Blaise Cenbdrard © STAFF | François Sureau ©AFP - Ulf Andersen
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Résumé

Une autrice, un auteur, relate une rencontre entre deux personnages, réels ou imaginaires. Quand le hasard produit des rencontres décisive. Aujourd'hui, c'est François Sureau et Blaise Cendrars

avec :

François Sureau (écrivain, poète, membre de l’académie française).

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"Je vous présente d'abord le paysage de mon histoire. C'est la frontière belge chère à Jean Rolin. Le passage vers le pays de Simenon, de Simon Leys et de Nouger. Un pays que j'aime profondément, un Congo blanc, une France sans Descartes.

Je lui suis attaché aussi pour l'avoir envahie par erreur à la tête de mon peloton blindé à la fin des années 70. Ayant toujours été mauvais en topographie, la frontière dont je parle est celle des Ardennes, une forêt profonde où revivre. Comme vous allez voir [...]

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C'est de l'amour dont je voudrais à présent vous parler. Juste avant la Deuxième Guerre. Blaise Cendrars, l'immense poète, a vécu près d'un an dans la forêt des Ardennes avec une jeune femme de 30 ans plus jeune que lui, qui s'appelait Elisabeth Prévost et qui a été une étonnante aventurière tout à fait oubliée aujourd'hui. C'est elle qui a raconté leur aventure, dont personne n'a jamais su la nature exacte. Lui a seulement parlé d'elle dans L'homme foudroyé, la changeant en Diane de La Panne.

Lorsque Cendrars rencontre Elisabeth Prévost, c'est un homme malheureux et incertain. Il a 51 ans. Il ne présente plus l'apparence du jeune combattant et perdu, la manche vide, qu'on voit sur les photos du Brésil. Engagé à la Légion étrangère, il avait perdu son bras à la ferme Navarin en 1915. Il en a tiré le plus beau livre de guerre jamais écrit, "J'ai saigné", un livre qui a bouleversé Henry Miller, qui n'était pourtant pas facile à émouvoir. À l'époque, Cendrars n'est déjà plus ce jeune homme mutilé, mais il n'est pas encore le vigoureux clochard réfractaire des dernières années qui ressemblait, a écrit son ami Nino Franck, 'à l'un de ces troncs tassés qu'il faut bien autre chose qu'un coup de foudre pour entamer". [...]

Les détails de la biographie d'Elisabeth Prévost sont, eux, mal connus. Un de ses grand oncle, paraît-il, était allé en classe avec Rimbaud. La famille était riche. Elle avait fait fortune dans la métallurgie, spécialité de cette région jusqu'au milieu du XXᵉ siècle. La famille Prévost possédait une belle maison qu'il n'est pas facile de situer avec certitude. On l'atteignait en une demi heure de car depuis la gare d'Hirson dans l'Aisne. Les gens du cru l'appelaient Le pavillon des Aiguillettes, d'après le nom du lieu dit. Il a été incendié par les Allemands et il n'en reste rien aujourd'hui.

A la fin de l'année 1937, Cendrars ayant appris la liaison de Raymone Duchâteau, son éternel fiancée, avec Pierre Guillain de Bénouville, qui devait s'illustrer dans la Résistance et était l'un de ses amis, rompt avec elle. Il vit seul et triste à l'Alma Hôtel, avenue Montaigne. Le 7 février 1938, c'est Pierre Pucheu qui présente Elisabeth Prévost à Blaise Cendrars, Pucheu d'un côté, qui finira fusillé pour collaboration à Alger en 44, Bénouville de l'autre, le résistant Cendrars entre les deux. C'était avant le temps des haines."

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Références

L'équipe

Xavier Pestuggia
Réalisation