Blaireau
Blaireau ©Getty - Peter Burnage
Blaireau ©Getty - Peter Burnage
Blaireau ©Getty - Peter Burnage
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La saison de la chasse commence en ce mois de septembre, et il y a une chasse que la France est un des derniers pays à autoriser : celle des blaireaux, via le déterrage. L'ASPAS (association de protection des animaux sauvages) considère la technique cruelle et demande de l'interdire.

La saison de chasse a redémarré dimanche, pour se promener fusil au vent tout l'automne et tout l'hiver. Et la France est l'un des derniers pays à autoriser une chasse en particulier : la chasse aux blaireaux.

Les blaireaux (les vrais) de la famille des mustélidés, meles meles pour leur nom scientifique.

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Chasse inscrite dans la loi, les blaireaux sont considérés comme du gibier (même s’ils ne se mangent pas) et la technique de chasse fait beaucoup parler : le déterrage, officiellement appelé “vénerie sous terre”. Principe simple, décrit par la Fédération des chasseurs : « chasser le blaireau dans les galeries qu’il creuse dans le sol, grâce à une meute de chiens ». Le porte-parole de l’Aspas, l’Association de protection des animaux sauvages, Marc Giraud, donne plus de détails :

“Le déterrage c’est quelque chose d’immonde. On envoie des petits chiens dans des terriers, ils acculent toute la famille de blaireaux (le blaireaux, la blairelle, les blaireautins), ils les mordillent. Pendant ce temps-là, les chasseurs entendent les cris, et creusent pour les déterrer. Ça peut durer jusqu’à 8h donc imaginez la souffrance de ces animaux, qui sont sensibles, intelligents, prisonniers dans leur propre abri, sans aucune échappatoire. Ensuite ils attrapent les animaux avec de grosses pinces métalliques. Ils les prennent par la gueule, par le cou et les achèvent à coup de dague ou autre. C’est très violent.”

L’Aspas est contre le déterrage des blaireaux, et la pétition qu’elle avait lancée pour réclamer son interdiction vient de récolter plus de 100.000 signatures. Elle va donc être examinée par le Sénat.

Bien sûr, les chasseurs ne sont pas de cet avis. Le président de la fédération en Haute-Vienne, Christian Lafarge, qui a déjà chassé le blaireau, explique qu’il ne s’est jamais posé la question de la cruauté.

“Depuis la nuit des temps ça se fait comme ça, il n’y a pas d’autre méthode. Je ne vois pas pourquoi c’est cruel. Sinon il faut aussi arrêter de manger du poulet.”

Parmi les arguments des chasseurs, il y a aussi les dégâts sur les cultures alors que les blaireaux ont pour plat favori les vers de terre (même s’ils ne disent pas non à quelques raisins dans les vignes ou maïs de temps en temps)… Mais l’argument fétiche et best-seller, c’est bien celui du président de la fédération du Lot, Michel Bouscary :

“C’est les traditions. C’est à dire que derrière il y a une culture, une façon de vivre, un enracinement”

Les traditions ont bon dos. Même le désormais roi, Charles III, avait fait interdire la pratique en Angleterre. Les blaireaux sont aussi protégés en Espagne, Italie ou encore en Belgique. Marc Giraud et l’ASPAS veulent rendre leurs lettres de noblesse à ces animaux méconnus : “notre Panda national, le fleuron de notre biodiversité”.

L’an dernier, une campagne « j’aime les blaireaux » avait même été lancée pour ces ingénieurs souterrains capables de creuser des terriers immenses dans lesquels se succèdent générations et invités. Il partage son terrier avec les lapins ou les renards. Par contre il n’y voit rien, ce sont ses moustaches et son odorat huit cent fois plus développé que le nôtre qui lui permettent de détecter les obstacles (sauf les voitures vu les dégâts sur les bords des routes).

Le Muséum National d’Histoire Naturelle le qualifie même dans une vidéo de “symbole de sagesse, de noblesse et de courage, ce que les coureurs du tour de France ont bien compris en surnommant le cycliste Bernard Hinault le Blaireau”

Alors bonne saison de la chasse à tous les blaireaux (et courage aux autres)…

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Joachim Taieb
Stagiaire