Poulpes sur un marché dans le delta du Mékong au Vietnam. ©AFP - MARTIN BERTRAND
Poulpes sur un marché dans le delta du Mékong au Vietnam. ©AFP - MARTIN BERTRAND
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Résumé

La consommation de poulpes a doublé en dix ans dans le monde. Pour faire face à la demande, un géant espagnol des produits de la mer veut ouvrir en 2023 aux Canaries la toute première ferme d'élevage de poulpes. Mais de nombreuses associations, et des scientifiques, s'y opposent.

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Rediffusion du 8 mars 2022

Début décembre, Camille évoquait déjà ce que certains appelaient une « invasion de poulpes » dans l’Atlantique nord, une prolifération inhabituelle des céphalopodes, dont les tentacules s’étalaient allègrement dans les poissonneries. Evénement ponctuel dont il ne faut pas faire une généralité parce que les poulpes auraient au contraire plutôt tendance à se faire de plus en plus rares, avec une demande mondiale qui a doublé en 10 ans.

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Dans ce contexte, l’entreprise espagnole Nueva Pescanova de frotte les mains et vend du rêve (enfin, tente...) aux consommateurs :

« L’aquaculture est le moyen d’avoir encore accès aux produits de la mer, parce que la pêche a atteint une limite. Mais nous voulons souligner que la durabilité n’est pas une stratégie : c’est LA stratégie de l’entreprise »

L’aquaculture : aubaine pour les uns, non sens pour les autres

Ce géant des produits de la mer, multinationale, a l’intention d’ouvrir dès 2023, la toute première ferme d’élevage industriel de poulpes au monde , aux Canaries pour la modique somme de 65 millions d’euros.

La multinationale soutient que l’aquaculture est « la seule option si l’on veut continuer à manger du poulpe ». L’un des scientifiques de la firme assure « un effet positif pour l’environnement » et une compatibilité des poulpes avec l’élevage intensif.

Avec un objectif de 3000 tonnes par an et une espèce aquatique traitée comme de la vulgaire marchandise, les associations de défense des animaux fulminent. Un appel à manifester le 3 avril prochain est lancé par une cinquantaine d’entre elles, dont l’ Aquatic life institute dirigée par Amandine Sanvisens :

“Il est extrêmement urgent d’agir dès aujourd’hui pour interdire ce type d’élevage qui pose énormément de problèmes en termes de souffrances animales et d’un point de vue écologique”

“La captivité aura des conséquences désastreuses” - Amandine Sanvisens

Selon ces associations, les céphalopodes ne sont pas du tout adaptés aux conditions de l’élevage :

“Cela peut poser des problématiques d’automutilation, de cannibalisme et d’agressivité parce que ce sont des animaux qui vivent seuls”

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Ludovic Dickel, professeur d’éthologie à l’université de Caen qui étudie les céphalopodes depuis 25 ans, confirme :

Nous n’avons pas les moyens scientifiques de démontrer que l’élevage est néfaste au bien-être du poulpe, par contre, compte-tenu des performances comportementales, le principe de précaution nous suggèrerait de nous s’abstenir.

“Un poulpe est à la fois une proie et un prédateur pour son prochain” - Ludovic Dickel

Quant l’intelligence du poulpe, le professeur d’éthologie le trouve cet argument un peu injuste, et discutable : “ Moralement et éthiquement, on ne peut pas dire, plus on est intelligent, plus on est sensible” mais ça ne l’empêche pas d’être très réservé, pour ne pas dire opposé, au lancement de fermes d’élevage.

Un projet opaque

Nueva Pescanova communique très peu : pas d’informations sur la taille des bassins, la densité, les conditions d’abattage aussi, et là il peut y avoir un boulevard puisque, rappelle Amandine Sanvisens :

“Sur les animaux invertébrés et aquatiques, il n’y aucune réglementation au sein de l’Union Européenne qui vise à limiter leurs souffrances”

Elle appelle donc, dans une tribune publiée par le journal Le Monde ce week-end, les institutions européennes à interdire ce projet, que les autorités des Canaries n’ont pas encore validé. D’autant qu’il pose aussi des problèmes d’un point de vue écologique :

“Il va falloir pêcher ou élever des animaux comme des poissons pour les nourrir. Donc est en train de vider l’océan pour nourrir des animaux d’élevage. L’élevage est un leurre, ce n’est pas du tout une solution pour pallier la surpêche. On déplace le problème mais il est toujours là, la seule solution pour éviter ces catastrophes en chaine c’est la réduction drastique de la consommation d’animaux aquatiques" - Amandine Sanvisens

Pour ne pas tomber dans le cercle vicieux, profitable à personne, si ce n’est aux multinationales, et encore ! On le voit pour d’autres espèces, l’élevage industriel est aujourd’hui bien sûr remis en cause partout. Les associations demandent justement d’agir en amont :

Il faut désamorcer dès maintenant avant que le projet ne s’installe

Pour que les poulpes en l’occurrence puissent essayer de survivre tant bien que mal dans les océans, et continuer de nous fasciner !

53 min