Le sexe des sirènes ©Getty - Buena Vista Images
Le sexe des sirènes ©Getty - Buena Vista Images
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Résumé

Restons dans le monde maritime et évoquons l’érotisme des sirènes. Un sujet tout indiqué pour une chronique sexe, puisque comme chacun sait, la sirène a une queue entre les jambes…

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Dans la plupart des représentations, cette queue remonte jusqu’au nombril, ce qui entrave quelque peu la possibilité d’une sexualité génitale. Ce qui est fou, c’est que malgré ce handicap, malgré le fait que plus personne ne croie aux sirènes aujourd’hui, elles continuent de fasciner.

Il y a eu une tendance sirène dans le monde du sexe il y a quelques années

On trouve donc une position de la sirène, des tutoriels pour coucher avec des sirènes, et bien sur des sextoys dédiés - pour les femmes des vibromasseurs dont la queue s’agite sur le clitoris, pour les hommes des gaines à pénis texturées qui vont recouvrir votre sexe pour lui donner une apparence de pénis de sirène.

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Ah oui pardon, parce que j’aurais dû préciser, les sirènes elles aussi ont été sommées de se positionner sur les questions de genre et l’écriture inclusive. En anglais on dit mermaid pour les femelles, mermen pour les mâles et merpeople pour les non-binaires.

En français on a les sirènes pour les femelles, les tritons pour les mâles, et pour les non-binaires… bah, on n’a rien… faut peut-être les inventer, et puis moi vous me connaissez, je suis force de proposition : une sirène, un triton… donc une trirène, parce que l’alternative c’est citron, or, Grégory ! L’érotisme des citrons c’est pour une autre chronique.

Il y a vraiment des gens qui fantasment sur les sirènes ?

Cher Ali, au cœur tendre comme un croissant pur beurre. Il y a des gens qui fantasment sur tout : les micros de radio (hmm), les moulins à vent, les amis du vendredi, que sais-je. Ceci dit !

Le fantasme des sirènes en particulier, il fonctionne parce que c’est LA femme interdite par excellence - et là je laisse la version des contes d’Andersen de côté : la sirène mythologique, elle ne récupère par ses jambes pour les écarter devant le premier beau pêcheur venu, c’est une femme qui reste fermée.

L’enchevêtrement des écailles rappelle celui d’une cote de mailles : autant dire une ceinture de chasteté géante. Les experts m’objecteront qu’il existe des représentations de sirènes ou tritons, avec deux jambes qui ont chacune une forme de queue… mais dans sa version commune, la sirène ne se pénètre pas. Jamais. Or, ce fantasme du sexe vraiment impossible est hyper rare dans le vaste, vaste monde des fantasmes chimériques.

Prenez la licorne : c’est sans doute la plus sexualisee des créatures imaginaires, mais on peut (on doit) coucher avec elle. Pareil pour les minotaures, les centaures… et même pour les dinosaures : on peut imaginer des rapports sexuels génitaux, excessifs dans leur degré évidemment, c’est le but, mais familiers dans leur nature. Je ne pensais pas prononcer cette phrase un jour, mais quand on couche avec un tyrannosaure, on est complètement en terrain connu.

Alors qu’avec la sirène, ou le triton, on joue sur une ambivalence : celle de créatures à la fois irrésistibles, avec des seins voluptueux et des pectoraux en béton, et dont le pouvoir d’attraction repose sur la frustration : on ne les aura jamais et c’est pour ça qu’on les veut. On est sur une mécanique archi-rôdée : le désir a besoin de distance, et là, cette distance est insurmontable. Bingo.

N'est-ce pas paradoxal de désirer sans pouvoir consommer ?

Bah en fait, on le fait tout le temps. Quand on tombe amoureux d’une star de cinéma, quand on imagine refaire l’amour avec un ex, quand on anticipe un rendez-vous avec un amant… on ne consomme pas, et pourtant on désire, avec intensité.

On pourrait même observer que la majorité de nos envies sexuelles sont platoniques : qu’on fantasme sur Elvis Presley, sur Brigitte Macron ou sur une sirène, c’est pareil, à l’arrivée on est tout seul dans sa chambre. Et il y a des avantages, d’ailleurs : rester dans l’imaginaire c’est rassurant. La sirène ne nous jugera jamais. Le triton ne nous décevra jamais. Ces fantasmes inatteignables ne font de mal à personne… on sent même pas le poisson à la fin. Et si vraiment ça ne vous motive pas, vous pourrez toujours vous rabattre sur les tyrannosaures.

Références

L'équipe

Maïa Mazaurette
Production