Fidaa H., insultée par ses co-militants écolos pour avoir défendu l'interdiction de l'abaya

Échanges sur téléphone. (image d'illustration)
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Échanges sur téléphone. (image d'illustration) ©Getty - Aleksandr Zubkov
Échanges sur téléphone. (image d'illustration) ©Getty - Aleksandr Zubkov
Échanges sur téléphone. (image d'illustration) ©Getty - Aleksandr Zubkov
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Je ne donne pas son nom entier, elle a déjà assez de tracas comme ça. D’origine libanaise, Fidaa est tombée amoureuse de la France en 1989, quand elle y est arrivée à l’âge de 19 ans.

Aujourd’hui encore, elle raconte avec ferveur sa révolution personnelle d’alors. « J’ai découvert le dicton « en mai, fais ce qu’il te plaît » et j’ai eu le sentiment qu’en France, on est en mai toute l’année », se souvient-elle. Depuis, Fidaa a fait son bonhomme de chemin. Après avoir travaillé dans l’informatique, elle est devenue prof de maths au lycée, et a écrit un livre sous forme de témoignage : « Le choix laïque d’une intranquille ». Il y a un an, Fidaa a aussi pris sa carte chez Europe Écologie Les Verts car elle se soucie, dit-elle, de l’avenir de la planète et de justice sociale. Elle ne s’imaginait pas que le sujet de la laïcité y serait central, piégé, et incandescent. Cela, elle l’a découvert à ses dépens, début septembre, sur fond de débat sur l’abaya.

Une boucle WhatsApp

Dans une boucle WhatsApp nommée « agora pour l’écologie », qui regroupe environ 170 militants et sympathisants EELV, Fidaa a posté un message enjoignant les Verts d’arrêter de se positionner contre l’interdiction de l’abaya à l’école. Dans ce message que j’ai lu, tout comme les réactions qui ont suivi, elle argue du fait que ce combat pour l’abaya à l’école n’est pas progressiste, et fait le jeu d’un agenda islamiste. On peut être d’accord ou pas. Mais les messages qui ont suivi ne furent pas de l’ordre du débat.

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Elle reçoit des messages comme « irrémédiablement, tu n’as pas ta place dans ce parti » ou « la croisade islamophobe de Fidaa n’a rien à faire ici » (on se pince, quand on sait qu’elle est musulmane). Mais Fidaa continue d’argumenter : en tant que prof, dit-elle, elle ne veut pas faire cours avec la pression des abayas dans la salle de classe. On lui rétorque qu’elle est « comme ces médecins qui refusent de pratiquer l’avortement, car c’est contre leur philosophie. » Au fur et à mesure que la boucle WhatsApp s’est échauffée, quelques-uns ont pris sa défense, mais trop peu pour empêcher sa marginalisation et à la fin, son éviction de la prétendue agora.

Ai-je besoin de conclure ? À quoi sert la politique ? Si ce n’est à débattre ? Si ce n’est : à s’adresser à tout le monde ? L’esprit sectaire est un étouffoir de l’intelligence collective. Cette boucle WhatsApp, une parmi d’autres, n’est sans doute pas à l’image de tout le parti. En tout cas, elle n’est pas à l’image des électeurs EELV, puisqu’un récent sondage de l’Ifop montrait que 80% d’entre eux sont pour l’interdiction de l’abaya à l’école ; comme Fidaa. Cette histoire en dit long sur un esprit militant qui est en train de faire sécession. C’est un esprit de querelle, de postures, et d’intimidation. Bref, ça n’a rien plus rien à voir avec la politique.

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