Manuel du parfait mauvais parent ©Getty - Izusek
Manuel du parfait mauvais parent ©Getty - Izusek
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Résumé

Le parent parfait n’existe pas. Il est sain, parfois, de rappeler les évidences. Cette semaine, "Barbatruc" dresse un manuel du parfait mauvais parent et se demande comment se dépatouiller avec la culpabilité, qui est difficile à éviter quand on a des enfants.

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Barbatruc s'intéresse à ces moments où on se trouve nuls, nous autres parents. Ce jour où on a crié pour une raison absurde sur notre progéniture, ce jour où on a été trop sévère, ou au contraire pas assez strict. Ou ce jour où on a manqué de patience ou de douceur...

Nos invité.e.s ont décidé d'en rire, tout en s’interrogeant sur ce qu’est être un bon parent.

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Normaliser les défauts et les défaillances parentales

Les parents peuvent manquer de temps, dans un quotidien souvent à 100 à l'heure, et être stressés, et cela rejaillit immanquablement sur les enfants. Pour Aïda N’Diaye, philosophe :

“Moi, je trouve que c'est le pire truc aussi de ne pas avoir de temps parce que c'est ça qui fait qu'on est stressés. C'est ça qui fait que justement, on ne peut pas laisser à l'enfant le temps de nous imposer son rythme, de vivre à son rythme. En tout cas, moi, c'est l'expérience que j'ai, qu'on est tout le temps en train de les bousculer le matin, le soir, tout le temps.”

Les parents, inquiets, peuvent aussi trop couver les enfants, entraver leur chemin vers l'indépendance. Dorothée Barba évoque à ce sujet les "parents hélicoptères", qu'elle définit ainsi : "Ce sont ces parents qui ont des bras partout autour de leurs enfants, qui les couvent, qui les surprotègent."

Culpabilité et culpabilisations

Pour remplir un bingo de la parentalité imparfaite, vient ensuite la culpabilité. Elle surgit souvent, dès le moment où l'on a des enfants. Les parents ont l'impression de ne jamais assez bien faire. La réalité peut être bien éloignée des espérances et comme le dit l'adage : "Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants."

Delphine Saulière, directrice des magazines pour les moins de 12 ans chez Bayard Jeunesse, l'explique : "dans la culpabilité, il y a une part d'imaginaire, de projection vers le parent excellent ou très très bon qu'on voudrait être. Et on ne voit en gros plan, comme un ado qui ne voit que ses boutons d'acné, que nos failles ou les choses que l'on a ratées.”

Pour Aïda N’Diaye, cette culpabilité est aussi une question d'époque. Elle explique :

"On a beaucoup plus d'injonctions. Si je compare par exemple à la génération de nos parents, je pense qu'on est quand même plus culpabilisés parce qu'on a beaucoup de normes, beaucoup d'injonctions sur le temps, les activités, la réussite scolaire. Enfin, un peu l'intégralité du panel. Ça devient presque une espèce de performance ou de course après la réussite, quel que soit le mot qu'on veut donner à ce terme. (...) Beaucoup de discours qui sont tenus dans l'espace public génèrent cette culpabilité, parce que typiquement on se dit qu'on ne fait pas suffisamment les choses comme il faut."

Elle ajoute que celle-ci pèse beaucoup plus sur les femmes : "Les femmes ont plus tendance à assumer cette charge parentale. Les lectures, les conseils, etc., c'est quelque chose que les femmes assument plus."

Dans la parentalité comme ailleurs, la culpabilité n'est jamais un très bon moteur.

Les ratés des parents en anecdotes

Benjamin Muller, journaliste et chroniqueur de La Maison des maternelles, a montré Le Seigneur des anneaux à ses enfants, alors qu’ils étaient beaucoup trop jeunes. "Ils n’ont pas dormi pendant trois semaines. On a dû dormir à cinq dans le même lit.”

Il évoque aussi les phrases de parents que l’on ne pensait jamais dire, même si ce ne sont pas réellement des ratés : "Et c'est vrai qu'il y a aussi des phrases comme 'Je ne suis pas Rothschild', ou 'c'est pas Versailles ici'."

Delphine Saulière se rappelle une phrase de sa fille : “J'essaye d'être une fois par semaine à l'école et ma fille m’a dit : ‘Quand est-ce que tu viendras me chercher tous les jours à l'école comme une maman normale.’”

Aïda N’Diaye se dit quant à elle stressée par l’école, et elle en fait trop. Son fils passe le brevet actuellement : “tous les soirs, je suis derrière lui en train de lui dire : 'qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui ? T’as révisé l’histoire-géo ?'”

Le parent parfait n’existe pas. Cela permet de déculpabiliser. Par ailleurs, cela peut être bien de s’excuser, lorsque l'on rate, lorsque l'on fait une erreur, comme l'explique Delphine Saulière, cela permet "de reconnaître notre place humaine et notre imperfection" .

Nos invité.e.s

Delphine Saulière, directrice des magazines pour les moins de 12 ans chez Bayard Jeunesse, partenaire de Barbatruc

Aïda N’Diaye, professeure de philosophie, chroniqueuse dans l'émission Grand bien vous fasse d'Ali Rebeihi et autrice de Je découvre la philosophie, aux éditions Nathan et de Qu’est ce qui fait mon genre, chez Gallimard

Benjamin Muller, journaliste, chroniqueur à La maison des maternelles sur France 2 et auteur du livre Devenir papa pour les nuls, paru aux éditions First

Et au téléphone, Susie Morgenstern, autrice jeunesse. Elle recommande le livre Apprendre à aimer un enfant de Yanos Korczak, qu'elle offre à tous les bébés qui naissent !

Programmation musicale

  • Djeuhdjoah et Lieutenant Nicholson - "Coeur béton"
  • The Beach Boys - "Good vibrations"
  • Wet leg - "Ur mum"
À lire aussi : Parents, soyez indignes
4 min
Références

L'équipe

Dorothée Barba
Dorothée Barba
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Production
Dorothée Barba
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Margot Page
Coordination
Juliette Prouteau
Coordination