Quand le sexe et la nourriture ont un intérêt coupable à se rapprocher
Quand le sexe et la nourriture ont un intérêt coupable à se rapprocher
Quand le sexe et la nourriture ont un intérêt coupable à se rapprocher ©Getty - Mixmike
Quand le sexe et la nourriture ont un intérêt coupable à se rapprocher ©Getty - Mixmike
Quand le sexe et la nourriture ont un intérêt coupable à se rapprocher ©Getty - Mixmike
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Résumé

Plaisirs de la chair, plaisirs de la chère. Fétichisme de la dévoration, fétichisme du gras, pornographie gastronomique, mise en bouche, plat de résistance, péchés capitaux, péchés mignons… Entre sexe et nourriture, il y a beaucoup de passerelles mais aussi de révélateurs.

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Tellement que ça devrait nous interpeller. Pourquoi est-ce qu'on a autant besoin de créer ces passerelles ? Peut-être qu'on est tellement traumatisé par les variants de la covid qu'on a besoin de deux sujets super feelgood ensemble pour qu'on fasse qu'on soit écouté. Mais, en même temps, c'est que ces nourritures, ça fait des millénaires que ça dure et, à un moment de la vie, quand une association d'idées semble couler de source, il y a peut-être anguille sous roche et peut-être même qu'il y a une grosse arnaque.

Oui, parce que si dangereux que soit votre menu, aussi audacieux que soit votre régime, votre assiette ne va pas se retourner contre vous. Votre assiette ne va pas violer votre intimité, elle ne va pas vous briser le cœur. Votre assiette va rarement vous donner envie de faire l'amour. Votre assiette va encore plus rarement, vous donner des orgasmes. 

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Ce n'est pas pareil de consommer un aliment ou de consommer un amant

Et encore heureux. Sinon, il faudrait aussi digérer nos amants et ce serait compliqué. 

Ce n'est pas pareil de payer pour du sexe ou de payer pour la nourriture. Ce n'est pas pareil d'opérer au stade oral ou au stade génital. On ne fait pas de bébé avec la nourriture parce que les bébés ne naissent pas dans les choux. 

En gastronomie, on ne consomme que les autres, les animaux, les végétaux. En sexe, on peut et le plus souvent on doit être consommés soi-même. En sexe, on peut jouer notre identité la plus profonde. Quand je dis qu'on peut jouer c'est, qu'à ce jeu-là, on peut perdre. Plus pratiquement, on ne se met pas tout nu pour manger. On n'a pas besoin de révéler grand chose de soi-même, qu'on soit devant ou derrière les fourneaux. 

Et franchement, admettons-le, on est terriblement à l'aise derrière notre petite assiette, avec nos petits couverts. On est à l'aise quand ça se passe, bien évidemment, mais aussi et ça, c'est révélateur quand ça se passe mal, c'est rigolo d'être mauvaise cuisinière ou de rater un plat. Par contre, c'est beaucoup plus embêtant d'être un mauvais coup. 

Pourquoi associe-t-on spontanément le sexe et la nourriture ? 

Parce que le sexe comme la nourriture ont un intérêt à ce rapprochement. Du côté de la gastronomie, on s'encanaille, on joue à se faire peur, on apporte un parfum de scandale dans l'antre très peu dangereux de la nourriture, sauf si on a raté la date de péremption. 

À l'inverse, le monde de la sexualité utilise la nourriture pour se donner un vernis d'acceptabilité

C'est une manière de rendre les choses ludiques, de contourner la censure sur les réseaux sociaux, de faire appel à des plaisirs déculpabilisants. C'est sûr que c'est plus facile de dire qu'on pimente sa vie sexuelle plutôt que d'avouer qu'on aime se faire attacher au plafond. 

Mais au-delà des considérations marketing, il y a quelque chose de plus pernicieux et peut-être un peu plus honteux

Quand on prétend qu'une femme gourmande est douée au lit ou qu'au 7e ciel, on trouve des étoiles Michelin, on cherche à se convaincre qu'on peut vivre notre sexualité sans passer par la sexualité. Ce serait terriblement pratique et on compense à table les regrets qu'on développe au lit, plus précisément, on reporte dans l'assiette notre réticence à tester des pratiques nouvelles, notre difficulté à poser des limites, notre manque de courage quand il faut assumer nos préférences, notre peur de rater la peur de décevoir, la peur de ne pas être à la hauteur. 

Peut-être que, des fois, si on change de menu, c'est parce que c'est plus facile que de changer de partenaire

Mais, à l'arrivée, on ne peut pas utiliser la logique des vases communicants. On ne peut pas importer la vulnérabilité liée à la sexualité sur un risotto aux asperges ou sur un plateau de fruits de mer. On ne peut pas comparer le petit plaisir et la grande jouissance. Et là, je sais que je casse terriblement l'ambiance, au risque de décevoir les gastronomes d'usage : 

Manger n'est pas une autre manière de faire l'amour, c'est une manière de ne pas faire l'amour

Soit en délayant le moment de passer au lit, soit en évitant complètement le moment de passer au lit et c'est ok, on a le droit de ne pas avoir envie de faire l'amour. 

Il faut juste qu'on arrête de se raconter des histoires à ce sujet même quand les histoires sont délicieuses