Nathalie Rheims en 2015 à Nancy
Nathalie Rheims en 2015 à Nancy ©Maxppp - Alexandre Marchi
Nathalie Rheims en 2015 à Nancy ©Maxppp - Alexandre Marchi
Nathalie Rheims en 2015 à Nancy ©Maxppp - Alexandre Marchi
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Romancière, arrivée tardivement à la littérature, depuis une vingtaine de livres, dont "Laisser voler les cendres", "Place Colette" ou "Ma vie sans moi, roman", elle déplace, brouille et interroge la frontière entre réalité et fiction. Nathalie Rheims est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Danger en rive, son nouvel opus vient de paraitre. C’est l’histoire d’une romancière qui a renoncé à l’écriture après une expérience traumatique. Un livre tissé de trous de mémoire, réminiscences et disparitions. Nathalie Rheims est dans Boomerang. 

Carte blanche

Pour sa carte blanche Nathalie Rheims a écrit un texte inédit : comment sortir du cycle infernal qui fait de nous la cause principale du déclin animal, à force de détruire ce qui fait notre maison commune ?

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"J’aime surtout les mots qui sortent du silence et savent y retourner sans faire de bruit. J’aurais voulu écrire un livre fait de ces échos du commencement du temps, de la naissance de l’univers, Tohu-Bohu, matière inerte.

Mais voilà, il est peut-être trop tard car nous sommes tous en train de disparaître, à commencer par des milliers d’espèces animales. Comment maintenir l’entretien infini avec tous ces êtres, quand autant d’entr’eux sont promis à l’extinction ? Comment sortir du cycle infernal qui fait de nous la cause principale de ce déclin, à force de détruire ce qui fait notre maison commune.

Nous savons depuis longtemps que les animaux sont nos semblables, et qu’à chaque fois qu’ils disparaissent par millions, c’est l’espèce humaine qui se suicide.

Eux, pas si bêtes, ont eu la sagesse d’éviter de sombrer dans les méandres du vacarme qui nous emporte, ils sont restés l’âme du silence, alors que le prêchi-prêcha de notre babillage devient le piège qui causera notre chute.

J’avais découvert ceux qui habitent la mer avec le monde du silence. J’ai senti que la moindre note de musique, la plus petite parcelle de lumière dans les couleurs de la peinture, le fragment le plus dérisoire d’un récit ou d’un roman, qu’un simple pas de danse, tous en surgissaient, sans que l’on sache comment.

Il suffirait que les abeilles disparaissent à leur tour, pour que le reste de la vie soit emporté avec elles. Aujourd’hui, les conditions de l’évaporation de l’espèce humaine sont réunies.

On a cru, jusqu’à peu, qu’il faudrait pour cette apocalypse, que se produise un cataclysme. Pouvait-on en douter après Hiroshima et Nagasaki, après Tchernobyl et Fukushima ?

Chaque fois que je pense à cette apocalypse collective, je m’interroge : n’est-ce pas une consolation de se dire que nous allons tous mourir ensemble, au même moment ? Mais surtout je trouve cela injuste d’entrainer les autres animaux dans notre folie destructrice. Après tout, ils n’ont rien fait pour mériter ça.

Aujourd’hui se profile une autre façon peut-être moins glorieuse, c’est la perspective, après que nous ayons fait disparaître le monde animal d’une conséquence fatale pour nous tous, par la contamination virale généralisée. Les êtres invisibles et silencieux, n’ayant plus d’autre résidence, viendront se réfugier chez nous, il nous faudra réapprendre tout, sans les mots et retourner nous réfugier, nous aussi, dans le silence originel."

Extraits de l'entretien

"L’écrivain est un menteur qui s’ignore. Je ne crois pas dans l’autofiction. Quand on écrit, tout se transforme, les souvenirs deviennent des souvenirs induits."

"La dualité entre la vie et la mort imprègne mon écriture. J’interroge toujours l’immédiat, l’au-delà, la perte, je me demande comment conserver les défunts dans mes pages ?"

"Ce qui me lie à Mylène Farmer, c’est l’indicible. Elle est une partie de moi, on est essentielles l’une à l’autre."

"Sur les réseaux sociaux, les gens doivent être ce qu’ils font et non ce qu’ils sont. C’est une course à la jalousie, à la bêtise, à la vacuité. Les réseaux sociaux sont le signe de la cruauté de notre époque."

"J’ai perdu mon frère Louis en une année. Un jour, dans une interview, une personne proche de lui avait effacé son nom. Tout à coup, c'était comme s'il avait été effacé. Je voulais le faire réapparaître en écrivant un roman sur lui."

"Les mots sauvent l’avenir. Ils se suffisent à eux-même, n’ont besoin d’aucun artifice. Notre langue est d’une richesse qui fait tout passer."

Programmation musicale

  • MYLENE FARMER - Pourvu qu'elles soient douces
  • BIG RED MACHINE – Phoenix

Programmation musicale

  • 09h26
    Pourvu qu'elles soient douces
    Pourvu qu'elles soient douces
    Mylène FARMER
    Pourvu qu'elles soient douces

    Album Ainsi soit je... (1988)
    Label Polydor (835564-2)
  • 09h37
    Phoenix (feat. Fleet Foxes & Anaïs Mitchell)
    Phoenix (feat. Fleet Foxes & Anaïs Mitchell)
    Big Red Machine
    Phoenix (feat. Fleet Foxes & Anaïs Mitchell)

    Anais Mitchell, Fleet Foxes

    Album How long do you think it's gonna last ? (2021)
    Label JAGJAGUWAR

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