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Résumé

Vous n'y pensez pas forcément, mais votre argent peut servir à financer des projets fossiles, car les banques prêtent aux majors pétrolières et gazières. Changer de banque peut donc se révéler un geste très efficace, quand on est client d'un des quatre groupes français qui financent le plus.

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Avez-vous remarqué que depuis la rentrée, c'est la foire aux petits gestes ?

Baisser le chauffage, mettre un couvercle sur les casseroles, éteindre le wifi… Le gouvernement est au taquet face à la menace de pénurie énergétique cet hiver, et fait peser ça sur nos petites épaules. Mais alors, lequel de ces gestes est le plus efficace face au réchauffement climatique ? On vous a posé la question et voici vos réponses :

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  • Vendre sa voiture
  • Limiter la consommation d’électricité
  • Prendre le train plutôt que l’avion
  • Éviter la clim
  • Faire le tri
  • Pas d’eau potable dans les toilettes
  • ...

Une multitude de petits gestes et parmi eux, il y en a bien un qui se détache du lot, mais auquel on pense trop peu : Boycotter des banques. Effectivement, changer de banque parfois, c'est le geste le plus efficace ! Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance nous éclaire :

“Aujourd’hui, si on veut agir pour le climat, il faut absolument éviter les plus gros groupes bancaires français : BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Banque Populaire et Caisse d'Epargne. Ces grands groupes ont également des filiales, notamment les banques en ligne comme Hello Bank, Boursorama, …”

Pourquoi éviter ces quatre grands groupes bancaires ? Parce qu’ils financent partout dans le monde des projets liés aux énergies fossiles. Rien que ces quatre groupes ont accordé 350 milliards de dollars de financements aux énergies fossiles depuis que l’accord de Paris a été signé fin 2015.

“Il faut comprendre que quand bien même ces grandes banques ont, main sur le cœur, promis de tout faire pour limiter le réchauffement à 1,5°C, elles optent encore en 2022 pour des financements à des entreprises qui développent des nouveaux projets pétroliers et gaziers, strictement incompatibles avec l’objectif des 1,5°C. Cela est rendu possible car nous leur faisons confiance en leur confiant notre argent.”

Nos comptes courants ou nos épargnes, si on en a, servent à accorder des crédits à des majors pétrolières et gazières pour extraire, par exemple, du gaz de schiste au Texas, ou en Argentine… BNP Paribas a ainsi accordé depuis 2016, 142 milliards à Shell et BP, en haut du podium, Total Energies ou le groupe Saudi Aramco, la compagnie nationale saoudienne. 87 milliards pour la Société générale, 76 milliards Crédit Agricole, et plus de 46 milliards pour le groupe Banque Populaire Caisse d’Épargne. Vous pouvez voir tout ça de plus près sur le site internet change-de-banque.org que l’ONG vient de lancer et qui permet de comparer, car il y a des groupes moins pires que d’autres.

Parmi ces groupes, l’ONG a identifié quatre alternatives qui sortent du lot et qui offrent des garanties crédibles sur leur volonté de réponse à l’urgence climatique : Crédit Coopératif, la Banque Postale, mais aussi les néobanques Helios et Green Got.

Groupes avec lesquels Reclaim Finance n’a aucun lien, c’est une ONG, et elle se réserve le droit de modifier la liste si les choses changent.

Savoir qu’on est dans la mauvaise banque suffit pour en changer ? Il y a beaucoup de freins…

Voici quelques témoignages :

“Vu que j’ai encore un prêt étudiant à rembourser, je ne suis pas sûr que ce soit aussi facile de changer de banque tout de suite.” “Depuis l’âge de 18 ans, je suis au Crédit Agricole. On est pris au piège un peu, tout est chez eux, les virements, les paiements, les impôts, même les obsèques !”...

Lucie Pinson entend que la transition est plus complexe pour les personnes qui ont des crédits auprès de banques, même s'il est possible de faire racheter son crédit auprès de banques plus vertueuses, en renégociant les termes du contrat.

Un peu compliqué donc, mais les efforts peuvent être payants. Et, à minima, nous avons toujours le pouvoir de les inonder de messages pour leur mettre la pression et réclamer que notre argent soit utilisé pour des projets vertueux. Parce qu’elles en financent quand même certains et heureusement.

Voilà un geste en tout cas, compatible avec tous les autres, qui, effectué par un très grand nombre, aurait un réel impact, mais dont là, étrangement, le gouvernement ne nous parle pas.

Références

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Joachim Taieb
Stagiaire