Le médecin face à ses patients : aider dans les conflits familiaux, est-ce faire preuve de soin ?
Le médecin face à ses patients : aider dans les conflits familiaux, est-ce faire preuve de soin ?
Le médecin face à ses patients : aider dans les conflits familiaux, est-ce faire preuve de soin ?  ©Getty - Morsa Images
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Résumé

Une bonne journée, Ali, ça ne tient parfois pas à grand chose.

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Il y a quelques temps, je reçois une patiente, 51 ans, la consultation se déroule bien, et au moment de sortir sa carte vitale, je la vois qui hésite, et finalement qui prend sur elle et me dit :

"Je sais que mon père consulte aussi chez vous, Docteur. C’est une tête de mule, il faut bien surveiller qu’il n’oublie pas ses anti-hypertenseurs. Et puis il prend du poids, il ne fait pas attention à son alimentation…"

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Je lui explique que je ne peux pas parler de son père avec elle, mais que je ferai attention.

"Vous pourrez vérifier sa glycémie, aussi ? Je sais qu’il ne surveille pas assez son diabète et qu’il aime les pâtisseries. Il n’est pas raisonnable…"

Je lui demande poliment pourquoi elle ne s’adresse pas directement à lui, son visage est traversé par un petit éclair de douleur.

"On s’est brouillés."

Voilà. Ils se sont brouillés. Je n’en sais pas plus, et je n’ai pas à le savoir, et je n’ai pas le temps de savoir, d’ailleurs.

Quelques jours passent, et voilà que je reçois le père de ma patiente.

Là encore, la consultation se déroule bien, je veille à tâter le terrain, savoir s’il prend bien ses anti-hypertenseurs et s’il surveille sa glycémie, sans lui dire évidemment que sa fille m’a posé des questions. Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas.

Au moment de sortir sa carte vitale, je le vois qui hésite, et finalement qui prend sur lui et me dit :

"Je sais que ma fille consulte aussi chez vous. Je veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais elle n’a pas fait la mammographie que vous lui avez prescrite il y a deux ans, car elle a eu peur d’y aller. Et sa mère est morte d’un cancer du sein, enfin, voilà, quoi, vous voyez ce que je veux dire..."

Oui, monsieur, je vois ce que vous voulez dire. Je vois très bien.

Je ne sais pas quoi faire, Ali.

On n’a pas à se mêler de la vie de nos patients et patientes. On a à les informer et les accompagner. Je n’ai pas de mode d’emploi pour les affaires de famille, j’ai déjà les miennes à gérer. Et faire un premier pas, c’est très difficile. pourtant personne ne s’avilit à s’excuser, mais sans doute qu’il y a des pardons impossibles à donner, et que chaque histoire est différente.

Mais le soin, ce n’est pas améliorer la vie des gens ? Est-ce que s’arranger pour, par petites touches, rapprocher cette patiente et son père, ce n’est pas aussi faire oeuvre de médecine ? Vivre apaisé avec ses proches, c’est quand même une des conditions du bonheur, non ? Où commence la mission d’un soignant, et où s’arrête-t-elle ? Et finalement, qu’est-ce que c’est, soigner quelqu’un ?

Je ne sais pas mais je suis sûr d’une chose : parlez-vous, les gens. Parlez-vous ! Réconciliez-vous. La vie est courte, l’époque incertaine, et les regrets sans fin.

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