Baptiste Beaulieu en colère contre les têtes de proue des mouvements anti-vax qui font leur beurre sur la crise et manipulent la peur des gens. ©Getty - Longhua Liao
Baptiste Beaulieu en colère contre les têtes de proue des mouvements anti-vax qui font leur beurre sur la crise et manipulent la peur des gens. ©Getty - Longhua Liao
Baptiste Beaulieu en colère contre les têtes de proue des mouvements anti-vax qui font leur beurre sur la crise et manipulent la peur des gens. ©Getty - Longhua Liao
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Résumé

Je comprends qu’on puisse avoir peur de se faire vacciner ou qu’on doute de la philanthropie des laboratoires pharmaceutiques (oui, ils ne sont pas philanthropes).

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Mon problème actuel n’est à aucun moment la crainte que peut susciter la vaccination chez certains.

Ma colère est dirigée vers les têtes de proue des mouvements anti-vax qui font leur beurre sur la crise et manipulent la peur des gens.

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Qui par la vente d’objets anti-covid, qui par la recherche d’une notoriété quelconque, qui par la promotion de son site Internet de désinformation, ou de son agenda politique etc. 

Ces opportunistes utilisent nos angoisses comme un marche-pied. 

Je ne sais pas si vous vous rendez compte que ces gens discutent tranquillement sur Twitter de la façon dont il faudra exécuter les médecins quand la crise sera passée (ben oui, après tout, pour eux, on a massivement participé au complot)

Bref, ces têtes d’affiche du mouvement complotiste français appellent de leurs vœux un procès international où comparaîtront les responsables de cette « épidémie factice ».

Ils appellent ce procès « Nuremberg 2 ».

Oui, vous avez bien entendu. Ils se comparent sans honte aux résistants de 1945, et nous comparent nous, soignants, aux nazis.

Non mais imaginez : ça fait deux ans que tu te bats contre un virus qui endeuille les familles de tes patients, les jette dans la précarité sociale, des Covids longs ou la dépression, et les complotistes en chef, alors même qu’ils sont incapables de te donner la différence entre un infectiologue, un virologue et un épidémiologiste, viennent la bouche en cœur mettre du caca dans la tête des gens qui ont déjà peur avec, au choix, les discours suivants :

  • 1- ce virus n’existe pas,
  • 2- ce virus n’est pas plus mortel que la grippe,
  • 3- ce virus se traite très bien avec l’Ivermectine et la vitamine D (ben oui, qu’est-ce que je suis stupide, deux ans d’enfer alors qu’il m’aurait suffit de prescrire des bains de soleil et un médicament contre la gale !)
  • 4- les médecins, complices, sont, je cite ce message reçu à mon intention sur les réseaux : « les p*t*ins de la République ».

Mais à quel moment la vaccination est-elle devenue un vote d’adhésion à la politique catastrophique de ce gouvernement ? Oui la santé publique et la politique sont intimement liées, mais il y a des raccourcis qui sonnent comme des sorties de route. Et oui les gouvernements ont une part de responsabilité majeure : en perdant confiance envers eux, une part de la population a perdu confiance envers nous. 

Pourtant, les soignants n’y sont pour rien. Pour rien

Je n’ai pas pris de vraies vacances depuis presque deux ans, parce que j’ai l’impression d’abandonner mes patients au milieu d’une crise sanitaire effroyable. J’assure mes consultations habituelles, plus la vaccination COVID (et comme vous vous en doutez, rares sont les patients qui viennent "juste" se faire vacciner, on en profite toujours pour régler un ou deux petits problèmes médicaux en suspens depuis trop longtemps).

Je suis comme beaucoup de soignants : fatigué et je suis à bout. 

Je terminerai cette chronique par une réflexion adressée aux auditeurs : si je croyais sincèrement, comme les têtes de proue complotistes qui rêvent de nous guillotiner prétendent le croire, qu’un complot était à l’œuvre pour tuer la moitié de la population mondiale**, et réduire l’autre moitié en esclavage, je serais debout sur des barricades, et je me battrais de toutes mes forces, oui, je ne me contenterais pas d’être tranquillement derrière mon écran, les pieds dans mes chaussons,** faisant mon beurre sur les peurs légitimes d’une population jetée dans la tourmente, tout en discutant entre charognards de la meilleure manière d’exécuter les soignants qu’on applaudissait hier. 

Donc soit ils ne croient pas aux bêtises qu’ils instillent dans nos têtes et celles de nos patients, et ce sont des charlatans, soit ils y croient vraiment, et alors ce sont des guignols.

Dans tous les cas : qu’ils nous fichent la paix et nous laissent soigner.