettre les formes.

Évidemment la patiente revient trois jours après, la kinésithérapeute a très mal pris mon courrier confraternel. Et elle a menacé la patiente âgée de, je cite, "prévenir son fils".

Un peu comme on réprimanderait une enfant de six ans : "Si tu continues je vais appeler ton père".

Nous tous soignants ne sommes pas dépositaires d’un super pouvoir nous permettant d’outre-passer le droit des patient à disposer de leur corps.

Aucun patient, parce qu’il a mis un pied dans un cabinet de soignants, n'abandonne son droit à l’autonomie, au consentement, à l’auto-détermination.

Si une patiente dit "non" à un examen ou une manipulation c’est "non"

Si elle avait dit oui deux minutes avant et que deux minutes après elle dit non, eh bien c’est non.

Pas besoin de menacer d’appeler son fils ou le pape.

En fait il convient juste d’informer le patient et d’écouter ce qu’il nous autorise à faire ou pas sur son corps. Parce que ce ne sont pas des bouts de viande.

Je ne veux pas terminer sur l’idée que tous les soignants sont maltraitants, ce serait faux et injuste. Cependant on peut tous être amenés à l’être un jour. En attendant, il existe sur les réseaux sociaux des kinésithérapeutes positifs, respectueux, et dont les enseignements vulgarisés pour bénéficier au plus grand nombre font honneur à leur discipline.

Je pense par exemple à Princesse Périnée ou Guillaume Le Kiné que vous pouvez suivre sur Instagram. Suivez-les si vous êtes patients pour savoir comment un soignant respectueux devrait vous traiter.

Suivons-les quand on est soignant pour encourager en nous la meilleure version du soignant que nous pouvons être si souvent.