Saint-Dalmas-le-Selvage
Saint-Dalmas-le-Selvage ©AFP - CAVALIER Michel / hemis.fr
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Dans les Alpes-Maritimes, le préfet a sommé le maire de Saint-Dalmas-le-Selvage de prendre un arrêté pour vider le hameau du Pra de ses occupants, et cela définitivement, face aux menaces d'inondations, crues et éboulements. Exemple d'une situation amenée à se multiplier, et ultra complexe.

Nous sommes dans les Alpes-Maritimes, au nord du département, au hameau du Pra, 1600 m d’altitude, entouré de montagnes et d’un torrent, le Salso Moreno. Il y a de vieilles maisons, une église, de 1715, le hameau remontant lui au 16ème siècle.

Aujourd’hui, le maire de Saint Dalmas le Selvage, commune dont dépend le hameau du Pra, Jean-Pierre Issautier, se désespère :

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Monsieur le préfet m’a demandé de prendre un arrêté d’interdiction de vivre dans le hameau, c’est un crève coeur

L’arrêté dit précisément : « Il est interdit à toute personne d'évoluer, de se déplacer ou d'habiter à l'intérieur de cette zone, qui doit être évacuée par ses occupants ».

Une dizaine de propriétaires qui s’y installent à la belle saison sont concernés, l’accès étant compliqué l’hiver. Tout le monde doit partir définitivement à cause des risques naturels trop importants d’après des études commandées par l’État : vulnérabilité aux risques d’inondations, crues torrentielles, mouvements de terrain et éboulements, pour lesquels il n’existe pas de parade ou de protections efficientes précise la préfecture dans un communiqué.

Benoît Grenier, qui possède une maison depuis 40 ans au Pra, et même le dernier restaurant, très fréquenté, a du mal à y croire. Pour lui, l’expropriation n’est pas une issue acceptable et des solutions devraient-être envisagées par les administrations. C’est le message qu’il fera passer à la sous-préfète via l’association qu’il est en train de monter, en collaboration avec le maire.

C’est le cœur de notre vie. Mes enfants sont nés dans la maison. Nous sommes extrêmement attachés, mes enfants me disaient “mais papa, c’est chez moi” avec les larmes aux yeux. C’est notre âme ici, on ne peut pas décider de partir.

Les autorités semblent pourtant déterminées, notamment motivées par le traumatisme de la tempête Alex. Le maire, qui n’a guère le choix face à la préfecture, connaît les risques et sait qu’en cas cas de tempête le bilan serait désastreux.

Les dilemmes sont complexes, et le hameau du Pra n’est malheureusement qu’un exemple de situations qui vont se multiplier. Les événements menaçant les territoires étant plus fréquents et intenses en raison du réchauffement climatique.

C’est précisément sur ces questions de gestion des risques que travaille la géographe Magalie Reghezza, membre du haut conseil pour le climat. Elle explique que l’on sait très bien protéger des territoires à des coûts vertigineux en investissant massivement dans les infrastructures de protection. Malheureusement, les budgets sont loin d'être illimités et des choix sont nécessaires.

Il faut alors repenser les déplacements, relocalisations, réaménagements, y compris de grosses infrastructures comme des ports ou des centrales nucléaires exposées au climat qui change.

Le problème, c’est l’absence de réflexion globale. “Aujourd’hui, on n’a pas de mise à l’agenda politique et on en est à la négociation au cas par cas”. De cette manière, les petits propriétaires deviennent des cibles faciles.

Évidemment, c’est plus facile d'exproprier parce qu'il y a moins de tensions et d’enjeux économiques.”, explique Magalie Reghezza. Elle ajoute qu’il y a toutefois de lourds enjeux psychologiques.

Ce sont des drames épouvantables pour certaines personnes, en particulier les personnes âgées. Déplacer des personnes âgées, ça a des conséquences très lourdes sur leur espérance de vie.

Un tas de paramètres et de conséquences se superposent : écologiques, économiques, sociales, et même démocratiques... C’est bien toute notre façon d’habiter les territoires qui est au cœur de cet exemple du hameau du Pra, que Benoît Grenier, ses enfants, et les autres, n’imaginent pas voir rayé de la carte. Mais vous aurez donc compris que ce n’est qu’un tout petit morceau de l’énorme mur en train de se dresser devant nous.

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Joachim Taieb
Stagiaire