La géographie du sexe
La géographie du sexe
La géographie du sexe  ©Getty - Luis Diaz Devesa
La géographie du sexe ©Getty - Luis Diaz Devesa
La géographie du sexe ©Getty - Luis Diaz Devesa
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Résumé

Est-ce qu'on peut cartographier le désir ? Maïa explique combien la sexualité peut aussi être un territoire en expansion géographique constante mais qui ne demande qu'à être arpenté. S'il en existe de nombreuses, nos géographies du désir sont encore à écrire !

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Cartographier le désir

C'est évidemment La carte du tendre qui nous vient à l'esprit : ces terres sauvages, parfois hostiles, son fleuve inclination qui dérive jusqu'à la mer dangereuse. Et puis, sur la route, les villes de tendresse, la citadelle de l'orgueil ou le lac de l'indifférence. Tout un itinéraire amoureux qui, pour rappel, illustrait le très massif roman Clélie, histoire romaine de Madeleine de Scudéry. On est au XVIIe siècle. C'est d'un kitsch redoutable. 

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts… du fleuve inclination, il faut suivre ! 

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Bienvenue donc, en 2021, si vous tapez "Yoman Sex Maps" sur votre navigateur, vous arriverez sur une carte signée Franklin Veaux

Une carte qui essaye de cartographier toute la sexualité humaine et c'est ce souci d'exhaustivité qui la rend passionnante

On y trouve les orgies, les costumes, mais aussi les mutilations sexuelles ou les fantasmes de momification. La carte est immense, tentaculaire. D'ailleurs, il y a le fétichisme des poulpes… Bref, rien ne nous sera épargné, ni le meilleur ni le pire. 

Cet illustrateur a-t-il réussi à tout indiquer ?

Forcément non. Autant certaines pratiques sexuelles n'ont pas changé depuis Mathusalem, autant d'autres s'inventent tous les jours. En fait, dès qu'on s'écarte du script hétérosexuel, on s'aperçoit que la sexualité est un territoire en expansion constante, comme notre univers. 

Mais laissons tomber les galaxies lointaines et revenons à la vie quotidienne mode d'emploi...

Quelle place tient sur cette carte le répertoire sexuel quotidien ? 

Eh bien, c'est là que ça commence à gratter parce que tout est casé sur l'île des pratiques mondaines. Une île coincée entre - ça ne s'invente pas - la baie de la répression, la mer du conformisme et les détroits de la peur. On y trouve 

  • L'avant-poste du missionnaire, 
  • La plaine des positions sexuelles, 
  • Les marécages du sexe oral 
  • Et, bien sûr, au sud, perché derrière les murs de la honte religieuse, la citadelle de la chasteté

Alors, à la louche, je dirais que le territoire du sexe normal n'occupe qu'un vingtième des territoires émergées. 

Conclusion logique : il nous reste 95 % de la carte à arpenter

Et pour ce territoire-là, on n'a même pas besoin de pass sanitaire ni de claquer des fortunes en billets de Ouigo

Et si on n'est pas intéressé par les fantasmes tentaculaires ou les orgies ?

Il va falloir changer de carte. : 

  • Il y en a une autre que tout le monde connaît, c'est celle des zones érogènes toujours utiles 
  • Les cartes qui géolocalisent nos partenaires potentiels sur les applis de rencontres.
  • Les cartes des recherches pornographiques par pays ou par région

En France, par exemple, on est très terroir, on consomme du porno local. Et oui, c'est ça aussi la géographie. Mais bien sûr, il y aurait mille autres cartes à inventer. Moi, je rêve d'une topographie du désir, pas celle des guides de la France libertine ou du Paris libertin, parce que ça, c'est une démarche commerciale, plutôt un atlas personnel où on pourrait caser tout autant le dessin des veines du poignet de notre amant, le sex shop au coin de la rue, le parking de la piscine. 

Bref, notre plan à nous, forcément subjectif. Et cette possibilité, elle commence à intéresser les experts. 

Je vais citer Jérôme Lageste, maître de conférences en géographie de l'individu et des émotions. Oui, ça existe. En toute fin d'un article intitulé La plage, un objet géographique du désir il écrit : 

"La question du désir des hommes suppose de pénétrer leur intimité, d'accepter, contrairement à ce que pensent certains géographes, la nécessité d'une confusion entre le sujet et l'objet, les interdits, la pudeur, la retenue sont autant d'entraves à ce tournant paradigmatique". 

Conclusion : mettez-vous à la géographie du sexe

On laisse tomber les interdits, la pudeur, la retenue. Nos géographies du désir sont encore à écrire. Sortez les parchemins et les plumes, devenez sujets et objets, incarnez la carte et le territoire. 

Cette topographie-là n'attend que nos relevés !

Références

L'équipe

Maïa Mazaurette
Production