Baptiste Beaulieu nous explique pourquoi il faut se méfier des études des magazines
Baptiste Beaulieu nous explique pourquoi il faut se méfier des études des magazines ©Getty - d3sign
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Méfions-nous des petites études vite faites qu’on peut lire dans les magazines.

Alors voilà. L’autre jour je suis tombé sur un article volontairement provocateur, intitulé "Votre enfant n’est pas haut potentiel, vous êtes juste riches", ce faisant, cet article rappelait l’importance de ce qu’on appelle les biais de confusion dans les études cliniques.

Par exemple, si nous voulions étudier les effets de l’alcool sur l’incidence du cancer du poumon, on pourrait se dire : "je fais deux immenses groupes de gens, un groupe de personnes qui boivent et un groupe constitué de personnes qui ne boivent pas, et si dans le groupe qui boit l’incidence du cancer du poumon est plus importante, alors je tiens la preuve que l’alcool augmente le risque de cancer du poumon".

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Simple, non ?

Les résultats arrivent et ont l’air de confirmer mon hypothèse. Pourquoi ont l’air ? Car j’aurais, dans mon étude, commis une terrible erreur : j’aurais omis les variables parasites, en l’occurrence le tabac.

La population qui consomme de l’alcool étant statistiquement une population qui fume davantage que les populations qui ne boivent pas d’alcool, j’aurais attribué à l’alcool des résultats qu’il aurait fallu attribuer au tabac.

Alors un bon moyen d’éviter ce biais dans les études est de procéder à une randomisation : c’est-à-dire de répartir au hasard les deux groupes, mais aussi de créer des appariements, c’est-à-dire mettre autant de personnes qui fument dans les deux groupes (je vulgarise énormément, je suis désolé).

Cela permet de limiter les conflits entre variables dépendantes et variables indépendantes.

Mais, je vous assure que c’est passionnant. Si je veux par exemple déterminer si le homard est bon pour la santé, je peux, par exemple, me contenter d’une étude où je fais deux groupes : ceux qui mangent du homard, et ceux qui n’en mangent pas, et j’évalue l’état de santé des participants dans l’ensemble des deux groupes.

Tiens, mes résultats semblent confirmer mon hypothèse.

Ce faisant, j’aurais omis un facteur principal, d’ordre sociologique : combien ça coûte, le homard ? Qui mange du homard ? Les personnes précaires mangent-elles autant de homard que les personnes aisées ?

C’est un peu comme si je disais : est-ce que l’équitation et le golf sont bons pour la santé ?

Non.

Ce qui est bon pour la santé, c’est d’être riche. Et t’as pas le temps ni l’argent pour faire de l’équitation ou du golf quand tu fais les 3 huit et que tu manges des plats préparés remplis d’aliments transformés qui sont certes moins chers mais plus mauvais pour la santé.

Méfions-nous des petites études vite faites qu’on peut lire dans les magazines, ou de certaines alternatives à la médecine qui ne s’embarrassent pas de méthodologie quand il s’agit de vanter les vertus de tel ou tel régime alimentaire.

Encore plus quand il s’agit de l’alimentation. Pour le dire vite et de manière un poil caricaturale : n’attribuons pas trop vite des vertus sanitaires à un comportement alimentaire ce que nous pourrions, en tout premier lieu, attribuer à une inégalité sociale.

L'équipe

Baptiste Beaulieu
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