Sexe et philosophie : les stoïques sont-ils de mauvais coups au lit ?
Sexe et philosophie : les stoïques sont-ils de mauvais coups au lit ?
Sexe et philosophie : les stoïques sont-ils de mauvais coups au lit ? ©Getty - PhotoAlto/Ale Ventura
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Résumé

Maïa interroge les liaisons dangereuses entre stoïcisme et masculinité traditionnelle car, finalement, l'impassibilité sexuelle ou "le stoïcisme érotique", Ça ne serait pas encore un truc de mecs ? Ne pas perdre la face, ne rien lâcher, ne pas jouir et tenir… Pas cool pour la personne en face quand même !

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De Marc Aurèle à Michel Onfray, tous les philosophes ont évoqué cette question. 

J'ai décidé de m'en tenir à la définition mondaine du stoïcisme, la définition du dictionnaire "stoïque" : 

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Se dit d'un comportement qui dénote une fermeté inébranlable, une grande impassibilité devant la douleur, le malheur… 

Je reviens sur le programme au lit : "fermeté", bon, ça le fait ; "inébranlable", ah ben non, sinon, ça devient compliqué… Et enfin, "impassibilité"… Ah ouais, d'accord, j'ai compris… 

C'est juste que l'impassibilité sexuelle, le stoïcisme érotique, c'est encore un truc de mecs : il ne faut pas perdre la face, il ne faut rien lâcher… Pas cool quand même pour la personne en face. 

Toi, tu passes des heures à caresser, à déployer des trésors d'érotisme, à leur faire des trucs sur mesure, mais en même temps assez techniques, et l'homme stoïque.…Éventuellement, à la fin, il te dit que c'est pas mal, mais c'est tout. 

Et quand je dis que c'est typiquement une attitude de mecs, c'est parce que quand les femmes se la joue grande impassibilité, on les traite de frigides ou d'étoiles de mer. Alors alors que conseille l'empereur Marc Aurèle ? Qui fait le concombre de mer. Là, évidemment, il n'y a plus personne pour critiquer. 

Je caricature un peu les hommes. Je sais. Ce n'est pas tous les hommes, je précise. Mais reste quand même le fait que cette impassibilité dans la douleur et dans le plaisir, dans le malheur et dans la joie, fait partie des codes de la masculinité… Pleure pas, maitrise-toi, jouit pas ou, en tout cas, pas trop fort… etc

Et cette liaison dangereuse entre stoïcisme et masculinité traditionnelle, elle apparaît dans toute sa splendeur aux Etats-Unis, où on entend parfois demander si le stoïcisme ne serait pas l'autre nom de la masculinité toxique. 

Moi, aujourd'hui, je ne vais pas trancher le débat. Je fais juste remarquer que si cette injonction à se retenir est autant visible dans la sexualité, ce n'est pas un hasard. C'est parce que la manière dont on fait l'amour est souvent un espace où on reconduit les normes de genre, resté impassible face au plaisir, c'est une question d'un genre et d'un genre en particulier : masculin. 

Alors, se maîtriser et maîtriser l'impulsion et le désir comme nous y engage Épictète, très bien. Mais, en sexualité, on ne maîtrise pas tout. Plus on dépense d'énergie pour coller au stéréotype, mettons le stéréotype de l'impassibilité inébranlable des hommes, moins on a d'espace mental disponible pour le plaisir. 

Et je ne sais pas, moi, si Marc-Aurèle était en bon amant. Mais il est quand même probable que, cloîtré dans sa citadelle intérieure, il ait raté quelque orgasmes !

Références

L'équipe

Maïa Mazaurette
Production