Hélène Cixous en 2011 à Paris
Hélène Cixous en 2011 à Paris ©AFP - ULF ANDERSEN /  Aurimages.
Hélène Cixous en 2011 à Paris ©AFP - ULF ANDERSEN / Aurimages.
Hélène Cixous en 2011 à Paris ©AFP - ULF ANDERSEN / Aurimages.
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Elle est l’une de nos plus grandes intellectuelles et autrices. "Rêvoir", son nouveau livre, parait aujourd’hui. Une rêverie au gré de laquelle elle ressuscite des fantômes et laisse libre cours à une pensée poétique. Hélène Cixous est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Avec

Elle est l'une des nos plus grandes intellectuelles, pionnière des études de genre en France, et mondialement reconnue. C'est aussi une poétesse, qui réinvente la langue, livre après livre. Rêvoir son nouveau livre, vient de paraitre. Hélène Cixous est dans Boomerang

Hélène Cixous : "Déconstruire’ est devenu un mot de supermarché »

"La déconstruction, ce n’est pas la destruction. C’est faire vaciller la construction. C’est trouver le point critique de tout ce qui semble être établi, en particulier dans le monde de la pensée et de la philosophie."

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"Quand on dit que quelqu’un ou quelque chose est déconstruit, on est à l’envers de la mobilité et de l’instabilité du mouvement de déconstruction"

"Avec le Covid-19 tout le monde en France a eu à déconstruire des choses qui semblaient établies, comme le temps et le lieu"

"Ceux qui déconstruisent inquiètent parce qu’ils déstabilisent. Les gens ont besoin de choses établies"

"On avance dans l’Histoire, on fait la Révolution française, et on finit par revenir en arrière. C’est toujours pareil : il y a d'abord un mouvement d’exaltation, où on arrive à renverser un mur, à ouvrir des prisons, et puis on fait marche arrière."

"La Cancel Culture fait partie de ces extrémismes qui accompagnent souvent les mouvements de libération. Malheureusement, il y a toujours des excès, c’est inévitable. Pendant la Révolution française, c’était la guillotine."

31 min

"Quand j’étais frappée petite, c’était en tant que juive; quand je suis arrivée en France, c’était en tant que femme. Avec le covid, qui vous expulse de vous-même, je me suis dis: ‘tiens, c’est la première fois que tu es comme tout le monde ‘."

« Quand j’étais frappée petite, c’était en tant que juive; quand je suis arrivée en France, c’était en tant que femme. Avec le covid, qui vous expulse de vous-même, je me suis dis : "‘'tiens, c’est la première fois que tu es comme tout le monde.‘"

"La mémoire, c’est d’abord un grand exercice d’oubli. C’est une chatte, elle fait ce qu’elle veut. Elle est liée au foisonnement de nos espoirs et de nos désespoirs"

"Je n’ai pas d’autorité dans l’écriture, c’est pour ça que j’abandonne le ‘je’. Quand je le dis, c’est que je peux le payer avec mon corps, avec mon coeur"

Carte blanche

Pour sa carte blanche, Hélène Cixous a écrit un texte inédit. 

"L’En-Nuit 2021. L’an 2021 nuit depuis combien de jours suis-je hantée par le besoin de me rendre dans mon pays, besoin que je freine, cheval bridé, haletant, car j’obéis aux Urgences Affligeantes Zoom !, Zoom !, ménage, mails, SOS femmes, enfants, enfemmes, animaux, je ronge mon frein, je hennis la nuit, je me tourne et jette un regard enfiévré vers la porte de mon pays. La porte ? La porte : je suis en train d’écrire sur sa peau : c’est le cahier. Cahier, quel mot ! Ca hier. Ya qu’à y aller. Oui je passe maintes fois devant le cahier fermé. Il suffirait que je l’ouvre et je serais à l’entrée du monde promis. – De quel pays je suis ? – Je suis du monde, dit Socrate – dit Montaigne. Attendez-moi, concitoyens, j’arrive ! Autour de nous, l’équipage, blocs, feuillets de livres, centaines de pages, provisions de stylos plumes, tout ce qu’il faut pour le voyage Le rêve de cette nuit noire était un rêve franchement de mauvais goût. Je ne le rejetai pas. Je ne comprends pas ces intrusions, quelqu’un de mort, de méprisé, auquel le Rêve accorde un prestigieux laissez-passer ? C’était un rêve entièrement peuplé de morts morts, de morts inressuscitables, colériques, méchants comme le narrateur avec Albertine, hostiles, maléfiques, de faux hommes Du moins cela me fit prendre conscience de la vertu lumineuse des morts libres, pas morts, revenables, toujours prêts à dire oui à la vie, ma mère, le bienaimé, mes chats, ceux que la mort ne tue pas J’ai besoin de Hugo. Je lis le Dernier Jour d’un Condamné en pleurant. Par ce texte l’homme Hugo est élevé, couronné juste, sauvé sauvant élevant l’élan littéraire au sacré. Où est-il, ces jours-ci, l’être, ou elle, qui donne souffles et cris aux massacrés ? Je suis à la porte. Je ne sais pas de quel côté."  

Programmation musicale

  • OTIS REDING – I VE GOT DREAMS TO REMEMBER
  • CLARA LUCIANI - RESPIRE ENCORE

L'équipe

Augustin Trapenard
Augustin Trapenard
Augustin Trapenard
Production
Lola Costantini
Réalisation
Géro Imbert
Stagiaire
Pierre Martinerie
Coordination