Détail de l'affiche : "La folle journée de Ferris Bueller" (1986) de John Hughes - Paramount Pictures
Détail de l'affiche : "La folle journée de Ferris Bueller" (1986) de John Hughes - Paramount Pictures
Détail de l'affiche : "La folle journée de Ferris Bueller" (1986) de John Hughes - Paramount Pictures
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Résumé

Et si l’apparente inconscience de la jeunesse dont on nous parle depuis le commencement des temps, n’était en fait qu’une trop grande lucidité ? Frédérick Sigrist l’a appris dans "La folle journée de Ferris Bueller" de John Hugues.

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En tant que quadragénaire, j’ai forcément la nostalgie d’une époque où j’avais les cheveux courts par choix.… Où j’avais le choix d’avoir des cheveux tout court. Une époque où un enfant n’avait pas droit à 15 minutes d’écran par jours, mais à 15h ! On était détendu sur la mise en danger des mômes…

Tu pouvais faire du 120 sur l’autoroute avec ton fils sur le toit, si les flics t’arrêtaient, c’était pour te demander si t’avais pas une clope…

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C’étaient ça les années 1980 ! Tu voyais un parent mettre une tarte à son môme dans la rue, t’avais immédiatement un voisin qui venait l’aider ! Une époque où Veronique et Davina après avoir fait de l’aérobic avec Bernard Tapie, prenaient leurs douches à poil pendant le générique, juste avant le Jour du Seigneur.

À 19h45, à la place de Nicolas Canteloup qui te dit qu’il est en train d’imiter Jean Castex, sinon tu croirais qu’il fait Carla Bruni, tu avais la playmate de Cocoboy juste avant le JT ! Une époque où Dorothée pouvait chanter “la Machine avalée” dans un chaudron entourée par des intermittents noirs avec des os dans les cheveux et oú Michel Leeb remplissait les salles avec son fameux sketch de l’africain : “Ce ne sont pas mes lunettes, ce sont mes narines !” 

Sketch, qui n’a jamais fait rire mon père guadeloupéen mais je crois que c’est parce qu’il avait déjà ce manque d’humour caractéristique du XXIe siècle!   

Une époque d’ailleurs où on ne commençait pas ses phrases par : “si Desproges et Coluche étaient encore là, ils seraient en taule !”

Pour la bonne et simple raison qu’ils étaient là ! Ça ne voulait pas dire que qu’on avait plus d’humour… Juste que ceux qui n’aimaient pas n’avaient pas la parole… Ah Mathilde, le bon temps temps de la parole unique… 

D’ailleurs au fond, ceux qui aujourd’hui s’exclament : “on ne peut plus rien dire!” devraient plutôt dire s'ils voulaient être exact : "Le problème aujourd’hui, c’est qu’on laisse parler beaucoup trop de monde !"

Les années 1980 pour moi, c’était cette époque où on me demandait : ”Alors Frédérick, tu as une amoureuse?!” Et moi je répondais : “Non, parce que les filles, c’est berk !” C’était juste avant les années 1990 où on allait demander aux filles : “Alors les filles, vous êtes amoureuses de Frédérick ?” Et elles répondaient : ”Non, parce que Frédérick, il est berk !”

Et aujourd’hui Mathilde, je crois que ça y est, les années 1980, c’est le nouveau vieux ! 

Dans la pop culture, les années 1980, c’est bien simple t’as l’impression que c’est les années 1960 ! S_tranger Things, Wonder Woman 1984, Super 8, This is us !_ Pas un film ou une série qui ne regarde pas les années 1980 comme Eric Zemmour regarde le régime de Petain…

Et alors que la jeunesse de ce pays s’apprête à passer son bac, ce rite d’initiation à l’entrée dans le monde du chômage ! Le tout après une année particulièrement compliquée pour elle… J’ai repensé à une des comédies emblématiques de la jeunesse des années 1980. Un film réalisé par le spécialiste du genre John Hugues : La folle journée de Ferris Bueller.

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Ceux qui ont vu le film auront immédiatement reconnu cette scène culte où Ferris Bueller interprété par Matthew Broderick alors en pleine ascension, reprend Twist and Shout en playback sur un char, lors d’une parade endiablée au cœur de Chicago. 

Le titre original de ce film, c’est Ferris Bueller’s days off que l’on pourrait traduire par la journée de repos de Ferris Bueller.

Et c’est bien de ça dont il s’agit, Ferris Bueller est un sympathique cancre qui est censé entrer à l’université mais toute son énergie est tournée vers le meilleur moyen de sécher les cours. L’originalité de ce film, c’est que Ferris brise régulièrement le quatrième mur en s’adressant directement aux spectateurs ! Si vous étiez fan de la série Parker Lewis ne perd jamais ou plus récemment Malcolm, ne cherchez plus, l’inspiration directe c’est La folle journée de Ferris Bueller. Pour cette neuvième journée d’école buissonnière, oui le gars a un absentéisme de députés… Ferris embarque avec lui sa petite amie Sloane, et son meilleur ami Cameron, un garçon pessimiste et hypocondriaque. Tout en évitant sa sœur, la terrible Jennifer Grey pas encore immortalisée par son rôle de Baby dans Dirty Dancing !

Après une Créature de rêve, Breakfast club, John Hugues réalise en 1986 ce qui semble être une nouvelle comédie adolescente dont il a le secret !

Or j’ose le dire, Ferris Bueller n’est pas une comédie : mais un drame sur la fin de la jeunesse

Sa fameuse journée off n’est pas une escapade faite de sexe et d’alcool comme c’est si souvent le cliché dans les teens movies, mais une visite de musée, des expos et une plongée dans la diversité de cette ville immense qu’est Chicago. Ferris ne fuit pas l’éducation, il en cherche une alternative. Une peut-être moins formatée…

Certes Ferris est populaire, roublard, et tout semble lui réussir mais on comprend très vite qu’il est aussi perdu face à son avenir que son ami Cameron!Même l’histoire d’amour qu’il a avec Sloane semble vouée à s’arrêter après cette journée. Cette journée que Ferris s’est octroyé, c’est une virgule enchantée dans une phrase qui l’est beaucoup moins.

Ferris veut en profiter aujourd’hui car il sait qu’il y a tout un système autour de lui qui est là à œuvrer pour faire de lui un adulte responsable et productif comme ses parents.

Des parents à qui l’on ne parle pas et qui ne nous comprennent pas. Le richissime père de Cameron semble plus proche de ses voitures que de son fils. Quand au père de Ferris, il travaille dans un bureau comme il y en a tant, et regarde la fête qui se passe sous sa fenêtre sans se donner le droit d’y participer. Ces derniers mois, durant cette pandémie, on a vu beaucoup de rassemblements de jeunes dans les parcs ou lors de rave party, que l’on a été prompt à pointer du doigt en occultant ce qu’était le quotidien de la jeunesse depuis un an.

Mal logé, mal nourri, sans vie sociale ni perspective d’avenir…

S’autoriser une journée de repos ne signifie pas forcément qu’on est inconscient, mais qu’au contraire, on sait peut être trop bien ce qui nous attend.

John Hugues nous rappelle qu’une comédie finalement, ça n’est rien d’autre qu’un drame qui a su se rendre présentable.

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