Nous avons toutes et tous besoin de désir de reconnaissance !
Nous avons toutes et tous besoin de désir de reconnaissance !
Nous avons toutes et tous besoin de désir de reconnaissance ! ©Getty - Westend61
Nous avons toutes et tous besoin de désir de reconnaissance ! ©Getty - Westend61
Nous avons toutes et tous besoin de désir de reconnaissance ! ©Getty - Westend61
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Résumé

Dans un monde où la désirabilité a une valeur émotionnelle et marchande, Maïa se demande pourquoi nous avons tant besoin de désir de reconnaissance et pourquoi, surtout, il ne faut absolument pas se le reprocher car, après tout, nous sommes toutes et tous des animaux sociaux désireux et désirables !

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Pierre Soubiale (philosophe), quand j'ai ouvert votre livre, "Vous reprendrez bien un peu de philo ? - 10 situations cocasses pour (enfin) tout comprendre !",** **j'ai aussi ouvert un tube d'aspirine par précaution juste au cas où Kant et Schopenhauer me sauteraient au cerveau. En fait, j'ai tout compris ! 

Du coup, j'ai sauté le pas, j'ai décidé de préparer l'agrégation de philosophie, le Collège de France n'a qu'à bien se tenir. 

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J'ai adoré en particulier votre chapitre sur (l'anthropologue) René Girard. 

"Tout désir est triangulaire"

C'est ce que vous écrivez. Alors, forcément, pour une chronique sexe, ça m'a intéressée. Je redonne les chiffres des relations triangulaires en France : 

Un homme sur deux a déjà été infidèle et une femme sur trois. Ça triangule sévère dans la seule patrie où le libertinage est à la fois une pratique sexuelle et une pratique philosophique

Comme quoi, décidément, il y a plein de liens entre vous et moi, Pierre. 

Vous écrivez que "le désir n'est jamais spontané, car autrui s'intercale entre l'objet du désir et soi-même". Alors ça, par contre, là, il va falloir clarifier, autrui, c'est un voisin, c'est un ami, c'est un invité de "Grand bien vous fasse" ? Comment on rencontre autrui exactement ? Parce qu'il reste trois semaines à venir avant la réouverture des terrasses, donc, pour intercaler des gens entre mon mari et moi-même, il va falloir que je sois patiente, soit vous avez des infos dont je ne dispose pas et qu'il faut partager avec nos amis auditeurs. 

D'ailleurs un peu plus loin, Pierre, vous écrivez- toujours en résumant la pensée de René Girard : 

Ce qui motive le désir, c'est le fait de vouloir obtenir soi-même de la valeur. En d'autres termes, tout désir est d'abord désir de reconnaissance.

En lisant cela, je me suis demandé si René Girard avait un compte Tinder. Comme il est mort il y a six ans, c'est une vraie possibilité et c'est une question intéressante parce que le désir de reconnaissance fait partie des arguments régulièrement utilisés pour décrier les applis de rencontres : on créerait des profils avantageux pour le plaisir de se faire valider, exactement comme sur Twitter ou sur Instagram.

Et, en même temps, c'est vrai, certaines personnes sont sur les applis de rencontres pour vérifier leur pouvoir de séduction, pour se comparer avec leurs amis, pour faire admirer leurs abdos ou leur chat persan. 

Les animaux sociaux que nous sommes ont besoin de désir de reconnaissance

Et puis, en fait, pourquoi pas ? Si on est des animaux sociaux, est-ce qu'on peut vraiment nous reprocher de vouloir obtenir de la valeur sociale ? Est-ce qu'il faut vraiment faire une hiérarchie entre le désir des autres qui serait toujours bon, et le désir de reconnaissance qui serait toujours mauvais ? 

Moi, je pense que René Girard aurait cartonné sur Tinder. En plus, je suis sûre que Girard, il avait lu ce superbe bouquin "La société du paraître" du professeur Jean-François Amadieu. On y apprend qu'être beau ou belle augmente non seulement nos chances de séduire, mais aussi nos chances en politique, notre salaire, le nombre de nos amis et le succès de nos unions, donc des éléments pas du tout superficiels de notre bonheur. 

La loi des algorithmes est inflexible, c'est vrai, mais celle des humains aussi

Donc quand Tinder nous permet de savoir où nous nous situons en termes de désirabilité, c'est une info cruciale dans un monde où cette désirabilité a une valeur émotionnelle et marchande non seulement nous rassure, mais ça peut nous permettre de boucler les fins de mois.

Pourtant, ça reste perçu comme quelque chose de narcissique

Un narcissisme dont on se méfie terriblement. 

Parfois, il m'arrive de penser que ça cache une forme de sexisme

Le désir d'être désiré, c'est quelque chose (merci Freud) qu'on attribue plutôt aux femmes, or moi qui passe la moitié de ma vie sur les applis de rencontres, j'aimerais bien que les hommes aient envie de ma reconnaissance. J'aimerais bien qu'ils lisent René Girard et Pierre Soubiale, parce que si dépenser autant d'énergie à essayer d'être désirable qu'ils en dépensent à désirer, ce serait formidable ! 

Aller vers l'autre, c'est une chose mais donner envie de venir vers soi, c'est pas mal non plus

Savez-vous ce qu'est un sapiosexuel ?

Arrêtons de nous raconter des histoires, Pierre, j'ai vu clair dans votre jeu, votre bouquin est en fait un manuel de drague à mettre entre toutes les mains et pas seulement les mains des sapio-sexuels. Est-ce qu'on sait tous autour de la table ce que sont les sapio-sexuels ? 

C'est quand on est intéressé avant tout par l'intelligence de nos prétendants.

C'est d'ailleurs le sujet que j'ai retenu pour mon doctorat : "Politique de la désirabilité triangulaire sur Tinder". 

Pierre Soubiale, est-ce que vous voulez être mon directeur de thèse ?