Les paysages de Maylis de Kerangal et Joy Sorman

Maylis de Kerangal et Joy Sorman
Maylis de Kerangal et Joy Sorman - ULF ANDERSEN / Aurimages/AFP et Olivier Corsan/Maxppp
Maylis de Kerangal et Joy Sorman - ULF ANDERSEN / Aurimages/AFP et Olivier Corsan/Maxppp
Maylis de Kerangal et Joy Sorman - ULF ANDERSEN / Aurimages/AFP et Olivier Corsan/Maxppp
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Elles sont romancières et ont en commun leur goût pour l’exploration des lieux et de leur mémoire. Dans "Seyvoz", en librairie après-demain, elles exhument les fantômes d’un village englouti. Maylis de Kerangal et Joy Sorman sont les invitées d'Augustin Trapenard.

Avec

Dans " Seyvoz", en librairie après-demain, elles exhument les fantômes d’un village de montagne englouti après la construction d’un barrage hydroélectrique dans les années cinquante. Un court récit, écrit à quatre mains, qui nous mène aux confins du fantastique et qui interroge la violence de la modernité. Maylis de Kerangal et Joy Sorman sont dans Boomerang.

Extraits de l'entretien

"Un paysage, c’est une forme, une morphologie, mais c’est aussi l’expérience qu’on en a : il s’inscrit dans la mémoire, s’inscrit en nous et raconte des souvenirs. Perdre un paysage c’est une altération très douloureuse."

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"L’histoire récente de la France s’est accompagnée d’une dénaturation des paysages par des infrastructures à la fois sublimes et terrifiantes. C’est une violence faite à l’espace, au nom d’une modernité décidée par un pouvoir central."

"Le passé est à la fois soustrait au regard, mais aussi spectral. L’écriture revient dans ce cas à l’un de ses gestes primaires : ressusciter les fantômes."

Écrire, c’est plonger, être en immersion. Et écrire à deux, c’est créer un troisième imaginaire et une troisième langue à partir de deux univers distincts. C’est écrire ensemble, mais séparément.

"Un auteur n'est jamais seul, mais toujours sous influence, toujours habité. Il écrit depuis la littérature."

Carte blanche

Pour leur carte blanche, Maylis de Kerangal et Joy Sorman ont écrit un texte sur la ponctuation.

"Sur la page du livre ouvert, l'œil fait le point sur les caractères d'imprimerie, des lettres forment des mots, des phrases, des paragraphes. Des figures typographiques finissent par raconter une histoire. Mais l'œil voit immédiatement autre chose. Sans toujours s'en rendre compte, d'ailleurs.

Des signes graphiques qui actionnent la phrase, la propulsent, organisent le texte, le soulèvent, l'accélèrent et le ralentissent.

L'œil voit la ponctuation plus ou moins dense, présente, plus ou moins lâche, ou malmenée. C'est une question de style. Il voit des points virgules, des tirets, des parenthèses, des points d'exclamation, de suspension et les absorbe immédiatement, les dissout dans la lecture. Le sens de la lecture.

L'œil entend la musique de la ponctuation. L'œil écoute les intonations. Il reprend sa respiration, ajuste sa cadence au rythme du "virgulage" de la phrase. Sans ponctuation, l'œil n'entendrait rien. Sans ponctuation, les phrases ne seraient plus lisibles, se réduiraient à des ribambelles graphiques et sonores, le lecteur serait perdu, essoufflé. Par la grâce de la ponctuation, écrire se fait à voix haute. Écrire devient parler, et le lecteur entend.

Et il entend parler quelqu'un, puisque la ponctuation est la réplique anatomique de l'auteur dans son texte. L'empreinte de son corps dans son livre, puisque la ponctuation le projette dans sa phrase, décalque sa vitesse, situe son souffle, ses oscillations, ses ruptures de rythme, ses silences. Puisqu'elle fait entendre l'énergie intérieure de l'auteur au présent de l'écriture, elle rend tangible son tempo organique à l'instant même où se forme la phrase, si charnelle, donc, qu'elle joue comme une signature.

Sans doute est-ce d'ailleurs parce qu'elle touche à cette part intime que la ponctuation relève lors de la phase de correction d'un livre, d'un régime d'exception.

S'il consent aux règles de la syntaxe, de l'orthographe et du code typographique, l'auteur demeure le ponctueur obsessionnel de son travail, il garde la main sur ses virgules. De sorte qu'écrire à deux, ponctuer un même texte à deux, relèvent d'un défi et d'une création.

Comment faire cohabiter dans un même livre deux tempéraments d'écriture, deux flots sans qu'il luttent ou s'amoindrissent ? Il aura fallu inventer, à l'échelle d'un roman, une ponctuation commune, comme une respiration commune faite d'alternance, de contrastes et de synchronie. Une danse, un duo."

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  • BRIGITTE FONTAINE - LES FILLES D'AUJOURD'HUI
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    Les filles d'aujourd'hui
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