Le coup de gueule d'Adrian Chaboche pour une santé plus humaniste ©Getty - SDI Productions
Le coup de gueule d'Adrian Chaboche pour une santé plus humaniste ©Getty - SDI Productions
Le coup de gueule d'Adrian Chaboche pour une santé plus humaniste ©Getty - SDI Productions
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Résumé

"On attend quoi pour soulager les 12 millions de Français qui souffrent de maladies chroniques ?" Voici le coup de gueule de Adrian Chaboche qui en appelle à "une santé plus humaniste dans une société de la performance".

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Je suis épuisé… J'ai passé une sale fin de semaine dernière parce que je suis passé d'un espoir de joie à l'incompréhension, puis à la colère…

"En tant que médecins, c'est d'abord l'humain qui doit nous faire réfléchir sur ce qu'on ne sait pas"

Adrian Chaboche : "Je reçois Mathilde, 37 ans. C'est une artiste qui aime les livres aussi et qui a un paquet de souffrances aussi long que le nombre d'années à chercher des réponses à ses douleurs. Elle souffre, elle a mal dans son corps, dans sa tête. Elle est touchante. Elle pleure à chaudes larmes parce qu'elle me dit qu'elle se sent entendue en racontant son endométriose, qui touche entre 2 et 4 millions de femmes en France. Cette maladie pour laquelle on a encore des soignants qui disent : "Oh, c'est un peu dans votre tête, madame, il faudrait vous détendre". Comme si la douleur était imaginaire, juste parce que, souvent, elle ne se voit pas sur des examens et que nous, les médecins, les scientifiques, on n'a pas tout compris en oubliant qu'on ne sait pas tout et que c'est d'abord l'humain qui est en face de nous qui doit nous faire réfléchir sur ce qu'on ne sait pas.

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L'endométriose. Non, ce n'est pas une mode, depuis ses premières observations en 1860. Une femme sur dix en souffre. Mathilde et moi, on s'en préoccupe. On crée ensemble un programme de soins sur mesure pour elle, pour la soigner et l'accompagner. Non plus en la découpant, en la morcelant à droite, à gauche, à voir un tel qui lui dit d'aller voir un tel non plus, juste en lui donnant des médicaments certes utiles lorsqu'ils sont bien prescrits, mais aussi en l'aidant par des pratiques complémentaires à gérer sa douleur. Ça s'appelle la médecine globale et intégrative.

Et là, le même jour, une lueur d'espoir. J'entends qu'on annonce la reconnaissance nationale de la maladie. Clémentine Autain, députée, a porté une proposition de résolution, certes non obligatoire, sur la liste des affections de longue durée. Génial ! Ah oui… Sauf que le plan de stratégie nationale, qui a été donné en grande pompe mardi soir par le locataire de l’Élysée, ne prévoit pas son inscription sur la liste officielle des affections de longue durée… Paradoxe, quand tu nous tiens.

Et puis, il n'y a pas que Mathilde, non car après, comme dans une journée normale, j'ai rencontré Nadia qui est professeure, épuisée elle aussi. Elle ne travaille plus. Elle souffre de fibromyalgie. Le point commun entre Mathilde, Nadia toutes les deux souffrent de douleurs chroniques. Deux causes différentes, mais une douleur destructrice.

Ah oui ! Pour rappel, la douleur chronique, c'est une maladie reconnue par la Classification internationale des maladies depuis 2019. On attend quoi pour inscrire en affections de longue durée les 12 millions ? Oui, vous avez bien entendu les 12 millions de Français qui en souffrent, dont 70 % subissent des répercussions psychosociales graves et dont il n'y a que 3 % qui accèdent à une structure spécialisée dans le traitement de la douleur.

Ne me dites pas que ça coûte cher à l'heure d'un "quoi qu'il en coûte" demain parce qu'il y en a marre de dire que la santé coûte cher quand on sait que juste les complications du diabète, c'est 10 milliards par an en France et que les médicaments de l'hypertension artérielle qui touche 1 Français sur 3, c'est plus de 2 milliards de maladies qu'on sait tellement diminuer par une santé préventive et intégrative, une alimentation saine et diversifiée, faire deux heures de sport par semaine, ne pas trop boire d'alcool, dormir 7 h par nuit, on réduit de 68 % le risque de mourir prématurément… Si on enlève le tabac dont l'arrêt ne coûte rien, une fois qu'il est fait, on épargne 8 millions de morts chaque année".

C'est sérieux, le bien-être. On veut faire des économies ? Soyons humanistes et reconnaissants envers toutes celles et ceux qui souffrent, sont laissé.e.s de côté dans une société de la performance

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