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Un nouveau projet immobilier qui passe mal : à Camon, dans la Somme, un immeuble de 31 logements avec 54 places de parking doit être construit à proximité des hortillonnages, ces jardins sur l'eau classés au patrimoine mondial de l'Unesco.

Aujourd’hui, en barque et direction la Somme, juste à côté d’Amiens, dans la commune de Camon, en plein milieu des hortillonnages…

Hortillonnage vient du picard, hortillon et correspond à des jardins sur l’eau qui remontent au Moyen-Âge, classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Pour Marie-Madeleine Fabre qui habite ici à 50m des fameux jardins depuis presque 20 ans : “ C’est le paradis ! ”. Petits rieux (canaux construits au Moyen âge), divers insectes et oiseaux comme des martins-pêcheurs, “ Quand on est là-bas, on oublie tout .”

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Pourtant, Marie-Madeleine est en colère en ce moment, parce qu’un immeuble doit être construit juste à l’entrée de la zone. 31 logements, allant du T2 au T5, dans un bâtiment de 15m de haut, avec 54 places de parking. Une bétonisation qu’elle dénonce. A cela s’ajoute la localisation du bâtiment, sur une zone Natura 2000 et Ramsar (zone humide d’importance internationale).

Le terrain en question est sur une zone naturelle protégée d’après le collectif Stop béton Camon, qui a lancé une pétition avec 5.000 signatures aujourd’hui, (plus que la population totale de Camon) et déposé un recours la semaine dernière contre ce projet. Mais le maire divers gauche, Jean-Claude Renaux, élu depuis 21 ans, estime lui être parfaitement dans les clous.

Ce terrain est dans l’enveloppe urbaine, il fait partie des fonciers que je dois mobiliser, justement avant d’aller grignoter des terres agricoles, donc je ne comprends pas ce procès qui est fait. Ce n’est pas une zone Natura 2000, de ce côté-là ça a toujours été constructible

Pourtant, selon les documents officiels sur les délimitations Natura 2000 et Ramsar, une partie du terrain empiète bien. Le collectif ajoute également que ça n’a plus rien d’une friche industrielle.

Il y a eu une construction qui a été faite dans les années 70, mais depuis, la nature a complètement repris ses droits. Les oiseaux et abeilles sont revenus, il y a des saules, c’est très beau…

Là encore, le maire se défend. Pour lui, ce n’est pas une terre maraîchère. Il y a même retiré une cuve à fioul et des bâtiments amiantés.

L’association de protection et de sauvegarde des hortillonnages, créée dans les années 70 quand la construction d’une rocade menaçait la zone, fait partie des requérants aux côtés du collectif, parce que son directeur, Florent Prud’homme craint, lui, que cet immeuble ne soit en fait que la première étape d’une plus large bétonisation.

Jean-Claude Renaux s’en défend : “ Je me permets quand même de réagir sur le terme “bétonisation”. Ma commune porte sur 1400h et sur ces 1400 hectares, seulement 13% de terres artificialisées. Et là, on vient me chercher sur un petit terrain de seulement 2000 m²…

En sachant que cette construction répond, d’après lui, à des objectifs fixés par le grand amiénois de 30% de rénovation urbaine. Le maire dit qu’il n’a pas le choix et que tout a été rendu public dans le bulletin municipal et dans la presse locale, sans réaction ou manifestation à l’époque. Le maire y voit une manœuvre politique du côté de la France Insoumise, le député François Ruffin s’est d'ailleurs prononcé contre le projet. Mais le collectif réfute. Ils veulent juste préserver les lieux, pour eux et leurs enfants.

C’est maintenant la justice qui va déterminer la suite, en sachant que le calendrier est serré : les bulldozers sont censés faire place nette d’ici le 30 septembre.

S'il faut s'enchaîner aux saules, on le fera. On espère qu’on ne devra pas en arriver là.

Marie-Madeleine et les autres ne comptent pas se laisser faire, vous l’aurez compris, mais c’est une fois de plus une situation complexe, comme il en existe malheureusement beaucoup… Le promoteur, lui, a donné 450.000 euros à la commune pour construire son immeuble.

Et le comble ? Surement le nom du promoteur : “La Venise Verte”. Pour Marie-Madeleine (et les Tontons flingueurs), “ Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Joachim Taieb
Stagiaire