Recevoir du plaisir sexuel ©Getty - Arman Zhenikeyev
Recevoir du plaisir sexuel ©Getty - Arman Zhenikeyev
Recevoir du plaisir sexuel ©Getty - Arman Zhenikeyev
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Résumé

Si on se focalise toujours sur comment donner du plaisir, on ne parle quasiment jamais de comment recevoir du plaisir. Pourtant ce n’est pas juste une performance scénique, avec vocalises ou pas, c’est aussi un enjeu technique où l'absence de communication avec son partenaire peut venir tout gâcher…

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D’ailleurs quand on ne sait pas recevoir, le plaisir, on est vite rappelée à l’ordre : on se fait traiter d’étoile de mer ou de mal-baisée.

Ces deux mots, au féminin, parce que les hommes ne sont jamais envisagés comme récepteurs du plaisir sexuel - y compris par exemple pendant une fellation, jamais on ne juge un homme sur la manière dont il va recevoir et exprimer sa satisfaction. On entre là dans une démarcation hyper binaire entre les genres :

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Pour une femme, recevoir c’est être démonstrative y compris quand on ne ressent rien du tout (jusqu’à la simulation)…

Pour un homme, recevoir, c’est rester impassible, quitte à produire une autre forme de mensonge : prétendre qu’on est au-dessus des réalités matérielles et tant qu’à faire, prétendre qu’on est dans une maîtrise totale de ses terminaisons nerveuse. Dans un cas comme dans l’autre, c’est la spontanéité qui trinque.

Alors comment faudrait-il recevoir ?

Partager ce qui vous stimule avec votre partenaire !

L’avantage des deux stéréotypes de genre que je viens d’évoquer, "trop montrer" et "ne rien montrer", c’est qu’ils sont extrêmes - donc nécessairement, y’a plein de place au milieu, ça laisse un immense espace où s’amuser, et communiquer. D’ailleurs je vais commencer par là : avec un nouveau partenaire, recevoir implique souvent de cadrer un minimum l’interaction, plutôt que de lâcher la personne en terre inconnue. On pense souvent à poser ses limites, et effectivement, si on déteste se faire tirer les cheveux, c’est mieux de le dire avant (sinon c’est trop tard)… Et une fois que ça c’est fait, c’est pas mal aussi de donner une ou deux infos sur ce qu’on aime, par exemple en précisant qu’on préfère telle zone, ou telle pratique, ou tel geste. Et ça on peut le faire, même quand le contact se passe bien. Il ne s’agit pas d’obliger l’autre à se conformer à nos attentes, pas du tout - en plus ça gâcherait la surprise. C’est juste que cette petite indication va servir de filet de sécurité, si jamais à un moment, l’autre se sent perdu. Car oui, souvent pendant l’acte, il y a des moments où la tension sexuelle retombe, il y a des moments où ça patine, nous ne sommes pas des machines à jouir donc par courtoisie, c’est chouette d’au moins vaguement faire comprendre ce qu’on aime.

Exactement comme quand quelqu’un vous apporte une bouteille de vin pour un dîner : vous ne passez pas commande, mais vous indiquez si vous préférez le rouge ou le blanc, les vins forts ou les vins légers. C’est plus simple pour l’autre de vous faire plaisir. Si vous n’aimez pas la communication verbale, il y a aussi le non-verbal. Là je pense aux petits cris, aux soupirs, aux frissons et tressaillements, mais aussi aux gestes qui permettent de mieux guider son partenaire : ce n’est pas parce qu’on reçoit que physiquement, on ne participe pas. (J’y reviendrai.)

Ensuite ! Recevoir, c’est faire attention au confort du partenaire qui planche sur votre plaisir. Si vous êtes adepte de stimulations longues, pensez aux crampes à la mâchoire, aux maxillaires en souffrance, aux tours de reins, aux torticolis, aux douleurs aux adducteurs, bref à toutes les formes de fatigue que l’autre peut ressentir pendant l’acte sexuel. Vous pouvez aussi proposer de prendre le relais. Si vous êtes un homme et qu’on parle d’une fellation non protégée : au moment de jouir, par pitié, transmettez l’info – par un geste, une phrase ou des signaux de fumée. Cela donnera quelques secondes à la personne pour se préparer. Et c’est utile. Enfin, pour terminer, dites merci : un geste tendre, une démonstration d’affection, un bisou, bref n’importe quelle forme de reconnaissance. On a beau faire la bête à deux dos, on n’est pas des bêtes.

Les rôles ne sont pas toujours figés non plus

Quand on parle de plaisir d’offrir et de joie de recevoir, on pense forcément aux rôles d’actif et de passif… et on a l’impression que les rôles sont cloisonnés. Mais non seulement on peut sortir de son rôle, échanger, arrêter… mais on peut aussi mélanger - et le plus souvent, lors de n’importe quel type de rapport sexuel, c’est exactement ce qui se passe. Même si vous prenez la position considérée comme la plus passive, pour une femme, donc le missionnaire, eh bien vous constaterez que les femmes font plein de choses : elles bougent les hanches, elles contractent leur périnée, elles encouragent, et bien sûr, elles pensent à l’Angleterre. Quand un homme reçoit une fellation, c’est la même chose : sauf énorme flemme, il va accompagner le mouvement, il va aider avec les mains donc il va recevoir, mais pas de manière passive. Et c’est sur cette idée que je voudrais terminer : notre logiciel qui associe réceptivité et passivité, et tant qu’à faire, passivité, et féminité, il ne fonctionne pas, de même qu’il n’y a aucune connection entre être un homme et être actif, ce sont deux choses différentes. Nos organes génitaux ne conditionnent pas nos pratiques : il y a du trouble dans la réception. Et là où il y a du trouble, il y a souvent du plaisir.

Références

L'équipe

Maïa Mazaurette
Production