"Remettons le savoir-vivre en selle !" - Baptiste Beaulieu ©Getty - Eugenio Marongiu
"Remettons le savoir-vivre en selle !" - Baptiste Beaulieu ©Getty - Eugenio Marongiu
"Remettons le savoir-vivre en selle !" - Baptiste Beaulieu ©Getty - Eugenio Marongiu
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Résumé

Baptiste effectue souvent des visites à domicile. L'occasion de savourer quelques déplacements à vélo pour rompre avec la sédentarité routinière. Un plaisir gâché récemment depuis que quelqu'un a dégradé sa selle, qu'il ne compte pas changer puisque c'est aux gens qu'il convient d'évoluer.

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Le métier de médecin généraliste est quand même assez sédentaire, on est assis à un bureau, on se lève pour examiner les gens, mais globalement, si j’arrive à la fin de la journée, que je compte le nombre de pas que j’ai effectués, y’a pas de quoi être fier non plus.

Du coup, c’est toujours un moment de pur bonheur pour moi, lorsque je pars en visite à domicile, que j’enfourche mon vélo rouge, et que je pédale à fond de train.

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Me voilà redevenu un adolescent, c’est un pur moment de plaisir régressif, je vole comme si j’avais 11 ans, c’est ma respiration.

Comment une selle dégradée peut vite vous hanter la vie…

Cependant, on ne se cache rien, si ma chronique est sur la relation soignant/soigné, je dois vous avouer que je vis un enfer depuis trois ans, depuis qu’un individu a écrasé son mégot de cigarette sur la selle de mon vélo en pleine nuit, au sortir d’un bar ou d’une boîte je ne sais pas, j’étais en train de dormir dans mon lit, quand c’est arrivé. J’ai trouvé cinq gros trous calcinés dans ma selle, au matin.

On va l’appeler Jacques, cet individu. Jacques donc, il faut que tu saches : j’irai chercher ton âme dans le froid dans les flammes, je te jetterai des sorts pour que tu souffres encore. Parce que, Jacques, à cause de toi, chaque fois qu’il pleut, de l’eau rentre dans la selle de mon vélo, la selle qui est en mousse, et moi, comme je n’y pense jamais, et que je suis une tête de linotte, chaque fois que je monte sur mon vélo après la pluie, mon poids écrase la selle, fait ressortir toute l’eau de la mousse par les petits trous, en conséquence de quoi j’arrive au cabinet médical avec une grande auréole sombre au niveau de l’entrejambe. Comment j’explique ça aux patients en salle d’attente, hein ? Cette tâche sombre mal placée ?

Je ne t’aime pas, Jacques. J’ai essayé de mettre du scotch sur les trous, il tient 2/3 semaines à tout casser, en désespoir de cause j’ai mis un sac plastique sur la selle, mais c’était un sac plastique de la formidable librairie Gibert Joseph, vous savez là, le sac plastique jaune pétard, et résultat avec le soleil ou les intempéries, ou je sais pas quoi ou je sais pas qui, le jaune a déteint sur mes pantalons et je me retrouve avec des longues traînées jaunâtres au niveau de l’entrejambe.

Jacques, est-ce que tu te souviens avoir écrasé ta cigarette sur ma selle un soir de beuverie ? Si c’est toi, je te promets je ne dirai rien, je veux juste que tu m’écrives à France inter pour m’expliquer pourquoi tu as fait ça, qu’est-ce que ça a soulagé en toi d’écraser ton mégot sur la selle de vélo d’un médecin généraliste qui se reposait après avoir bossé toute la journée ? Pourquoi ?

Ce n'est pas à la selle de changer mais aux gens

Alors je vous vois venir, on va me dire : mais pourquoi tu ne changes pas la selle de ton vélo. Eh bien je ne sais pas. Je fais une fixette sur cette selle, et sur ce que sa dégradation gratuite symbolise de nous, de notre société, de notre manière de vivre les uns avec les autres.

Parce qu’elle était très bien cette selle de vélo ! Elle faisait bien son travail de selle, je veux dire. Elle était assez large, elle était assez épaisse, elle était assez moelleuse pour mon auguste derrière, bref c’était une chouette selle de vélo. C’est peut-être même pour cette raison là précisément que je ne veux pas m’en débarrasser : c’est pas à la selle de changer, c’est aux gens.

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