l'écrivaine Claudie Gallay en 2013
l'écrivaine Claudie Gallay en 2013
l'écrivaine Claudie Gallay en 2013 ©AFP - ULF ANDERSEN
l'écrivaine Claudie Gallay en 2013 ©AFP - ULF ANDERSEN
l'écrivaine Claudie Gallay en 2013 ©AFP - ULF ANDERSEN
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Résumé

Révélée il y a treize ans grâce au succès colossal des "Déferlantes", elle continue d’accompagner, de son écriture ciselée, des personnages qui se cherchent, piétinent parfois, et qui soudain s’élancent. "Avant l’été", son 11ème roman parait mercredi. Claudie Gallay est l'invitée d'Augustin Trapenard.

avec :

Claudie Gallay (Ecrivain).

En savoir plus

Avant l’été, c'est l'histoire d'une amitié entre cinq jeunes filles au milieu des années quatre-vingt dans un petit village de la Loire, entre insouciance, espoirs et grands départs - un véritable souffle de liberté ! On parle de contraintes, d'épaisseur, d'écriture et de Venise avec Claudie Gallay, dans Boomerang. 

Extraits de l'entretien

"L'écrivain c'est celui qui a besoin de plus. Il n'est pas suffisamment à l'aise dans la vraie vie, donc il en rajoute. Le temps passe vite, et grâce à l'écriture on rajoute des épaisseurs, c'est peut être pour ça qu'on écrit"

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"C'est à l'adolescence que j'ai pris du papier et un stylo pour la première fois.Pour laisser trace de quelque chose, et mieux me comprendre. Et pour inventer aussi! Quand j'écris je mens et le livre est réussi quand tout le monde y croit !"

"Je suis une terrienne, une fille de paysans, donc j'ai besoin de savoir où je mets les pieds de mes personnages. Les paysages ont beaucoup d'importance. J'ai grandi avec les bêtes, avec la terre... il a fallu que j'en parte, mais ça m'a façonnée"

"Marcel Pagnol a une écriture très belle, et tellement rude. Ses dialogues sont très ciselés, violents, avec de l'émotion par dessus. Il évite le piège de l'écriture, qui serait d'en faire trop. C'est dur d'écrire simple"

"J'aimerais enlever le vernis de l'éducation. Retrouver le naturel de l'adolescence où l'autre ne fait pas peur. Avec le temps, l'autre s'est mis à me fait peur. J'aimerais me comporter face aux autres avec le même naturel que face aux animaux"

"Venise, c'est la beauté. J'y suis bien. Surtout sur l'île de la Giudecca, une île d'ouvriers, pas la ville touristique. Il y a le silence, la lumière, des petits café. J'y respire, je suis à ma place"

"Ecrire, c'est essayer de ne pas perdre. Garder trace, lutter contre la mort. C'est illusoire, mais on se dit qu'avec ça, ça tient"

"Dans mon village natal je me sens chez moi. Je suis faite de cela. Je m'y sens bien, je connais encore les vieux qui y trainent. Et puis avec certains amis aussi : parfois, il y a des gens avec qui on se sent chez soi"

Carte blanche

Pour sa carte blanche Claudie Gallay a écrit un texte inédit : 

La carte blanche de Claudie Gallay

2 min

**Claudie Gallay : "**Je fais des trucs bizarres depuis qu'on est enfermé. J'ai mis un noyau d'avocat à germer dans un verre d'eau. Ce n'est pas faire ça qui est bizarre, c'est que je me suis attaché à lui, au noyau. 

J'ai envie d'aller à Venise. Venise me manque. Prendre un café au petit bistrot, celui de l'arrêt Palanca, la table juste derrière la fenêtre, et regarder passer les bateaux. 

Je connais un fermier. Il habite tout près de chez moi. Il élève des oies et forcément, un jour, il doit les tuer. Hier, je l'ai vu dans sa cour. Il avait le couteau. "Les oies, il faut toutes les tuer en même temps", il m'a dit "et le même jour". Sinon, celles qui restent meurent de chagrin. Et c'était le jour. 

La mort. Je sais, je suis né dans une ferme. Je viens des bêtes autant que des gens. 

Du coup, je me suis souvenu d'une interview de Léo Ferré avec Denise Glaser. GLaser lui parle de sa guenon pépée : "Avez vous déjà aimé un être humain comme vous avez aimé Pépée ?", elle lui demande. "Là, vous me surprenez. Je sais pas", il finit par lâcher. Il ne sait pas s'il a aimé un être humain comme ça aussi fort ! 

Je pense aux beautés de la vie. J'en fais une liste : les arbres, les fleurs, les chiens, respirer l'air du large, embrasser ma mère. J'ai calculé qu'à l'âge de 28 ans, à raison d'un portrait par jour depuis sa naissance, un être humain peut posséder plus de mille photos, et sur une espérance de vie de 80 ans, on n'arrive pas à 30 000 photos. Ce n'est pas tant que ça, et ça fait réfléchir. 

Je rêve à ce que je ferais après. J'aimerais rencontrer Gérard Garouste et Jacques Attali. J'aimerais visiter le jardin d'Éden à Venise et me faire enfermer dans le Louvre, une nuit. Il y a plusieurs raisons de ne pas faire les choses. La première est la peur de ne pas réussir et c'est normal d'avoir peur. Il y a des grands et des petits rêves. Le jardin d'Éden, c'est un grand rêve. Les petits, on les atteint plus facilement, mais ils permettre d'attendre les grands. 

Mon professeur d'art, l'année de 6ème, nous répétait qu'on avait tous un dessin en nous et qu'à force de dessiner, on le mettrait à jour. Il ne serait peut être pas le plus beau des dessins, mais il serait vrai et il serait nous. Peut être que ce sont nos rêves qui composent peu à peu ce dessin."

Programmation musicale

  • NINA SIMONE – I wish I knew how it would feel to be free
  • JULIEN DORÉ – Nous 
Références

Programmation musicale

  • 09h25
    I wish i knew how it would feel to be free
    I wish i knew how it would feel to be free
    Nina Simone
    I wish i knew how it would feel to be free

    Billy Taylor

    Album Silk & soul (1967)
    Label LEGACY RE
  • 09h38
    Danse
    Danse
    ANGELO FOLEY ET PHAZZ (Compositeur)
    Danse

    ANGELO FOLEY ET PHAZZ (Compositeur), GEORGIO

    Album Danse (2021)

L'équipe

Augustin Trapenard
Augustin Trapenard
Anouk Roche
Collaboration
Lola Costantini
Réalisation
Perrine Malinge
Coordination
Léonard Billot
Journaliste
Pierre Daymé
Journaliste