La chronique des Brigerton
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La chronique des Brigerton - Netflix
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Résumé

Maïa Mazaurette se demande quelle série télé pourrait ou devrait inspirer notre sexualité

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Sex Education, Masters of Sex, Sex and the City, Bonding, Skins, Girls, Hung, Fleabag. Je pourrais continuer cette liste très longtemps, mais je vais vous faire une confession. Quand on est chroniqueuse sexo comme moi, on a envie de tout, sauf de regarder des scènes de sexe dans les séries télé. Sinon, les samedis soir romantiques avec mon compagnon commencent à ressembler à des mardis matin en conférence de rédaction. Et ça c'est terrible. 

Bref, revenons à nos moutons et célébrons une bonne nouvelle. 

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Le temps où le sexe à la télé semblait tout droit tirée d'une version censurée du Kama Sutra pour les nuls est dépassée

La question n'est plus de savoir si on peut trouver des scènes intéressantes. Clairement, la réponse est oui, mais de savoir si cette créativité est également de mise dans les séries très, très, très, très grand public. Et pour ça, je vais prendre a priori le pire exemple possible, à savoir la série la plus regardée en 2020 sur la plateforme la plus regardée en 2020 : La chronique des Bridgerton sur Netflix. 

Au cas où vous auriez passé les derniers mois dans le trou d'un donut. Je rappelle qu'il s'agit d'un drame sentimental en costumes très pastel, avec des fleurs et de la passion dégoulinante partout. Mais, mais, mais... Drame dans lequel le beau héros recommande à la belle héroïne de se masturber. Enfin, plus précisément, il lui explique qu'elle peut se toucher. Je le cite : "partout où elle le désire, mais surtout entre les jambes, jusqu'à ce qu'elle arrive au paroxysme et au soulagement." 

Dès qu'un conseil sexuel marche aussi pour les piqûres de moustiques, il y a un petit souci de précision. Et pourtant, cette scène raconte que le beau héros millésime 2020 pense qu'une femme peut et doit atteindre le plaisir de manière autonome, sans que lui, le mâle, se retrouve à se taper tout le boulot. Ça pourrait passer pour un détail, mais la "Chronique de Bridgerton", c'est clairement un conte de fées. Or, d'habitude, dans les contes de fées, la princesse roupille jusqu'à ce que le prince vient de la révéler à elle-même. C'est cette sexualité là qu'on nous a appris quand on était enfant et c'est celle-là qui est censée nous garantir le mariage et le bonheur éternel. 

Et là, vous vous dites, 'OK Maïa, la moyenne d'âge des auditeurs de France-Inter, c'est 54 ans. On est grands. On a renoncé aux contes de fées.' D'accord, d'accord, je vous l'accorde. Mais en France, en 2021, un quart des femmes ne se sont jamais masturbé. 30% des moins de 30 ans. Et là, on pourrait penser que peut être, ces femmes ne ressentent pas le besoin de se masturber. On va quand même pas les obliger, évidemment. Et pourtant, ça n'a pas vraiment l'air d'être un choix. 22% des femmes françaises disent mal connaître leurs zones érogènes. 39% des femmes de moins de 30 ans. 

Et là, c'est compliqué, parce que mal se connaître dans la sexualité relationnelle avec un prince charmant, par exemple, c'est un souci. On ne va pas pouvoir expliquer nos préférences. Et puis surtout, 

Sans connaître le plaisir, on peut s'habituer à l'indifférence, à l'inconfort ou même à la douleur

Et là, je reviens à "La chronique des Bridgerton". Dans cette scène dont je viens de parler, le beau héros semble sincèrement surpris d'apprendre que la belle héroïne ne se masturbe pas. Et ça aussi, c'est intéressant. Parce que pendant longtemps, la masturbation féminine était abordée comme quelque chose de transgressif. Là, c'est l'inverse. C'est pas la subversion qui se déplace, c'est la norme. Notre norme, avec en même temps une sorte de retour aux sources pour atteindre le conte de fées contemporain, il faut avoir des doigts de fée. Quelque part, c'est logique. Cependant, je vais calmer tout de suite notre enthousiasme : à un moment, entre la théorie et la pratique, il va falloir choisir son camp. Il va falloir couper la télé.