"Les impôts c'est cool et démocratique" : cette héritière multimillionnaire veut se faire taxer

Marlene Engelhorn
Marlene Engelhorn - Lorena Sendic Silvera
Marlene Engelhorn - Lorena Sendic Silvera
Marlene Engelhorn - Lorena Sendic Silvera
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Elle s'appelle Marlene Engelhorn, elle a 30 ans, elle est autrichienne, descendante du fondateur de l'entreprise BASF, et elle va hériter d'une fortune colossale, dont elle ne veut pas ! Cette ultra riche souhaite être taxée au maximum, au nom de la démocratie et de la justice sociale.

Une voix, un discours qui détonne : celle d’une ultra-riche, qui ne veut pas de ses millions : “ Je peux dire de manière absolument certaine qu'au moins 90% vont être redistribués. [...] Les impôts c’est cool, démocratique, c’est the thing to do

Voici la quasi parfaitement francophone Marlene Engelhorn, autrichienne de 30 ans arrière-arrière-arrière petite-fille de Friedrich Engelhorn, le fondateur du géant de la chimie et pharmacie BASF, qui va hériter de dizaines de millions d’euros (elle n’a pas encore le montant exact), après le décès fin septembre de sa grand-mère… Elle avait 27 ans quand on lui a dit que c’est elle qui aurait le pactole le moment venu : “ Quand on m’a annoncé cet héritage, c’était avec une attitude : this is funny money, c’est juste pour jouer. J’ai trouvé ça tellement arrogant et je m’énervait beaucoup, je saoulait tout le monde. Il ne faut pas considérer l’argent comme un jeu. Les gens travaillent pour ça.

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Elle explique ne pas le mériter et critique le principe de l’héritage : “ C’est la loterie d'être née dans la bonne famille. Ça implique que bon et riche, ça va ensemble. Mais à mon avis, ce n’est pas le cas

Elle est également très critique de ceux qui se cachent dans les paradis fiscaux, refusent les taxes et justifient leur utilisation systématique de jets privés : “ C’est ridicule. Ils peuvent se permettre de ne pas se soucier. Ils se croient meilleurs que tous les autres. À cause d’eux, le secteur public devient dépendant des ultra-riches. Vont-ils être assez sympa pour sauver la planète ? Les super-riches ne sont pas super. Ils sont juste trop riches*.*

Elle ajoute : “ je veux payer des impôts, pas juste pour moi mais en général. C’est dangereux pour la démocratie de laisser le pouvoir aux ultra-riches parce qu’il ne sont pas capables de se servir de ce pouvoir dans l’intérêt public

Juste dans leur intérêt privé, le cœur du problème pour Marlene Engelhorn attachée viscéralement à la déclaration universelle des droits de l’homme : « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Elle est donc viscéralement attachée à la démocratie, l’Etat, pour redistribuer de façon transparente et inclusive l’argent à la société. Participer avec son argent à la société. “ C’est le truc le plus démocratique que je peut faire

A-t-elle envie de donner sa fortune à un gouvernement d’extrême-droite comme en Autriche ?

Bien sûr que non. Mais en même temps, c’est une question que l’on peut demander qu’à des gens riches qui peuvent choisir de ne pas payer d'impôts ou qui influencent la politique afin de faire en sorte qu’il n’y ait pas d'impôts sur les patrimoines. Ce n'est pas une question que l’on pose à quelqu’un qui travaille tout simplement. Et moi je veux devenir une personne normale qui paye ses impôts"

Les héros sont ceux qui paient leurs impôts, mais elle précise qu’elle ne veut pas du tout être présentée comme une héroïne, juste une citoyenne – fan de Thomas Piketty et Hannah Arendt - qui voudrait bien que l’impôt sur l’héritage, les donations et le patrimoine, la fortune, reviennent en Autriche. Où, quel que soit le gouvernement, l’argent ira en bonne partie à l’éducation, la santé, l’environnement, … Marlene Engelhorn n’est d’ailleurs pas un total ovni, elle a même monté un réseau, « millionnaires for humanity », ils sont une trentaine partout dans le monde : “ On n’est pas exceptionnels, on n’est pas seuls et en plus, si on regarde en Allemagne ou en Autriche, ⅔ de la population seraient pour l'impôt sur le patrimoine. Et les gouvernements ne reflètent pas cette volonté de changer notre système.

En attendant, elle se fait entendre et utilise son statut de riche : “ Ça m’offre un accès privilégié aux médias. Il faut parler de l’argent, il faut parler du pouvoir. Il faut remettre en question ce qui paraît évident.

“Tax me now”, taxez-moi, mouvement lancé par Marlène promeut l'impôt comme une solution democratique et qui peut être plus inclusive et participative. “ Beaucoup mieux que d’attendre qu’il y ait un super riche, comme Batman, pour sauver la planète.

Marlene Engelhorn espère donc se “ débarrasser ” de son patrimoine de manière démocratique et Commencer à bosser, peut-être dans l’édition.” Son livre, « Geld », argent, en allemand, sorti il y a quelques semaines, n’est pas encore publié en français.

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