Sur le tournage de "Starship Troopers" ©Getty - Starship Troopers
Sur le tournage de "Starship Troopers" ©Getty - Starship Troopers
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Résumé

La tribune des militaires à la retraite qui appelle à l’insurrection dans Valeurs actuelles, l’anniversaire de la mort de Napoléon, un peu de pop culture. Vous mélangez, et vous obtenez le film de SF culte de Paul Verhoeven : "Starship Troopers".

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Mathilde imaginait que Frédérick ferait sa chronique sur l'anniversaire de la mort de Napoléon.

Frédérick Sigrist : "Vous n’y pensez pas ! Non, il faut savoir rester à sa place… Qui suis-je, moi, petit trublion du service public, pour émettre un avis sur un individu qui a fait plus d’un million de victimes, qui muselait la presse et qui a rétabli l’esclavage ? Mais j’ai envie de vous dire : on a tous déjà eu une mauvaise journée. Depuis que je sais que pour certains dans Star Wars, Dark Vador c’est le héros, j’évite d’avoir une lecture trop partisane des événements. Vous pensez bien que s'il y a débat sur Dark Vador, sur Napoléon on n’en parle même pas.

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J’ai choisi un sujet beaucoup moins clivant parce que je ne suis pas fait du bois dont on fait les téméraires, je vais vous parler de la tribune des militaires à la retraite parue dans Valeurs Actuelles qui appelle à l’insurrection !

Oui parce qu’après une année de pandémie mondiale, trois confinements, des restaurants fermés, des musées et des salles de théâtre auxquels on n’a plus accès, un couvre- feu, des personnes se disent : "Tiens, j’ai réalisé que ce qui me manquait vraiment durant cette période, c’était une petite guerre civile !".

Le plaisir d’un mini putsch en terrasse, d'un coup d’état en plein air… Ce qu’on appelle les petits plaisirs simples de la vie… J'en étais resté à : "Je boirais bien une pression". Et il y en a d’autres c’est : "Je mettrais bien la pression !"

Alors attention, pas de polémique : j’ai grandi en banlieue et envoyer l’armée là-bas, des anciens voisins seraient pour

Comme m’a dit un pote à moi : "Ca fait des années qu’on demande plus de services publics, si ça commence avec l’armée, c’est déjà un début ! Pour les écoles, les bibliothèques, les transports, on verra après !". 

Et de mon côté, cet appel des militaires, ça m’a rendu nostalgique : ça m’a fait penser à ma grand-mère qui dès qu’elle voyait un truc qui ne lui plaisait pas aux infos disait toujours : "Ce qu’il vous faudrait, c’est une bonne guerre !"

Par contre, elle ne m’a jamais dit ce que c’était qu’une "bonne guerre". Parce qu’elle avait connu la Seconde Guerre mondiale et quand elle en parlait, ce avait pas l’air d’être celle-là non plus. J’ai l’impression que pour ma grand-mère, une bonne guerre était celle qu’elle ne subissait pas.

Et figurez-vous qu’il existe un blockbuster culte dans lequel des vétérans militaires ont bien pris le pouvoir : il s'appelle "Starship Troopers" de Paul Verhoeven. 

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Vous entendez le thème de Starship Troopers, composé par le grand Basil Poledouris à qui l’on doit également Conan le barbare, Robocop ou A la poursuite d’Octobre rouge !

Starship Troopers, c’est peut-être bien le plus grand film de guerre et de science-fiction jamais réalisé…

C’est pas moi qui le dit, c’est Daniel Morin. Je ne vois pas en quoi il serait moins crédible qu’Eva Betan. À sa sortie en salle en 1998 en France, le film n’a pas eu beaucoup de succès, coincé entre Titanic de James Cameron et Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg. Il faut croire qu’en 1998, on aimait que les films dont on connaissait déjà la fin. Certaines critiques parleront même de Starship Troopers comme d’un film pour puceaux accro aux jeux vidéo : j’étais le cœur de cible !

