La biodiversité grande oubliée des débats sur le climat
La biodiversité grande oubliée des débats sur le climat ©Getty - the_burtons
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La biodiversité grande oubliée des débats sur le climat ©Getty - the_burtons
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La question du climat semble s'être (enfin) imposée dans les discours, mais il y a une grande oubliée : la biodiversité ! Pourtant, les deux crises sont totalement liées, et l'une ne peut être traitée sans l'autre.

Vous avez surement remarqué que depuis plusieurs semaines, on parle énormément de sobriété, d’énergie, et de réchauffement climatique : tant mieux ! Mais dans tout ce débat, un sujet semble être resté sur le banc de touche : et la biodiversité, bordel ? !

Comme si tout le vivant qui nous entoure, et sans qui nous, pauvres humains, ne serions rien. Le biologiste Philippe Grandcolas, directeur adjoint de l’institut écologie et environnement du CNRS, enrage un peu aussi :

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Effectivement, la biodiversité est invisible, on en parle de manière anecdotique, c’est un détail accessoire. On a l’impression d’un grand vide, d’une grande absence

Comment expliquer cette différence de traitement ? Pour Philippe Grandcolas, avec la biodiversité, on a des problématiques qui semblent moins immédiates, on les considère alors avec moins d’attention. “ C’est vrai qu’entre une canicule, une tempête et une inondation, qui frappent en quelques jours, et le lent déclin des insectes pollinisateurs, il y a une différence d’intensité…

C’est sûr qu’on n’en est pas encore à l’ouverture d’un JT sur la disparition de 80% des insectes en Europe… Mais si c’était le cas, serait-ce vraiment suffisant ? Pas réellement pour Sandra Lavorel au laboratoire d’écologie alpine à Grenoble. Pour elle, communiquer sur l’extinction des espèces est important, mais ce n’est que la partie émergée de l’Iceberg. Il ne faut pas attendre que les espèces s'éteignent pour en parler et s’occuper de biodiversité.

À cette invisibilité s’ajoute une incompréhension totale des enjeux. Vincent Bretagnolle, au centre d’études biologiques de Chizé, explique :

Il y a un raz de marée autour du changement climatique et des énergies fossiles qui est important. Mais cette problématique doit être placée comme l’un des symptômes d’une crise qui est systémique et beaucoup plus globale que la simple utilisation d’énergies fossiles. On se trompe de débat et on risque de se tromper de solution.

Des problématiques à ne pas traiter indépendamment les unes des autres, d’autant que la biodiversité est aujourd’hui la seule solution pour la capture du carbone. C’est la seule solution face au changement climatique.

Philippe Grandcolas résume : "Le changement climatique et le déclin de la biodiversité sont liés. Considérer l’un sans l’autre, c'est suicidaire

On fait des pseudos sommets ou conférences pour s’émouvoir du sort de la forêt ou de l’océan, pendant qu’on prévoit d’exploiter les fonds marins ou qu’on importe des produits issus de la déforestation. On artificialise les sols à tout va, qu’on asperge de pesticides, en disant qu’on n'a pas le choix, avec un air désolé. Et en ce moment, on se concentre exclusivement sur la baisse de la consommation d’énergie.

La biodiversité, c'est peut-être un mot moche, jargonneux, pas sexy, mais c’est bien tout le vivant qui nous entoure et nous permet de vivre et nous menace (n’oublions pas d’où viennent les pandémies). Il serait donc temps d’en prendre conscience, et d’utiliser les connaissances, nombreuses, pour ne pas là aussi se retrouver au pied du mur, à agir dans l’urgence, et n’importe comment.

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Joachim Taieb
Stagiaire