Et c’est vrai qu’à première vue, en regardant Starship Troopers rapidement, de dos, avec 4 grammes dans le sang et privé de sommeil depuis 15 jours, on peut avoir le sentiment d’être en face d’un film pro-militaire qui fait l’apologie du fascisme. Mais quand on connait le travail du réalisateur néerlandais Paul Verhoeven à qui l’on doit Basic Instinct, Total recall, Robocop et en juillet prochain Benedetta avec Virginie Efira sur une relation lesbienne entre deux nonnes, on se doute bien qu’on a pas avoir droit à un film de propagande mais bien à une satire violente sur l’impérialisme américain.

Retour sur l’histoire de "Starship Troopers"

Dans le futur, les militaires ont pris le pouvoir et mis fin à la démocratie dont le progressisme et les études sociales nuisaient selon eux, à la grandeur de l’Humanité

Dans Starship Troopers, on n’enseigne pas l’écriture inclusive, ni la repentance mémorielle, on ne réfléchit pas sur le droit d’ingérence. On apprend par la bouche de Michael Ironside, l’acteur fétiche de Verhoeven qui jouait le patibulaire Tyler dans la série V, et qui dans ce film joue un prof d’histoire, que seul le rapport de force écrit le roman national d’un pays.

Dès l’école, on apprend aux plus jeunes élèves que seuls celles et ceux qui font leur service militaire pour la fédération peuvent devenir citoyen et donc voter. Le reste, ce ne sont que des civils qui n’ont pas voix au chapitre. Ces élèves, ils se nomment Johnny Rico, Carmen Ibanez et Dizzy Flores, des noms d’un kitsch assumé, joués par tout ce que Verhoeven a pu trouver de plus superficiel à l’image. 

Caper Van dien et Denise Richards ressemblent à des mannequins slips avec un sourire immaculé que tu ne peux regarder qu’avec des lunettes de soleil ! lls ont tous la tête de Gabriel Attal. Le casting on dirait la dernière année  d’une école de commerce.

Une vraie galerie de têtes à claques qui trouvera sa raison d’être dans l’horreur dans laquelle Verhoeven va ensuite les plonger.

Car cette fédération d’humains s’est étendue dans l’univers colonisant planètes après planètes jusqu’à Klendathu, une planète d’insectes géants baptisés "les arachnides". Des extraterrestres magnifiquement mis en image par le génie des effets visuels, Phil Tipett !

Des monstres bien plus intelligents qu’ils n’en n’ont l’air qui vont se défendre face à l’envahisseur humain. Car il s’agit bien de cela dans Starship Troopers, ce sont les humains avec leur culte des armes qui sont les envahisseurs. 

Verhoeven, inspiré par l’imagerie fasciste de Leni Riefenstahl, la cinéaste du IIIème Reich, nous montre une terre aux mœurs fascistes, adepte d’une propagande télévisée permanente, qui n’hésite pas à sacrifier sa jeunesse pour étendre sa domination. Un officier cul de jatte et manchot dira avec fierté à un Johnny Rico qui veut s’enrôler : 

C’est l’infanterie qui a fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui !

Dans cette structure militaire, on monte en grade aussi vite que ses camarades meurent aux combat ! Et des morts, il y en aura en veux-tu en voilà ! Car Verhoeven, avec la violence qui caractérise son cinéma, n’hésitera pas à montrer la guerre dans tout ce qu’elle a de plus atroce. Âmes sensibles s’abstenir ! 

Starship Troopers, c’est une sorte de Waterloo de la SF, un Vietnam de l’espace ! 

Un tour de force qui parvient à dénoncer à chaque plan, ce qu’il est pourtant en train de nous présenter. 

Un film qui devrait plaire au chef de l’Etat tant il est "en même temps" ! 

Finalement, je me dis que c’est Paul Verhoeven qui aurait dû commémorer Napoléon.

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